Partager Partager sur facebook Partager sur twitter Partager sur google+
-A +A

imprimer la page

Simon Saule : 360° sur l’œil

De son développement à la survenue de formes de cancers rares dans cet organe considéré comme l’un des plus complexes, les recherches du Pr Simon Saule couvrent un large spectre. C’est très certainement cette diversité que l’Académie nationale de médecine a voulu saluer, en lui remettant en cette fin 2016 le prix Prosper Veil.

Simon Saule : 360° sur l’œil

Comment un organe aussi perfectionné que celui de la vision aurait-il pu évoluer naturellement depuis une forme ancestrale et acquérir des spécificités distinctes d’une espèce à l’autre ? C’est par cette interrogation sur l’œil que les détracteurs de Charles Darwin ont pendant longtemps décrié la théorie de l’évolution. Un gène explique toutefois comment la sélection d’un événement initial puis sa complexification au cours du temps a pu engendrer les multiples formes d’yeux. Ce gène, c’est PAX 6, souvent appelé « gène  maître » du développement oculaire. Ce gène, Simon Saule, chef de l’équipe Pax et Mitf dans la signalisation, le développement des yeux et les mélanomes (Institut Curie/CNRS/Université Paris Sud), l’étudie depuis 1992 . "Avec mon équipe, nous avons notamment caractérisé les protéines produites par Pax6, analysé les séquences qui régulent l’expression de ce gène et caractérisé certains facteurs de transcription contrôlant ses territoires d’expression", explique le chercheur actuellement professeur de biologie cellulaire à l’Université Paris Sud.

L’œil de son développement à sa transformation tumorale

Simon Saule a rejoint l’Institut Curie en 1999 pour travailler aux côtés de Georges Calothy. Ce pionnier des mécanismes d'action des rétrovirus oncogènes étudiait entre autres la neurorétine, l’unité du système nerveux central qui convertit un signal lumineux en un influx nerveux. "Ses travaux portaient sur la prolifération de la neurorétine en réponse aux oncogènes, explique le chercheur. L’étude de l’effet d’un oncogène particulier, Myc, à travers la transdifférenciation pigmentaire qu’il induit dans la neurorétine, nous a permis d’isoler Pax6. Nous avons pu mettre en évidence le rôle de Pax6 dans les phénomènes de spécialisation cellulaire aboutissant à la formation de la neurorétine au cours du développement." Et si Simon Saule a choisi de travailler sur le développement embryonnaire, c’est d’une part pour pouvoir étudier cette différenciation cellulaire mais aussi parce que les cellules embryonnaires présentent de grandes similitudes avec les cellules cancéreuses.

D’ailleurs, une partie de ses recherches plus actuelles concernent la biologie du plus fréquent des cancers de l’œil, le mélanome de l’uvée, et d’une tumeur pédiatrique de l’œil, le rétinoblastome. Son équipe étudie les mécanismes qui facilitent la migration et l’invasion cellulaire dans ces cancers.

S’il est aujourd’hui possible de prédire quels gènes sont liés au risque de métastase dans les mélanomes de l’uvée, c’est notamment grâce à ces travaux : plus la phosphatase PTP4A3/PRL3 est exprimée, plus les capacités migratoires des cellules de ce mélanome sont élevées. Or des médicaments ciblant des protéines existent déjà, ce qui en fait des cibles thérapeutiques intéressantes. Avec son équipe il s’attèle désormais à identifier les cibles de cette protéine. Aujourd’hui si ses recherches sont un peu plus tournées vers le mélanome de l’uvée, le biologiste poursuit ses travaux sur le développement de la rétine avec l’espoir de mieux comprendre la survenue des rétinoblastomes.

Texte : Céline Giustranti

Légende : Le Pr Simon Saule et la pédiatre Isabelle Aerts avec qui il a coordonné un Programme incitatif et coopératif sur le rétinoblastome de 2010 à 2012.

Crédit photo : Christophe Hargoues/Institut Curie

Mathilde Regnault
21/12/2016