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La protonthérapie pour traiter le médulloblastome

A l’Institut Curie, les nouvelles techniques que sont la modulation d’intensité et les faisceaux balayés cachent derrière un vocabulaire complexe un espoir légitime pour améliorer le traitement des jeunes patients atteints de médulloblastome.

 

Cet article vous est proposé dans le cadre de la Journée intenationale du cancer de l'enfant du 15 février 2016

La protonthérapie pour traiter le médulloblastome

"En 2016, l’Institut Curie finalise la mise au point de la technique permettant les traitements par protons des enfants atteints de médulloblastome", déclare le Dr Claire Alapetite, radiothérapeute à l’Institut Curie. Les médulloblastomes sont des tumeurs cérébrales rares touchant particulièrement les enfants. Les cinquante dernières années de recherche ont permis d’augmenter les chances de guérison de ces jeunes patients, qui atteignent aujourd’hui les 70% à 80 % mais avec encore trop souvent de lourdes séquelles. Toutefois le taux moyen de survie des patients atteints de formes dites de "haut risque", 5 ans après le diagnostic, ne dépasse que rarement les 30 %.

Aux côtés de la chirurgie et de la chimiothérapie, la radiothérapie est un traitement particulièrement efficace quand elle est ultra-ciblée comme la protonthérapie. La localisation de cette tumeur dans le cervelet, à l’arrière du cerveau, impose des traitements ciblés qui doivent épargner le cerveau d’autant que ce dernier est encore en développement chez les jeunes patients.

Le médulloblastome peut métastaser dans la totalité du système nerveux central, par la voie du liquide céphalo-rachidien. D’ailleurs au moment du diagnostic, près de la moitié des enfants présentent des métastases qui ne provoquent pas de symptômes.

Diminuer l'exposition des tissus environnants

L’Institut Curie dispose du plateau technique de radiothérapie des plus complets en Europe, avec le seul centre de protonthérapie en France à pouvoir traiter de jeunes enfants, grâce à son accélérateur de protons et, depuis 2010, son dispositif permettant une anesthésie générale. Car pour bénéficier de ce type de traitement, les nourrissons et très jeunes enfants doivent être anesthésiés pour assurer l’immobilisation indispensable au même positionnement répété jour après jour.

Cette radiothérapie permet d’irradier avec une grande précision des tumeurs pédiatriques situées en profondeur à proximité d’organes sensibles, comme le nerf optique ou certaines parties du cerveau. "L’avantage de cette technique est de diminuer l’exposition des tissus sains environnants, permettant ainsi la réduction de la toxicité des rayons par rapport à la radiothérapie utilisée jusque-là pour cette pathologie. Nous diminuons ainsi le risque de deuxième cancer qui pourrait peser chez les jeunes patients", précise la radiothérapeute.

"Actuellement, nous prenons en charge par protonthérapie les enfants dont le foyer tumoral est situé dans la région du cervelet. Avec une nouvelle technique, nous allons ainsi pouvoir étendre la prise en charge à l’ensemble du volume cérébral et de l’axe médullaire permettant d’étendre l’épargne des tissus sains aux organes intrathoraciques et abdominaux", poursuit le Dr Claire Alapetite. En quoi consiste cette nouvelle technique ? Il s’agit de faire comme en radiothérapie quand avec l’IMRT (pour Intensity Modulated Radio Therapy) un champ de rayons hétérogène est construit : grossièrement une dose faible à gauche par exemple et une dose plus importante à droite du champ. L’IMPT (pour Intensity Modulated Proton Therapy) décline cette modularité et permet aux radiothérapeutes d’ajuster profondeur et intensité à chaque partie de la tumeur qui, dans le cas du médulloblastome, est loin d’avoir une forme compacte. Cette nouvelle génération de protonthérapie s’appuie sur le Pencil Beam Scanning (PBS), parfois dénommé le scalpel du radiothérapeute tant sa précision est fine et modulable. "La première étape sera d’accueillir les plus jeunes enfants atteints de médulloblastome et devant bénéficier d’une radiothérapie cranio-spinale", conclut le Dr Alapetite du département de Radiothérapie de l’Institut Curie.

En savoir plus

  1. IMRT = intensity modulated radiotherapy pour radiothérapie avec modulation d’intensité
  2. IMPT = intensity modulated protontherapy pour protonthérapie avec modulation d’intensité
  3. Pencil Beam Scanning : faisceau de protons balayés
Texte: Nathalie Oudar
Crédit photo: Eric Bouvet / Institut Curie
Mathilde Regnault
10/02/2016