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Le Sun Trip de Béatrice : "J’ai enfoncé le cancer aux oubliettes à grands coups de pédale dans sa face !"

En selle sur leurs vélos solaires durant 63 jours, Béatrice et son mari ont parcouru cet été près de 7 000 km aux couleurs de l’Institut Curie à l’occasion du Sun Trip 2015. Une aventure humaine et sportive avec comme un goût de "Vendée Globe Terrestre"…  Dénivelés, météo, stratégie de navigation sous le soleil exactement !

Le Sun Trip de Béatrice : "J’ai enfoncé le cancer aux oubliettes à grands coups de pédale dans sa face !"

L’édition du Sun Trip 2013 l’a fascinée. Elle comportait tous les ingrédients d’un grand défi qui séduisait Béatrice : défi technologique et écologique, diversité d’origine des participants, parcours original, dépassement de soi… Une aggravation de son état de santé avec l’apparition de nouvelles métastases osseuses a été le déclic. Sans aucune hésitation, Béatrice pose sa candidature pour l’édition 2015 ! "Le sentiment d'urgence, l'envie de profiter d'une vie où je suis encore en forme, le besoin de conjurer ma peur et celle de mes proches, sont les sources de ma motivation", explique Béatrice

 

Institut Curie : De retour chez vous depuis le 26 août, pouvez-vous partager avec nous le premier souvenir qui vous revient de votre périple à vélo solaire ?

Béatrice Cazanave : Ce voyage me laisse une quantité de souvenirs formidables par la beauté des lieux traversés, la gentillesse des gens rencontrés dans tous les pays et particulièrement en Turquie, le plaisir de retrouver d'autres participants du Sun Trip quand nos parcours se rejoignaient ou se croisaient. Mais l'évènement le plus inattendu a été une rencontre avec un ours alors que nous bivouaquions au bord d'une rivière en Grèce, dans la zone de montagne après la frontière avec l'Albanie. Il a surgi du flan de la montagne en se dirigeant vers nous. Nous étions sur son chemin pour aller à la rivière. Il a fait demi-tour quand il nous a vus, à une vingtaine de mètres de nous seulement. Malgré l'émotion et la peur partagée avec l'ours, nous avons quand même passé la nuit dans notre tente à cet endroit.

 

IC : Quelle a été votre plus grande victoire ?

B.C. : Avoir franchi tous les obstacles pour être au départ du Sun Trip un an et demi après avoir candidaté, malgré une intervention chirurgicale et de la radiothérapie. Et, bien sûr, être aussi sur la ligne d'arrivée sans difficulté majeure et 10 jours avant le temps que j'avais prévu. J’ai enfoncé le cancer aux oubliettes à grands coups de pédale dans sa face ! 

 

IC : Qu'est-ce qui a été le plus difficile pour vous sur le parcours ? 

B.C. : Le plus difficile a été d'interrompre mon aventure pour recevoir mon traitement. A deux reprises, à 4 semaines d'intervalle, j'ai pris l'avion Istanbul -Toulouse pour recevoir à Toulouse la thérapie ciblée qui maîtrise mon cancer. J'ai eu du mal à accepter ces pauses forcées de trois jours qui n'étaient pas du repos mais au contraire une source de fatigue. En dehors de ça, la principale difficulté était de rouler parfois sur des routes dangereuses en raison du trafic intense et de l'absence d’accotement et de supporter quelques épisodes de chaleur torride surtout en Italie.

 

IC : Avez-vous eu des moments de découragement ?

B.C. : Remonter sur mon vélo chaque matin a toujours été un vrai bonheur. Ni le mauvais temps parfois, ni le dénivelé important ou l'effort physique intense n'ont affecté mon moral. Les seules sources d'angoisses ont été les ennuis mécaniques qui auraient pu être la cause de notre abandon et la crainte d'un accident.

 

IC : Mais vous possédiez une arme secrète, non ?

B.C. : Oui, pour les ennuis mécaniques je m'en remets à Yannick qui trouve toujours une solution !

 

IC : Depuis le début de l'aventure (en 2014), Yannick, votre mari, a tout partagé avec vous. Pouvez-vous expliquer le bénéfice de sa présence à vos côtés ? 

B.C. : Yannick est à mes côtés depuis 25 ans et encore plus depuis ma maladie. Sa confiance dans l'avenir et sa force mentale sont des repères qui m'aident à ne pas abandonner. Et puis dans ce projet, il a mené toute la partie technique avec ingéniosité et talent. C'était très rassurant pour moi d'être accompagnée par le fils spirituel de Mac Gyver ! De plus nous sommes très complices et nous nous amusons beaucoup ensemble. Il a de l’humour et excellent caractère.

 

IC : Yannick, pouvez-vous nous dire ce qui a été le plus important, le plus marquant dans cette aventure auprès de votre femme ?

Yannick Cazanave : Nous nous sommes énormément amusés, tous les deux sur la route ou bien avec d'autres sun-trippers que nous croisions. Nous avons amusé les internautes qui nous suivaient et ils nous ont beaucoup amusés  aussi. Par exemple, avant le Sun Trip, Béa s'était entraînée à faire des vidéos et à les monter. Puis au cours du voyage, alors que la météo devenait difficile (pluie, orages...) nous avons eu l'idée de faire une vidéo drôle qui a été très appréciée. Nous avons continué. Et c'est avec une grande complicité que nous mettions au point de petits pitchs complètement loufoques, au gré des événements. Je me souviens de la fois où Béa, prise de fou-rire, n'a pas pu filmer jusqu'au bout une scène d'un paysage magnifique de Cappadoce dans laquelle je faisais grincer une porte, rappelant ainsi l'éolienne de "Il était une fois dans l'ouest".

Ce qui a été très important aussi c'est la réaction des gens qui nous voyaient. Partout, tout le temps, les gens nous saluaient, montraient leur admiration, leur respect. Et leur joie aussi. Le fait de nous voir, avec un attelage improbable, réussir un grand voyage rend les gens joyeux. Nous répandions de la bonne humeur.

 

IC : Béatrice, que pourriez-vous dire à tous ceux qui se battent contre un cancer ?

B.C. : Je veux leur dire qu'il y a une vie malgré un cancer, même métastasé. Faire des projets est difficile quand on sait que tout peut basculer au prochain examen. Et pourtant il faut en faire. Il faut s'accrocher à ses rêves et tout faire pour les réaliser. Le bénéfice moral est énorme et on le vit avec un plaisir encore plus intense que quand on n'a pas de soucis. Et avec le plaisir et la motivation, on peut soulever des montagnes. Sur le plan physique, la pratique du sport est vraiment bénéfique. La régularité d'un entraînement sportif permet de regagner le terrain perdu avec la maladie, les douleurs s'amenuisent, le souffle revient. Le bénéfice est très sensible sur le dynamisme, la résistance et le moral. Le sport améliore l'état général. S'inscrire dans un projet sportif permet de trouver une motivation et de dépasser la difficulté initiale.  Le vélo électrique est un excellent moyen, très adapté, pour se remettre à pratiquer une activité physique avec ou après la maladie.

 

IC : Vous êtes-vous d'ors et déjà fixé un prochain défi ?

B.C. : Il n'est pas encore clairement défini, mais nous avons plusieurs idées … Mais il y en aura déjà un, c'est sûr ! En août 2017, il y aura une éclipse solaire totale visible aux Etats-Unis. Nous voulons y assister et ce pourrait être l'occasion de traverser les Etats-Unis à vélo solaire. Plusieurs amis ont déjà décidé de nous accompagner. Alors pourquoi pas une « tribu solaire » pour aller voir une éclipse solaire ?  

En savoir plus

Béatrice et Yannick ont remporté le Prix du jury pour le "Défi aventurier - Blog et réseaux sociaux" et arrivent seconds du Prix du Public dans la même catégorie !

Ils se classent également dans le "Solar Race Challenge" qui récompense les participants ayant réalisé le parcours le plus rapidement en utilisant uniquement la recharge solaire comme source d’énergie des batteries.

Merci à Béatrice et Yannick ainsi qu’au Sun Trip 2015 pour leur engagement sportif  et leur générosité au bénéfice de l’Institut Curie !

Vidéo trailer du Sun Trip 2015

Retrouver la page facebook  de Béatrice et Yannick : Cancer et vélo solaire

Et leur blog cancer et vélo solaire

 

Texte : Cécile Charré

Crédit photo : DR

Mathilde Regnault
04/09/2015