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Dr Emanuela Romano : "L’immunothérapie est incontestablement une arme anti-cancer"

Rencontre avec le Dr Emanuela Romano, médecin-chercheur spécialisé dans les essais cliniques précoces en oncologie et immunothérapie. En étroite collaboration avec les acteurs de la recherche translationnelle, elle participe activement au développement de l’immunothérapie, une des thématiques phares du projet  2015-2020 de l’Institut Curie, MC21. 

Dr Emanuela Romano : "L’immunothérapie est incontestablement une arme anti-cancer"

Quel est votre rôle, aujourd’hui, au sein de l’Institut Curie, où vous êtes arrivée récemment ?

Dr Emanuela Romano : Depuis octobre, je suis responsable de l’unité d’immunothérapie, qui sera une des composantes du futur Centre d’immunothérapie dirigé par Sebastian Amigorena. Déjà intégrée dans l’Unité d’investigation clinique (UIC) pilotée par le Dr Véronique Diéras, l’unité d’immunothérapie a pour thématique les essais cliniques précoces en immuno-oncologie. La contribution de l’ensemble des médecins du département d’oncologie médicale est d’ailleurs cruciale. Nous devons établir un réseau institutionnel ainsi qu’une équipe de médecins de différentes spécialités qui s’intéressent à l’immunothérapie et sont aussi impliqués dans la recherche clinique. L’esprit d’équipe à travers l’intégration des infirmières et des ARC* est bénéfique pour la qualité de la prise en charge des patients.

Quels types de cancers sont concernés par ces essais ?

ER : Tous les cancers peuvent potentiellement bénéficier de l'immunothérapie. Dans un premier temps, nous nous focaliserons sur les cancers gynécologiques (sein et ovaire), poumon, ORL et cancers rares tels que les sarcomes, le mélanome de l’œil et les cancers des enfants.

Quelles sont vos principales missions au sein de votre unité ?

ER : En tant qu’oncologue, je suis des patients qui vont pouvoir bénéficier de traitements par immunothérapie. Je suis aussi en charge de développer les programmes existants ainsi que de nouveaux projets axés sur le blocage des checkpoints immunitaires**, les anticorps, les thérapies cellulaires et les approches de vaccination pour le traitement du cancer. Notre mission est également de concevoir des essais cliniques précoces en immunothérapie. Pour cela, je souhaite tisser et développer des liens avec des partenaires à la fois industriels et académiques, notamment afin d’offrir des alternatives thérapeutiques innovantes pour les patients pour lesquels les options thérapeutiques sont limitées voire inefficaces.  

Quel sera votre rôle dans les activités de recherche translationnelle ?

ER : J’ai aussi pour mission de coordonner des projets de recherche translationnelle.  Mon unité va participer activement aux études précliniques menées par l’unité dédiée à l’immunothérapie translationnelle, en relation étroite avec l’unité d’immunologie fondamentale et le laboratoire d'immunologie clinique. L’interaction entre les chercheurs et les médecins doit être quotidienne et constante. Il s’agit vraiment d’une réflexion collégiale et un travail d’équipe entre médecins et chercheurs. L’excellence et la qualité des travaux scientifiques du Centre de Recherche constituent un potentiel énorme d’investigation pour répondre à certaines questions cliniques et précliniques.

A terme, selon vous, quelle sera la place de l’immunothérapie dans les traitements des cancers ?

ER : Il est aujourd’hui indiscutable que cette nouvelle approche thérapeutique en oncologie est une arme anti-cancer, comme d’ailleurs le sont toujours les traitements classiques tels que la chimiothérapie, les thérapies ciblées, la radiothérapie, etc. Il est crucial d’étudier comment l’immunothérapie peut être associée à d’autres types de traitement.

Ce n’est pas une thérapie miracle mais les résultats obtenus sur des essais de phase III montrent qu’elle peut être très efficace chez certains patients, même avec des cancers avancés. C’est, pour l’heure, la seule thérapie en oncologie qui est capable de produire des bénéfices hors traitement pour nos patients pendant des années.

 

*ARC : attaché de recherche clinique
** checkpoints immunitaires : points de contrôle du système immunitaire

 

En savoir plus

Comprendre les checkpoints immunitaires : déverrouiller le système immunitaire contre les cellules cancéreuses

Le dossier "Immunothérapie : la révolution attendue"

 

Texte : ST

Crédit photo : Uriel Chantraine / Institut Curie

Mathilde Regnault
17/02/2016