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Travail et cancer : une nouvelle vie après un cancer

L’expérience du cancer amène souvent à remettre à plat ses objectifs de vie et peut entraîner des changements radicaux. Exemples avec trois femmes qui ont fait de cette épreuve un tremplin vers de nouveaux défis.

Travail et cancer : une nouvelle vie après un cancer

 

 

 

 

 

 

Pascale : "Je suis devenue coach professionnelle"

Pascale Breton était cadre supérieure dans une grande société financière américaine. Elle gérait des équipes et des clients à l’international. "Quand j’ai appris que j’avais un mélanome, ma première préoccupation a été "comment l’annoncer à mon mari, mes enfants, mes parents" et, juste après, "qu’est-ce qui va arriver à mon boulot". Je m’inquiétais de ce qu’allaient devenir mes équipes et mes clients. Si mon patron a été très compréhensif et m’a encouragée à m’arrêter, la reprise a été très dure. Avec un trou dans la jambe, je ne pouvais plus voyager, marcher comme avant. J’ai fait un burn-out. Je me suis dit que c’était le moment de changer de vie. Je suis retournée sur les bancs de l’école pour devenir coach professionnelle et mon activité est aujourd’hui centrée sur l’accompagnement des anciens malades du cancer dans leur retour au travail, pour leur éviter de subir la même chose que moi. Aujourd’hui, je fais quelque chose qui me tient à cœur et qui ménage mon équilibre familial. Je gagne moins bien ma vie qu’avant – et je suis consciente que ce n’est pas possible pour tout le monde – mais cela me semble dérisoire par rapport à ce que j’y gagne en épanouissement personnel. Aujourd’hui, les gens que j’accompagne changent parfois de métier comme moi ou continuent dans le même poste, mais ils changent leur façon d’aborder les choses. De la même façon que la prévention des risques psychosociaux et des suicides a fait son chemin dans l’entreprise, j’aspire à ce que les besoins des personnes revenant au travail après une maladie grave soient pris en compte."

Universe and you, le site de Pascale Breton 

Cécile : "J’ai créé une ligne de maillots pour femmes ayant eu un cancer du sein"

Cécile Pasquinelli, après une école de commerce, avait intégré un gros groupe du secteur financier où, au fil des années, elle avait accédé à un poste élevé. "J’ai eu trois enfants et à chacun de mes congés maternité, j’ai eu envie de créer mon entreprise. Il faut dire que je suis d’une famille d’entrepreneurs. Mon cancer du sein m’a donné l’idée du projet : créer une marque de maillots de bain adaptés aux femmes opérées, des modèles dans lesquels on peut glisser une prothèse externe, et avec un look plus jeune que les modèles existants sur le marché, plus austères. Mon arrêt maladie m’a donné le temps de mûrir l’idée et j’ai profité d’un plan social dans mon entreprise pour la quitter. Aujourd’hui, la marque Garance en est à sa 3e collection. Cela a été un énorme travail, je suis entrée dans un domaine où je ne connaissais rien, je ne savais pas qu’il fallait une styliste, une modéliste… Je ne savais pas qu’il y avait autant d’éléments dans un maillot de bain, autant de types d’élastiques et autant de fournisseurs ! Le chemin est long, mais j’y crois. Garance donne un sens à ce que je fais, je peux aider les femmes à se regarder dans le miroir, à se baigner, à ne pas s’enfermer, à rester au contact de l’extérieur…  Elle est distribuée dans des magasins de dispositifs médicaux, mais le sera aussi, dès avril, sur mon site Internet et aux Galeries Lafayette-Haussmann jusqu’à la fin de l’été. L’objectif est de poursuivre l’extension de mon réseau de distribution aux boutiques "classiques"."

Le site de Garance 

Voir l’émission Business Women sur le thème "Les femmes sont-elles plus audacieuses ?" sur demain TV avec Cécile Pasquinelli

Catherine : "J’ai ouvert un blog pour aider les femmes"

Catherine Cerisey travaillait dans l’étude d’un commissaire-priseur dans un hôtel des ventes. "J’ai été licenciée, après mon premier cancer, au moment de ma rechute deux ans plus tard, sans que ce soit la raison officielle, bien sûr. J’ai aussi fait une grosse dépression. Je ne pourrais pas reprendre mon travail d’avant, je n’en vois plus l’intérêt. Un hôtel des ventes, c’est beaucoup d’argent, ce n’est pas que de l’art, ce sont des gens qui vous reprochent d’avoir raté une commode par exemple, des gens qui vivent dans le stress de façon permanente. Même si j’adorais mon métier à l’époque, ça me semble aujourd’hui bien futile. J’ai ouvert un blog pour parler du cancer, pour aider et informer les femmes. Cela m’a propulsée dans d’autres sphères, je me sens vraiment "productive". 14 ans plus tard, je ne travaille pas. Au début, j’étais gênée dans les dîners quand on me demandait ce que je faisais dans la vie, que je répondais "rien" et qu’on me tournait le dos, mais aujourd’hui, je suis très occupée, car très investie dans la lutte contre le cancer. Certains sont encore étonnés de mon choix de vie, ils auraient voulu que je tourne la page. Mais mon blog me permet d’aider tellement de femmes, leurs remerciements sont un retour très positif. Ça n’a rien de mortifère. Si un jour, je retravaille, ce sera dans le secteur social et toujours en lien avec le cancer."

Le blog de Catherine Cerisey 

 

Texte: Valérie Devillaine

Photos : DR

Mathilde Regnault
28/03/2014