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Cancer de l’ovaire : un désordre du génome jamais vu

Des millions de bases "copiées-collées" dans l’ADN. C’est ce qu’a découvert l'équipe de Marc-Henri Stern dans des cellules de cancer de l’ovaire. Des modifications aussi majeures qu’inattendues qui conduisent à de nouvelles perspectives thérapeutiques. 

Cancer de l’ovaire : un désordre du génome jamais vu

Les "duplications en tandem", des séquences d’ADN qui se retrouvent en doublon l’une à la suite de l’autre dans le génome d’une cellule, sont des anomalies déjà observées mais jamais à une telle échelle. Au maximum, les exemples connus concernaient quelques centaines de milliers de bases. Ce qu’a mis en évidence Tatiana Popova, ingénieur Inserm de l'équipe Génomique et biologie des cancers du sein héréditaires (Inserm/Institut Curie) de Marc-Henri Stern, est cent fois plus important ! Et soulève de nouvelles énigmes. Comment ces duplications apparaissent-elles et quelles en sont les conséquences ? Sont-elles la cause ou le résultat de la cancérisation ?

Les tumeurs de l’ovaire sont des pathologies graves, notamment les carcinomes séropapillaires de l’ovaire, les plus communs parmi ces cancers heureusement rares, qu’a étudiés l’équipe de Marc-Henri Stern. Elle a également mis en évidence le même phénomène, quoiqu’avec moins d’ampleur, dans des cellules de cancer de la prostate.

Si cette équipe est allée voir de plus près l’ADN de ces cellules, c’est pour explorer les phénomènes génomiques associés à l’inactivation déjà connue du gène CDK12 dans ces cancers mais dont on comprend mal les effets. Pour mener ce travail, les chercheurs ont utilisé les techniques de séquençage très performantes actuellement disponibles, qui permettent de séquencer rapidement l’ensemble du génome d’une cellule.

L’intérêt de ces recherches est à la fois fondamental – elles permettent de mieux comprendre le fonctionnement tumoral –, et clinique car elles amènent à revoir certaines pistes de traitement de ces cancers. En effet, à partir de modèles de laboratoire, on avait pensé que l’inactivation de CDK12 avait les mêmes effets que les anomalies de BRCA1 et 2, des gènes de prédisposition aux cancers du sein et de l’ovaire bien connus. Ces résultats révèlent que ce n’est pas le cas. Et les chercheurs vont pouvoir vérifier rapidement les conséquences cliniques de cette découverte, grâce à des essais thérapeutiques en cours en Europe, et pour partie à l’Institut Curie, sur des médicaments ciblés, les inhibiteurs de PARP, utilisés contre les cancers associés à ces gènes BRCA1 et 2.

En savoir plus

‘Ovarian cancers harboring inactivating mutations in CDK12 display a distinct genomic instability pattern characterized by large tandem duplications’, Tatiana Popova, Elodie Manié, Valentina Boeva, Aude Battistella, Oumou Goundiam, Nicholas K Smith, Christopher R MuellerVirginie Raynal, Odette Mariani, Xavier Sastre-Garau, and Marc-Henri Stern, Cancer Research 2016 Jan 19. pii: canres.2128.2015.

L’unité U830 - Génétique et biologie des cancers

La recherche clinique à l’Institut Curie

Le dossier pédagogique sur les cancers de l’ovaire

 

Texte : Valérie Devillaine

Crédit photo : Equipe de Marc-Henri Stern / Institut Curie

Légende : représentation des chromosomes en cercle (Circos) allant du chromosome 1 au chromosome X. A gauche en grand, une tumeur inactivée pour CDK12.

A droite en petit, un cancer de l’ovaire non inactivé pour CDK12. Les lignes violettes représentent les translocations inter-chromosomiques également présentent dans les 2 types de tumeurs. Les traits rouges représentent les duplications en tandem, bien plus nombreuses dans la tumeur inactivée pour CDK12.

Mathilde Regnault
25/02/2016