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Cancer du sein : de nouveaux résultats dans l’essai clinique Beverly-1

L’association bevacizumab-chimiothérapie n’est pas plus efficace que les chimiothérapies néo-adjuvantes standard prescrites aux femmes atteintes de cancer du sein non métastasé HER2 négatif. Telle est la conclusion des auteurs de l’essai clinique Beverly-1, mené notamment à l’Institut Curie.

Cancer du sein : de nouveaux résultats dans l’essai clinique Beverly-1

Face à certains cancers dont les traitements ne donnent pas entière satisfaction, les associations de chimiothérapies ou de thérapies de précision constituent souvent un espoir d’amélioration. Ainsi, les femmes atteintes de cancer du sein métastasé n’exprimant pas HER2 reçoivent dans certains cas du bévacizumab (Avastin®), une molécule agissant sur les vaisseaux sanguins alimentant la tumeur, associée à une chimiothérapie. Cette association permet d’augmenter la réponse au traitement de première intention dans les cancers avancés. Il était logique d’essayer de donner ce traitement à des stades plus précoces.

"Les cancers du sein inflammatoires sont une forme rare mais très agressive de tumeur à fort risque de donner des métastases. En amont de la chirurgie, toutes les patientes atteintes de cette forme de cancer du sein reçoivent une chimiothérapie afin de permettre une chirurgie dans un deuxième temps et de réduire les risques de rechutes et de dissémination", explique Jean-Yves Pierga, professeur à l’Université Paris-Descartes et chef du département d’Oncologie médicale à l’Institut Curie.

Coordonnés par le Pr Patrice Viens, de l’Institut Paoli-Calmettes (IPC) à Marseille et président d’Unicancer, deux essais cliniques ont été réalisés, promus par Unicancer et le laboratoire Roche. Ils ont évalué une association de bevacizumab à la chimiothérapie néo-adjuvante : l’essai Beverly-1, chez les patientes atteintes de cancers du sein inflammatoires ne sur-exprimant HER2 et l’essai Beverly-2, chez celles sur-exprimant HER2. Les résultats de Beverly-1 viennent d’être publiés par le Pr François Bertucci (IPC, Marseille) avec l’ensemble des centres de lutte contre le cancer participant à l’essai dans la prestigieuse revue Lancet Oncology.

Pas de bénéfices avec bevacizumab

Une centaine de femmes atteintes de ce type de cancer inflammatoire a participé à cet essai clinique de phase 2, ouvert à l’Institut Curie, à Paris et à Saint-Cloud, et dans une dizaine d’autres hôpitaux ou centres de lutte contre le cancer. Elles ont reçu une chimiothérapie néoadjuvante (5-fluorouracile, épirubicine, cyclophosphamide) associée à du bevacizumab (cycles 1 à 4), puis à du docetaxel et du bevacizumab (cycles 5 à 8). Après la chirurgie, elles ont eu une radiothérapie et une hormonothérapie habituelles et la poursuite du bévacizumab pour un an.

Après analyse des données et recul de 3 ans, "nous concluons que l’ajout de bevacizumab ne procure malheureusement aucun bénéfice à ces patientes, explique le Pr Jean Yves Pierga. C’était une piste qu’il fallait explorer, mais aujourd’hui, nous pouvons dire que cet ajout n’apporte aucun bénéfice en termes d’efficacité. Inutile de proposer à ces femmes un médicament supplémentaire qui peut également avoir d’éventuels effets indésirables."

Une analyse de la détection des cellules endothéliales circulantes et des cellules tumorales circulantes a été réalisée dans le laboratoire des biomarqueurs circulants du SiRIC, le Site de recherche intégrée sur le cancer de l’Institut Curie par le Pr Jean-Yves Pierga et le Dr François-Clément Bidard. "Ces données montrent que les cellules tumorales circulantes peuvent aider à prédire quelles patientes sont à fort risque de récidive, indépendamment de la réponse à la chimiothérapie donnée avant la chirurgie", expliquent ces derniers. Un suivi sur la durée ainsi que des études complémentaires pour identifier des indicateurs prédictifs sont par ailleurs encore nécessaires.


L’essai Beverly-1
est soutenu par Roche, La Ligue Nationale contre le Cancer et Chugai Pharma.

 

En savoir plus

Bevacizumab plus neoadjuvant chemotherapy in patients with HER2-negative inflammatory breast cancer (BEVERLY-1): a multicentre, single-arm, phase 2 study.

Bertucci F, Fekih M, Autret A, Petit T, Dalenc F, Levy C, Romieu G, Bonneterre J, Ferrero JM, Kerbrat P, Soulie P, Mouret-Reynier MA, Bachelot T, Lerebours F, Eymard JC, Deblock M, Lortholary A, Hardy-Bessard AC, Barthelemy P, Bonnefoi H, Charafe-Jauffret E, Bidard FC, Viens P, Lemonnier J, Pierga JY.

Lancet Oncol. 2016 Mar 28. pii: S1470-2045(16)00011-5. doi: 10.1016/S1470-2045(16)00011-5. [Epub ahead of print] PMID: 27032301

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Texte : Nathalie Oudar

Crédit photo : Pedro Lombardi / Institut Curie

Mathilde Regnault
04/04/2016