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Cancer du sein métastasé : l’Institut Curie européen d’une enquête internationale

Pour son enquête internationale sur la prise en charge des femmes atteintes de cancer du sein métastasé, l’Ecole européenne d'oncologie (ESO) a retenu l’Institut Curie parmi les centres européens. Echanges avec les intervenants pour contextualiser ce rapport.

Cancer du sein métastasé : l’Institut Curie européen d’une enquête internationale

Qu’est-ce que ce rapport sur le cancer du sein avancé (Global Status of Advanced / Metastatic Breast Cancer Decade Report) que vient de réaliser Pfizer pour le compte de la 3e Conférence de consensus international du cancer du sein avancé (ABC3*) et de l’Ecole européenne d'oncologie (ESO) ?

Dr Paul Cottu : C’est une gigantesque enquête réalisée tous les 10 ans sur l’état des lieux et de l’art sur la prise en charge des patientes atteintes de cancer du sein avancé ou métastasé. Il s’agit de décrire les grands basiques de la prise en charge de ces femmes pour les acteurs de santé que sont les oncologues, les soignants, les dirigeants hospitaliers. Dans cette édition 2005-2015, il est fortement question de la prise en charge globale des femmes et des soins de support en particulier. Cette « approche patient » est vraiment la marque de la prise en charge actuelle des patientes. Deux autres parties traitent du contexte économique et de la politique de santé ainsi que de l’évolution scientifique.

Quelle est la méthodologie de cette enquête et la place de l’Institut Curie ?

Dr Paul Cottu : Certes il y a des points communs dans l’ensemble des centres de lutte contre le cancer de par le monde mais chaque centre a également des spécificités dans l’approche patient, l’organisation des parcours, les services proposés… Pour ce rapport, des interviews ont été conduites à l’Institut Curie pour l’Europe et dans cinq autres centres en Argentine (Instituto de Oncologica Angel H. Roffo), au Liban (Naef K. Basile Cancer Institute), en Inde (Tata Memorial Centre) et aux Etats-Unis (MD Anderson Cancer Center et le Queens Cancer Center). Pour chacun des centres, 2 ou 3 intervenants devaient répondre afin de donner un point de vue multidisciplinaire de la façon dont l’établissement répond aux besoins des patientes atteintes de cancer du sein avancé. C’est le Dr Véronique Diéras, oncologue médicale et alors chef du département de Recherche clinique, Sylvie Carrié, cadre de santé du département d’Oncologie médicale, et moi-même, chef de Service de l’Hôpital de jour à l’Hôpital parisien de l’Institut Curie qui avons répondu. C’est une véritable reconnaissance internationale.

Quelles sont les grandes lignes de vos propos repris dans la partie approche patient de ce volumineux rapport ?

Dr Véronique Diéras : Chaque année, nous prenons en charge 200 à 250 nouvelles patientes dont le cancer du sein métastasé. 50% à 80 % des patients que nous, oncologues médicaux, voyons sont des femmes atteintes de cancer du sein avancé, ce qui fait une moyenne de 25 à 30 femmes vues chaque semaine par un médecin, sans compter les consultations dans le cadre d’essais cliniques. Un tiers d’entre-elles ont un trajet de moins d’une heure, un quart ont plus de trajet. Cela en fait un paramètre important à prendre en compte pour organiser la continuité des soins.

Dr Paul Cottu : Au-delà des traitements innovants et de la qualité des soins, les plus grandes attentes de nos patientes sont la réassurance, des mots réconfortants de la part de leur médecin. Elles ont besoin de savoir que nous allons les aider.

Sylvie Carrié : Les infirmières organisent les soins et la coordination avec l’ensemble des médecins et des acteurs de soins de Curie. Nous téléphonons également chaque semaine à ces patientes pour prendre des nouvelles et actualiser les informations sur leur état de santé et éventuellement apporter des aménagements au plan de traitement. Il en est de même de l’organisation et des contacts avec les dispensateurs de soins au domicile des patientes.

Quels sont les défis que vous évoquez ?

Sylvie Carrié : Développer l’information des patientes et la possibilité d’accéder à des soins de support permettant d’améliorer la qualité de vie. Les patientes se sentent souvent seules. Bien sûr, le financement et les locaux sont des contraintes fortes à lever pour développer cela. Il faut plus de personnel pour assurer ce lien avec la patiente et les différents acteurs dans son parcours du début jusqu’à la fin. Déjà, l’éducation thérapeutique permet aux patientes de bénéficier de conseils de 14 infirmières quant à leur chimiothérapie orale et de conseils voire même des prescriptions pour limiter leurs effets secondaires. L’expérience de la création d’un forum patient est également très riche d’enseignements.

Dr Véronique Diéras : Bien que l’on dispose de toute la panoplie de traitements, dont les traitements innovants, une consultation de psycho-oncologie au début du traitement serait un plus pour les femmes plutôt que d’attendre la 3e ou 4e ligne de chimiothérapie.

Dr Paul Cottu : Il faudrait disposer de données actualisées spécifiques pour l’aide à la décision thérapeutique, tout particulièrement avec l’avènement de la médecine ciblée. La recherche va générer de nouvelles connaissances dont nous manquons aujourd’hui.

 

En savoir plus

* ABC3 pour Advanced Breast Cancer Third International Consensus Conference

Le rapport complet Global Status of Advanced / Metastatic Breast Cancer Decade Report

Lire aussi

La recherche clinique à l’Institut Curie

La Consultation infirmière de suivi de chimiothérapie orale  

Le département d’oncologie médicale 

L’éducation thérapeutique du patient 

 

Texte : Nathalie Oudar

Crédits photos : Pedro Lombardi / Institut Curie, Noak / Le Bar Floréal / Institut Curie et Steve Murez / Institut Curie

Mathilde Regnault
03/03/2016