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Céline Vallot : la recherche en cancérologie comme fil conducteur

En rejoignant l’Institut Curie, Céline Vallot va pouvoir mettre à profit sa double expertise en bioinformatique et en épigénétique au service de la cancérologie. Une approche combinée qui devrait lui permettre d’aborder un tout nouvel aspect de la biologie des tumeurs la plasticité des marques épigénétiques en cancérogenèse.

Céline Vallot : la recherche en cancérologie comme fil conducteur

De longue date, Céline Vallot a souhaité se consacrer à la cancérologie. Pour preuve, après son diplôme d’ingénieur à Polytechnique, elle effectue un master en cancérologie. Ensuite, elle rejoint l’Institut Curie dans l’équipe Oncologie moléculaire de François Radvanyi pour y décrypter les mécanismes sous-jacents au développement des cancers de la vessie. C’est là qu’elle s’aventure pour la première fois dans l’univers de l’épigénétique, sorte de "programme" transmissible, qui détermine quels sont les gènes actifs et à quel moment. Ce domaine alors en pleine explosion offre une nouvelle vision de la cancérogenèse. Un constat qui ne cesse de se confirmer depuis lors. Ce premier pas est placé sous le signe du succès puisque ces travaux révèlent que de grandes régions du génome dans ces cellules cancéreuses sont largement éteintes par des mécanismes épigénétiques. "Ces régions se retrouvent essentiellement chez les tumeurs qui ont un pouvoir invasif et agressif plus élevé que les autres", ajoute la jeune chercheuse. Cette découverte reposait en grande partie sur une approche bioinformatique innovante jointes à des validations fonctionnelles à partir de prélèvements tumoraux. C’est ce doublé gagnant que la chercheuse envisage de mettre en œuvre dans sa toute nouvelle équipe Modélisation de la dynamique des mécanismes épigénétiques dans le cancer. D’autant plus que son post-doctorat effectué dans l’équipe de Claire Rougeulle à l’Université Paris Diderot tourné vers la recherche fondamentale lui a permis de creuser l’aspect plastique des mécanismes épigénétiques en étudiant l’inactivation du chromosome X dans les étapes précoces du développement humain. Chez les mammifères femelles, l’un des deux chromosomes X est en effet inactivé au hasard et cela via des mécanismes épigénétiques, ce qui en fait un modèle d’étude idéal pour comprendre la dynamique des mécanismes épigénétiques. "Jusqu’à présent très largement étudié chez les modèles murins, cet aspect du développement était méconnu chez les humains et on imaginait que tout devait se passer à peu près de la même manière", explique Céline Vallot. Quel ne fut pas la surprise des chercheurs de découvrir que cette inactivation suit un processus totalement différent. Céline Vallot a ainsi mis au jour un nouvel ARN non-codant, XACT, propre aux humains, qui recouvre le chromosome X actif dans les cellules embryonnaires. L’ensemble de ces travaux ces 10 dernières années lui a valu de décrocher le Prix Claude Paoletti 2016 du CNRS, qui récompense un jeune chercheur prometteur pour ses travaux en biologie.

A la recherche du temps épigénétique

"Dès le début de mon post-doc, je savais qu’à terme je retournerais vers la cancérologie, car c’est le sujet qui m’intéresse de longue date, explique Céline Vallot, désormais chargée de recherche CNRS, qui dirige une équipe SIRiC bénéficiant d’un financement ATIP-Avenir CNRS. En rejoignant l’Institut Curie, je vais pouvoir étudier comment les tumeurs remodèlent leur épigénome au cours du temps." Il est désormais communément admis que le cancer est la résultante de mécanismes où, à des mutations génétiques qui touchent la séquence des gènes ou génome, s’ajoutent d’autres modifications aujourd’hui épigénétiques qui altèrent les gènes mais sans toucher la séquence, constituant l’épigénome de cancers. Contrairement aux mutations génétiques qui sont figées, les modifications épigénétiques sur l’ADN ou les histones sont réversibles. Céline Vallot veut avec son équipe saisir la dynamique des dérégulations épigénétiques au cours de la progression tumorale en utilisant un modèle cellulaire innovant pour capturer les altérations épigénétiques en temps réel. "Aujourd’hui on ne sait pas comment, ni si ces altérations évoluent au cours du temps, ce qui pose un problème pour comprendre leur signification en cancérogenèse et leur potentiel en tant que cible thérapeutique, précise la chercheuse. Il faut ajouter la dimension temporelle aux analyses épigénétiques. Dans un premier temps, nous allons étudier cet aspect dans les cancers du sein, mais à terme nous envisageons d’étendre nos études à d’autres tumeurs."

 

Texte : Céline Giustranti

Crédit photo : Uriel Chantraine / Institut Curie

Mathilde Regnault
09/01/2017