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Dépistage organisé du cancer du sein : ce qu’il faut savoir

L’émission "Le Monde en Face" de Marina Carrère d’Encausse fera le point, mardi 12 janvier, sur le dépistage organisé du cancer du sein, sous forme d’un débat après un documentaire réalisé par Coline Tison. Cette pratique généralisée en France pour les femmes de 50 à 74 ans fait aujourd’hui débat dans le monde médical. Le point avec le Dr Anne Vincent-Salomon, médecin pathologiste et chercheuse à l’Institut Curie.

Dépistage organisé du cancer du sein : ce qu’il faut savoir

En France, depuis 2004, les femmes entre 50 et 74 ans sont invitées à pratiquer une mammographie tous les deux ans, afin de dépister d’éventuelles lésions. Cette mammographie bénéficie alors d’une double lecture par des radiologues spécialistes. De nombreux débats existent dans la littérature concernant le bénéfice du dépistage sur la survie. Des études montrent que le dépistage organisé permet de réduire en moyenne la mortalité liée au cancer du sein d’environ 15% pour les femmes de 50 à 74 ans, tranche d’âge du dépistage en France (IARC, 2015) mais le bénéfice de ce dépistage en termes de survie n’apparaît pas dans d’autres catégories d’âge (40-49 ans) (Télécharger ci-dessous notre tableau, traduction du tableau paru dans le New England Journal of Medicine en juin 2015).  "Grâce au dépistage et au suivi gynécologique des patientes, les tumeurs sont diagnostiquées à des tailles plus petites et l’envahissement des ganglions est moins important. Or, la taille et le statut des ganglions sont des paramètres pronostiques forts", explique le Dr Anne Vincent-Salomon.

Néanmoins, plusieurs études montrent aujourd’hui que le dépistage organisé induit également des surdiagnostics** et des surtraitements : certains cancers du sein sont diagnostiqués et/ou traités alors qu’ils n’auraient peut-être jamais évolué et n’auraient probablement pas mis en jeu le pronostic vital des femmes. Ainsi, selon une étude de cohortes néerlandaise, le dépistage organisé augmenterait le surdiagnostic de 7 à 8 points par rapport à une population sans dépistage organisé (Ripping et al., 2015). "C’est pourquoi il est important de poursuivre l’amélioration des outils du dépistage, tempère le Dr Vincent-Salomon, entre autres par la mise en œuvre de travaux de recherche en imagerie. Les pathologistes s’organisent également pour améliorer la reproductibilité des diagnostics des lésions pré-cancéreuses, entre autres grâce à l’AFAQAP*. Il est également important de poursuivre les travaux de recherche qui visent à comprendre le potentiel évolutif des carcinomes in situ, considérés comme des lésions pré-cancéreuses puisqu’elles n’entraînent pas la survenue de métastases."

Quant au surtraitement, d’autres études (Suhrke et al., 2011) montrent en effet que certains cancers du sein pourraient être probablement traités de manière trop « radicale », engendrant ainsi des effets secondaires physiques et psychologiques inutiles. "Il faut encourager la désescalade thérapeutique pour les lésions in-situ (pré-cancéreuses), estime le Dr Vincent-Salomon. Des essais de désescalade thérapeutique pour les carcinomes in situ démarrent acutellement au niveau européen."

Ajuster les indications de l’utilisation des thérapies adjuvantes en définissant mieux le risque évolutif des cancers du sein infiltrants semble également nécessaire. C’est d’ailleurs l’objectif de l’essai Décision Impact, réalisée en 2015 et dont les résultats seront bientôt disponibles. Pour certains types de cancers et dans certaines situations, une chimiothérapie est prescrite alors qu’elle n’est pas forcément nécessaire. Cette étude vise à mieux préciser les conditions dans lesquelles la chimiothérapie peut être évitée, sans augmenter le risque de récidive. 

 

En savoir plus

Le Dr Anne Vincent-Salomon sera l’invitée de l’émission « Le Monde en Face » sur le dépistage du cancer du sein, diffusée le mardi 12 janvier à 20h40 sur France 5.

 

Voir le tableau des bénéfices du dépistage du cancer du sein (IARC, 2015) (en français)

 

Eviter les chimiothérapies à certaines patientes atteintes d’un cancer du sein

Les études Cochrane sur le dépistage du cancer du sein

 

Lauby‑Secretan, B., Scoccianti, C., Loomis, D., Benbrahim‑Tallaa, L., Bouvard, V., Bianchini, F.,

and Straif, K., for the International Agency for Research on Cancer Handbook Working Group (2015) ‘Breast-Cancer Screening — Viewpoint of the IARC Working Group’ New England Journal of Medicine

Suhrke P1, Mæhlen J, Schlichting E, Jørgensen KJ, Gøtzsche PC, Zahl PH., (2011), ‘Effect of mammography screening on surgical treatment for breast cancer in Norway: comparative analysis of cancer registry data’, BMJ

Ripping, T.M., Verbeek, A.L.M., Fracheboud, J., de Koning, H.J., van Ravesteyn, N.T.  and Broeders, M.J.M.  (2015), ‘Overdiagnosis by mammographic screening for breast cancer studied in birth cohorts in The Netherlands’, International Journal of Cancer

 

*AFAQAP : Association Française d’Assurance Qualité en Anatomie Pathologique

Pour en savoir plus : https://www.afaqap.fr/

 

** Le surdiagnostic est le fait de détecter des tumeurs qui n’auraient pas évolué et seraient donc passées inaperçues sans examen.

 

Crédit photo : Phovoir

Mathilde Regnault
12/01/2016