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ASCO 2015 : concrétisation pour l’Immunothérapie

Cette année encore, le plus grand congrès de cancérologie, le « fameux » ASCO, a été l’occasion de faire le point sur les pistes d’avenir pour traiter les cancers. Une nouvelle fois les regards se sont tournés vers l’immunothérapie. Le point avec l’oncologue médical Christophe Le Tourneau, responsable de la médecine de précision à l’Institut Curie. 

ASCO 2015 : concrétisation pour l’Immunothérapie

Du 29 mai au 2 juin 2015, tout ce que la planète compte d’experts dans la prise en charge des cancers était réuni à Chicago pour le congrès annuel de la société américaine d’oncologie clinique (ASCO). "Cette édition a confirmé les pistes prometteuses comme l’immunothérapie, déclare Christophe Le Tourneau. Après les cancers métastatiques du poumon et les mélanomes, les essais dans les cancers ORL, de la vessie, du rein, de l’ovaire et d’autres encore semblent également prometteurs."

Ces progrès sont venus d’un constat : pour se développer en toute impunité, les cellules tumorales apprennent à verrouiller certains points de contrôle du système immunitaire. Identifier et agir sur ces points de contrôle, appelés immunocheckpoints, permet de les débloquer. La première molécule développée pour bloquer ce frein immunitaire est un anticorps anti-CTLA4, l’ipilimumab. Cette molécule a marqué un réel tournant dans la prise en charge des patients atteints de mélanomes métastatiques, pathologie pour laquelle très peu de thérapies avaient montré un bénéfice en termes de survie.

C’est la seconde génération de cette classe de molécules thérapeutiques, les anti-PD-1 et les anti-PD-L1 (pembrolizumab, nivolumab), qui a réellement marqué l’ASCO. En dehors du mélanome, pour lequel cette nouvelle classe s’est aussi avérée active, un essai de phase III a montré une augmentation de 27 % de la survie des patientes présentant un cancer du poumon non à petites cellules traités par nivolumab par rapport à la chimiothérapie habituelle. "Nous avons été très surpris par ces résultats, car nous ne attendions pas à ce que ces immunothérapies soient également efficaces dans des tumeurs moins immunogènes que les mélanomes", souligne le médecin.

"Avec cette nouvelle classe de médicaments, on entrevoit une réelle possibilité de guérison chez des patients atteints de cancers métastatiques, même après l’arrêt des traitements. Cela ne concerne pas plus de 10 % des patients, mais on envisage déjà de combiner les approches immunothérapie et thérapie ciblée pour améliorer ces résultats", s’enthousiasme l’oncologue médical.

Traitements complémentaires

Les défis des années à venir consisteront à définir de façon plus précise quels sont les patients susceptibles de répondre à ces traitements administrés en monothérapie et quels sont les patients chez qui des associations seront nécessaires, que ce soient des associations de plusieurs immunothérapies ou avec des thérapies ciblées, des agents de chimiothérapie ou encore avec la radiothérapie.

"Bien que l’immunothérapie étende son champs d’action, elle n’a pas pour objectif de se suppléer à tous les autres traitements", ajoute Christophe Le Tourneau. Des résultats encourageants ont également été présentés avec les thérapies ciblées. "Nous avons présenté les résultats de l’essai SHIVA, le premier essai randomisé. Les résultats suggèrent que cette approche serait valable seulement pour certaines thérapies ciblées, mais pas toutes", indique-t-il.

D’un point de vue général, il semble de plus en plus important de suivre le profil de mutations chez les patients traités par thérapies ciblées, ce qui pose le problème des biopsies itératives. Car il s’agit d’un acte invasif pour le patient, parfois douloureux et pouvant nécessiter une hospitalisation. "Une alternative, qui semble tenir toutes ses promesses, consiste à rechercher les anomalies moléculaires éligibles pour une thérapie ciblée dans l’ADN tumoral circulant obtenu à partir d’un simple prélèvement sanguin", rapporte le médecin. Cela permet de suivre au cours du temps le profil moléculaire des tumeurs et de détecter la survenue de mutations de résistance à ces thérapies ciblées. Par ailleurs, il est de plus en plus clair que ne regarder qu’une altération moléculaire à la fois est insuffisant pour prédire la réponse aux thérapies ciblées et qu’il faut probablement regarder de multiples gènes. Cela ouvre le champ de la biologie des systèmes dans lequel les bioinformaticiens jouent un rôle crucial. Une nouvelle ère où le choix des thérapies ciblées sera dicté par le profil moléculaire et s’adaptera au fil de ses évolutions. Nul doute que les prochains ASCO seront encore riche en avancées.

 

En savoir plus

Notre dossier pédagogique sur l’immunothérapie

L’essai SHIVA

L’ADN tumoral circulant

 

Texte : Céline Giustranti

Crédit photo : Noak / Le Bar Floréal / Institut Curie

Mathilde Regnault
08/06/2015