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Les anticorps thérapeutiques à l’honneur

Les spécialistes des anticorps thérapeutiques s’étaient donné rendez-vous la semaine dernière à l’Institut Curie pour une journée dédiée organisée par le réseau français du CNRS. Au cœur des progrès récents rencontrés par l’immunothérapie contre le cancer, cette approche est en pleine effervescence. 

Les anticorps thérapeutiques à l’honneur

Comme l’a rappelé Geneviève Almouzni, directrice du centre de Recherche de l’Institut Curie en introduction du colloque du 13 novembre sur les anticorps thérapeutiques, "l’immunothérapie occupe une place majeure dans le projet 2015-2020 de l’Institut Curie avec la mise en place d’un centre d’immunothérapie courant 2016 qui réunira les chercheurs et les médecins"

Parmi elles, les anticorps thérapeutiques suscitent beaucoup d’espoirs. "Ces molécules sont naturellement produites par le système immunitaire en vue de déclencher une attaque ciblée sur un danger déjà rencontré", souligne Sandrine Moutel, responsable technique de la plateforme anticorps recombinants de l’Institut Curie et co-organisatrice de ce colloque avec Franck Perez, chef d’une équipe dans le centre de recherche (Institut Curie/CNRS), et Jean-Luc Teillaud, chef d’une équipe au centre de recherche des Cordeliers (Inserm). "Rapidement, il est apparu que les anticorps pouvaient être utilisés non seulement pour repérer les cellules tumorales, mais aussi pour bloquer leur croissance, ouvrant ainsi des perspectives thérapeutiques."

Si l’idée de proposer les anticorps comme des solutions thérapeutiques remonte à une vingtaine d’année, leur développement en oncologie connait un essor sans précédent depuis 5 à 6 ans. Aujourd’hui, une vingtaine d’anticorps disposent d’une autorisation de mise sur le marché. Janice Reichert, rédactrice en chef de la revue anglo-saxonne spécialisée du domaine, mAbs, a fait observer dans sa conférence que depuis 2010 le nombre d’anticorps en essai clinique de phase 3 – le dernier stade avant la mise sur le marché – avait doublé. Aujourd’hui, 16 anticorps sont proposés dans le cadre d’essais cliniques de phase 3 à des patients atteints de cancer. Et il y en a bien d’autres dans les "pipelines".

"Les différentes pistes d’anticorps possibles ont été explorées pendant cette journée. Les anticorps peuvent par exemple être administrés seuls, comme le trastuzumab (Herceptin) qui cible un marqueur présent à la surface de 15 % des cellules de cancer du sein ou sous forme de "conjugués". Le composant thérapeutique est alors composé de trois éléments : un anticorps pour cibler les cellules tumorales, une molécule active qui va avoir l’effet thérapeutique et un bras de liaison, pour assembler les deux et permettre la libération du composé toxique uniquement dans les cellules de la tumeur, explique Franck Perez. La bio ingénierie est aussi intense dans ce domaine thérapeutique. De nombreux formats d'anticorps sont évalués en clinique et ils sont même utilisés pour reprogrammer les cellules immunitaires pour qu’elles reconnaissent les cellules tumorales (approche CAR)."

Une autre approche thérapeutique très prometteuse évoquée lors de cette journée est d'utiliser les anticorps pour réveiller le système immunitaire. Ces immunomodulateurs ciblent des protéines présentes à la surface des cellules de la tumeur ou des cellules immunitaires (anti-PDL1, CTLA4, PD1) ou des facteurs de croissance par exemple.

Cette journée a montré combien les approches reposant sur des anticorps sont nombreuses et permettent d'envisager des nouvelles solutions pour le traitement des cancers. Autant de pistes qu’il faut explorer, développer et personnaliser. Les progrès viendront très certainement de l’association de plusieurs stratégies thérapeutiques.

L'ensemble de ces approches dépend de l'identification d'anticorps permettant de cibler des  antigènes spécifiques présents à la surface des cellules tumorales. La plateforme anticorps thérapeutiques de l’Institut Curie a été créée pour identifier de tels outils à partir d’une collection originale d’anticorps recombinants créée par Sandrine Moutel et Franck Perez. A partir de cette collection des anticorps synthétiques peuvent être isolés rapidement, et complètement in vitro, afin de cibler spécifiquement des antigènes tumoraux. Ces anticorps pourront être utilisés pour identifier de nouveaux antigènes, pour développer l'imagerie médicale ou testés dans des applications cliniques.

Collaboration public-privé

Le réseau français du CNRS sur les anticorps thérapeutiques (GDR ACCITH) qui s’est réuni la semaine dernière regroupe environ 70 laboratoires travaillant sur cette thématique. Il s’agit aussi bien de laboratoires publics que de laboratoires de compagnies pharmaceutiques ou de biotech. "Cette collaboration entre académiques et industriels est essentielle pour faire avancer ce domaine de recherche et mettre au point le plus rapidement de nouveaux anticorps pour lutter contre les cancers", rappelle Sandrine Moutel. 


Texte : Céline Giustranti

Crédit photo : Stéphane Laure / Institut Curie

Mathilde Regnault
20/11/2015