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Oncogériatrie : une discipline en plein essor

Alliance de deux disciplines médicales— l’oncologie et la gériatrie — l’oncogériatrie est en plein essor du fait du vieillissement de la population. Progressivement, congrès internationaux, formation des futures générations, sociétés savantes et intergroupes voient le jour.

Oncogériatrie : une discipline en plein essor

Près d’un tiers des cancers surviennent chez des personnes de plus de 75 ans et les projections indiquent que cette proportion atteindra 50 % en 2050. L'oncogériatrie vise à assurer à tout patient âgé atteint de cancer une prise en charge adaptée. "C’est une discipline d’aujourd’hui déjà, et surtout d’avenir, déclare le Dr Etienne Brain, médecin oncologue à l’Institut Curie, fortement impliqué dans l’organisation de l’oncogériatrie. Elle est construite sur des regards croisés entre le monde de l’oncologie et celui de la gériatrie."

Développer la recherche clinique

Preuve de l’intérêt grandissant pour cette nouvelle discipline, le congrès annuel de la Société Internationale d’Oncogériatrie (SIOG), qui s’est déroulé fin octobre a réuni près de 400 spécialistes. En tant que tout nouveau président de la SIOG, le Dr Etienne Brain pense déjà au suivant, qui se déroulera à Prague en novembre 2015. Il souhaite laisser une place importante aux nouvelles générations de soignants, accentuer la diversification en intégrant des infirmiers, des psychologues… et sensibiliser de nouveaux pays à cette problématique. "L’un des enjeux est aussi de promouvoir la recherche fondamentale, translationnelle et clinique en oncogériatrie", complète le médecin.

En effet, la population âgée est encore trop souvent exclue des essais thérapeutiques, rendant difficile le développement de prises en charge adaptées qui soient authentiquement justes et démontrées. "Si tous les traitements peuvent être envisagés, ils doivent être adaptés à l’âge physiologique des patients et à leur état de santé global", précise Florence Rollot-Trad, médecin interniste et gériatre à l’Institut Curie. Des essais cliniques spécifiques doivent être mis en place pour évaluer les traitements dans cette population en intégrant bénéfice absolu, espérance de vie et tolérance. "L’oncogériatrie repose en effet sur l’introduction d’une démarche d’évaluation multidimensionnelle du patient, souligne la gériatre. Les caractéristiques médico-psycho-environnementales du patient doivent être prises en compte lors de la mise en place des essais cliniques." C’est l’un des objectifs du groupe coopérateur GERICO, créé en 2002 à Unicancer. Désormais coordonné par le Dr Etienne Brain, ce groupe est dédié à la construction de projets de recherche clinique en oncologie pour la population âgée.

Organiser la prise en charge

Les Unités de Coordination en OncoGériatrie (UCOG) créées en 2006 sous l’impulsion de l’INCa visent à promouvoir et organiser l’accès au soin pour tous les patients âgés atteints de cancer, mais aussi à former, informer et à développer la recherche. L’une des 5 UCOG existant en Ile-de-France est coordonnée par le Dr Etienne Brain et le Pr Olivier Saint-Jean, chef de service de gériatrie à l’Hôpital Européen Georges-Pompidou.

Le rapprochement du groupe GERICO et de la vingtaine d’UCOG existant au niveau national en un intergroupe coopérateur GERICO-UCOG, pour défendre la recherche clinique en oncogériatrie, a été labellisé cet été par l’INCa. Cet intergroupe est porté par Unicancer sur le plan juridique et administratif. Il s’agit du premier intergroupe transversal ne concernant pas une localisation tumorale spécifique ; il doit permettre de consolider la structuration de l’oncogériatrie française. "Ses premières missions sont de lister les questions prioritaires de recherche pour la population âgée atteinte d’un cancer spécifique ou non, de développer ou consolider les liens avec les "groupes tumeur" labellisés afin de faciliter la conduite de ces essais prioritaires identifiés, et de poursuivre les travaux sur s la définition des critères d’une évaluation gériatrique simplifiée et ses conséquences en termes d’intervention et de pronostic du cancer", explique le Dr Brain.

Sensibiliser à l’oncogériatrie

L’oncogériatrie est l’affaire de tous et ne peut assurément pas reposer sur la seule action des gériatres et de quelques oncologues impliqués : tous doivent être investis et sensibilisés. Les spécialistes de l’Institut Curie s’engagent fortement dans la formation des professionnels de santé : diplôme inter-universitaire d’oncogériatrie, formation des internes, formation des médecins et soignants en interne, module complémentaire pour les étudiants en médecine, rencontres franciliennes en oncogériatrie, séminaire INCa et ministère de la Santé, etc. Car, comme le rappelle Etienne Brain, "il est important de revisiter les concepts habituels de prise en charge en intégrant l’évolution épidémiologique de notre société et ses conséquences : la prise en compte multidimensionnelle du patient âgé est devenue tout autant essentielle que la détermination du portrait moléculaire tumoral. Seule l’alliance des deux permet une personnalisation de la prise en charge qui soit juste."

Face au vieillissement de la population et à l’incidence croissante des différents cancers avec l’âge, l’oncogériatrie doit donc poursuivre son développement et sa structuration.

 

En savoir plus

Le site de la Société internationale d’oncogériatrie

 

Texte : Céline Giustranti

Crédit phot : Noak / Le Bar Floréal / Institut Curie

Mathilde Regnault
29/12/2014