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Un consortium européen pour dresser le profil d’un type de cancer du sein

Parce que tous les cancers du sein ne sont pas identiques, il est important d’étudier chaque sous-groupe. L’objectif est de mieux les caractériser et de trouver leur talon d’Achille pour mieux les soigner. 

Un consortium européen pour dresser le profil d’un type de cancer du sein

Pour décrypter l’une des formes fréquentes de cancers du sein, les cancers du sein lobulaires, plusieurs centres européens ont uni leur force dans le consortium RATHER, pour Rational Therapy for Breast Cancer : l’institut néerlandais du cancer (Netherlands Cancer Institute, Pays-Bas), l’institut du cancer anglais (Cancer Research UK Cambridge Institute, de l’université de Cambridge, Grande-Bretagne), le laboratoire de Biologie et thérapie du cancer de l’University College Dublin (Irlande), la société de diagnostic OncoMark Limited (Irlande), la société Agendia (Pays-Bas) et l’Institut Curie participent à ce projet financé par la commission européenne.

Les cancers du sein lobulaires se révèlent peu à peu

Leanne de KoningLeanne de KoningLa glande mammaire se compose de lobules où est produit le lait et de canaux servant à son transport. 60% à 75 % des cancers du sein infiltrants se développent au détriment des cellules épithéliales des canaux. On parle de carcinomes canalaires. Viennent ensuite en termes de fréquence les cancers lobulaires qui représentent 5% à 15 % de tous les cancers et apparaissent dans les cellules épithéliales des lobules. Ces tumeurs lobulaires se développent de façon diffuse, en infiltrant le tissu autour, et sont de ce fait souvent diagnostiquées tardivement et de mauvais pronostic. C’est donc une urgence médicale de mieux connaître ces cancers pour mieux les soigner.

Sept laboratoires regroupés dans le consortium RATHER ont dressé le profil moléculaire de 144 tumeurs primaires du sein de type lobulaire. Chacun a pu mettre à profit son expertise dans l’analyse moléculaire. Pour l’Institut Curie, ce sont deux équipes du département de recherche translationnelle qui ont été mises à contribution : l’équipe Biologie du cancer du sein dirigée par Thierry Dubois et la plateforme de Reverse Phase Protein Array (RPPA) dirigée par Leanne de Koning. "Cette technologie innovante permet d’étudier les protéines et leur état d’activation dans des échantillons biologiques (tissus, cellules) en haut débit, explique Leanne de Koning. Les protéines étudiées participent à des voies de signalisation cellulaire qui gouvernent le comportement des cellules et sont fréquemment altérées dans les cellules tumorales." En plus du profil protéomique, les profils génomique – cartographie de l’ADN – et transcriptomique – cartographie de l’ensemble des ARN messagers, intermédiaires entre les gènes et les protéines – ont été établis.

Thierry DuboisThierry DuboisEn intégrant l’ensemble des données obtenues par les 7 laboratoires, deux sous-types de cancers du sein lobulaires émergent.

L’un de ces sous-types se caractérise par une surexpression de certains régulateurs de la réponse immune, comme les immuno-modulateurs de types PD-1, PD-L1 et CTLA-4. Ils empêchent le système immunitaire d’agir contre les cellules tumorales. Or, depuis quelque temps, les essais cliniques sur des molécules qui « débloquent » le système immunitaire ne cessent d’être couronnés de succès. Leur utilisation dans ce sous-type de cancer lobulaire pourrait être une piste intéressante. L’autre sous-type de cancer lobulaire se rapproche des cancers hormonosensibles. D’un point de vue biologique, les cellules tumorales auraient enclenché une transition épithélio-mésenchymateuse. Cette transition représente pour les cellules tumorales le premier pas vers la dissémination.

Au-delà de la meilleure caractérisation des cancers du sein lobulaire, cette étude apporte des pistes pour favoriser le recours à la médecine de précision et le choix des thérapies en fonction du profil moléculaire chez les patientes atteintes de cancer.

 

En savoir plus

Integration of genomic, transcriptomic and proteomic data identifies two biologically distinct subtypes of invasive lobular breast cancer  

Michaut M, Chin SF, Majewski I, Severson TM, Bismeijer T, de Koning L, Peeters JK, Schouten PC, Rueda OM, Bosma AJ, Tarrant F, Fan Y, He B, Xue Z, Mittempergher L, Kluin RJ, Heijmans J, Snel M, Pereira B, Schlicker A, Provenzano E, Ali HR, Gaber A, O'Hurley G, Lehn S, Muris JJ, Wesseling J, Kay E, Sammut SJ, Bardwell HA, Barbet AS, Bard F, Lecerf C, O'Connor DP, Vis DJ, Benes CH, McDermott U, Garnett MJ, Simon IM, Jirström K, Dubois T, Linn SC, Gallagher WM, Wessels LF, Caldas C, Bernards R.

Sci Rep. 2016 Jan 5;6:18517. doi: 10.1038/srep18517.

 

Texte : Céline Giustranti

Crédit photo : DR

Mathilde Regnault
19/01/2016