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Travail et cancer : le médecin du travail, un allié clé

Salarié, médecin traitant, équipe soignante, employeur, le retour au travail d’un ancien malade du cancer est l’affaire de tous. Et le médecin de santé au travail est le pivot de cette « équipe ».

Travail et cancer : le médecin du travail, un allié clé

Lors d’une étude réalisée par l’Institut Curie et la Société de médecine du travail de l’Ouest-Île-de-France (SMTOIF)*, publiée en 2011, 82 médecins du travail avaient participé à analyser, grâce à des questionnaires et des entretiens avec les salariés, la situation d’anciens malades du cancer reprenant leur activité professionnelle après les traitements. Parmi ces médecins, les Drs Sylvie Le Bideau, alors médecin de la fonction publique territoriale, et Marie-Françoise Bourrillon, qui exercent toutes deux au siège d’une grande société, et le Dr Françoise Cotasson, d’un service de médecine du travail interentreprises. "Cette enquête nous a permis de mieux prendre en compte certains aspects comme la fatigue et le stress des salariés lors de cette reprise", souligne le Dr Le Bideau. "Cela nous a amené à prendre conscience du manque d’information des salariés et à créer deux brochures qui leur ont été distribuées", ajoute le Dr Bourrillon.

Toutes conseillent aux patients de prendre contact avec la médecine du travail bien avant la date prévue de leur reprise, idéalement plusieurs semaines, afin de préparer au mieux ce retour. Pour les arrêts de longue durée (supérieurs à trois mois), la loi prévoit une visite de pré-reprise, mais celle-ci est encore trop peu connue et rarement effectuée. Ou alors trop tard, quelques jours seulement avant le retour dans l’entreprise, ce qui ne permet pas d’anticiper et de mettre en place les aménagements de poste dans de bonnes conditions. Pourtant, cette visite permet de discuter avec le salarié, de savoir s’il y a des difficultés pressenties. "Certains salariés ont des doutes quant à leurs capacités physiques ou leur solidité psychologique à reprendre le travail, remarque le Dr Françoise Cotasson.

Bonnes conditions
À l’inverse, d’autres, trop optimistes, s’imaginent à tort que tout va bien qu’ils vont pouvoir reprendre exactement comme avant."

La visite de pré-reprise est le moment idéal pour envisager des aménagements du poste de travail. Certains anciens malades ne peuvent plus porter de charges lourdes. Il faut aussi prendre en compte les trajets pour aller au travail, notamment quand ils sont longs et effectués en transports en commun, parfois debout. Le principal outil à la disposition du médecin est le temps partiel thérapeutique. Il faut qu’il soit bien compris et accepté du salarié. Et il doit se faire en bonne entente avec l’employeur, en s’assurant que les missions du salarié soit allégées à la mesure de son temps de travail et en veillant à ce que cela ne conduise pas à une surcharge trop importante d’autres salariés, ce qui nuirait au fonctionnement du service et au bon retour du salarié arrêté. Mais le Dr Cotasson avoue que "les aménagements de postes sont parfois difficiles à mettre en place notamment dans les petites entreprises…". Pourtant, "quand elle est faite dans de bonnes conditions, la reprise du travail peut être très positive pour l’ancien malade, elle l’aide à se reconstruire", conclut-elle.

 

* "Répercussion du cancer sur la vie professionnelle" sous l’égide de la Fondation ARC et l’Inca, réalisée Monique Sevellec, psychosociologue à l’Institut Curie, et le Dr Bernard Asselain, chef du service de Biostatistiques de l’Institut Curie, en collaboration avec 82 médecins du travail, incluant 402 salariés (240 femmes, 162 hommes, âgés en moyenne de 49 ans) d’Ile-de-France, ayant eu un cancer. (in Situation de travail et trajectoires professionnelles des natifs atteints de cancer, rapport de synthèse des recherches de l’appel à projet Fondation ARC et Inca 2006 p47 à 66).

 

 

Texte: Valérie Devillaine

Crédit photo : Phovoir 

Mathilde Regnault
19/02/2014