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Cancers du sein : les premiers pas de la dissémination décryptés

Grâce un programme financé par la générosité publique, les chercheurs décrivent les clés essentielles aux tumeurs du sein pour franchir l’enceinte qui les maintient confinées et devenir invasives. 

© Flodillinsky/Institut Curie
© Flodillinsky/Institut Curie

Il n’y a que le premier pas qui coûte pour les cellules tumorales. Et ce premier pas dans le cas des cancers du sein consiste à franchir la membrane basale. Cette membrane délimite la glande mammaire et constitue une barrière à leur dissémination. Une fois cette enceinte franchie, le cancer du sein jusqu’à présent in situ devient invasif. "C’est une étape clé du processus tumoral", déclare Philippe Chavrier, directeur de recherche CNRS à l’Institut Curie, chef de l’équipe Dynamique de la membrane et du cytosquelette. "Avec la pathologiste Anne Vincent Salomon nous avons créé en juillet 2011 un programme incitatif et coopératif pour élucider les mécanismes développés par les tumeurs pour quitter leur foyer d’origine." Ces programmes entièrement financés par les fonds propres de l’Institut Curie et pour grande partie par la générosité publique, favorisent la convergence des efforts des spécialistes pour répondre à une question d’intérêt majeur en cancérologie.

P63/MT1-MMP, un duo pour l’évasion tumorale

Grâce à ce programme, les chercheurs ont pu analyser près 900 prélèvements de tumeurs du sein : des tumeurs in situ, mini-invasive et invasives. L’importance de la protéase MT1-MMP lors de la transition des cancers du sein in situ vers des formes invasives se confirme largement. "L’expression de MT1-MMP est particulièrement élevée dans les tumeurs de haut grade, celles ne présentant pas de récepteur aux hormones (hormonorésistantes) et les tumeurs à haut risque de développer des métastases", ajoute Catalina Lodillinsky, chercheuse qui a conduit ce projet. L’extinction de MT1-MMP dans des modèles expérimentaux empêche même la transition vers les formes tumorales agressives. Pour la première fois, le rôle de MT1-MMP est clairement mis en évidence dès le début du processus d’invasion des tumeurs du sein. Il semble être un marqueur des tumeurs hormonorésistantes et à fort risque de métastaser. "Mais ce n’est pas le seul acteur que nous ayons mise au jour, surenchérit Philippe Chavrier. L’invasion de la membrane basale semblent provoquer par un signal venant du micro environnement qui active p63, ce qui ensuite déclenche la surexpression de MT1-MMP." C’est donc l’action cumulée de p63/ MT1-MMP qui semble contribuer aux premières phases de la dissémination dans les cancers du sein. Cette découverte ouvre de nouvelles pistes pour bloquer l’invasion tumorale.

Légende
L’illustration représente les étapes de la progression tumorale s’étalant sur une douzaine de semaines dans un modèle expérimental injectées avec des cellules tumorales mammaires humaines. Au cours de l’étape initiale (panneau A), les cellules tumorales (vert) prolifèrent dans la lumière du canal galactophorique pour former une tumeur in situ avec des cellules myoépithéliales (rouge) qui entourent la tumeur non disséminée. Au stage intermédiaire (panneau B), des cellules tumorales (vert) commencent à franchir le feuillet de cellules myoépithéliales (rouge). Au dernier stade (panneau C), les cellules tumorales ont envahi les tissus sains. Barre d’échelle, 50 microns.

 

En savoir plus

p63/MT1-MMP axis is required for in situ to invasive transition in basal-like breast cancer

C Lodillinsky, E Infante, A Guichard, R Chaligné, L Fuhrmann, J Cyrta, M Irondelle, E Lagoutte, S Vacher3, H Bonsang-Kitzis, M Glukhova5, F Reyal, I Bièche, A Vincent-Salomon, P Chavrier
Oncogene, 20 avril 2015, doi:10.1038/onc.2015.87

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Céline Giustranti

Webmaster
21/04/2015