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Comment la cellule tumorale influence son environnement

Les cellules tumorales ne sont pas isolées au sein de l’organisme. Elles interagissent avec leurs voisines, a priori saines, et les utilisent même à leurs fins. Le micro-environnement tumoral possède encore bien des secrets qui pourraient constituer autant d’alliés ou de cibles dans la lutte contre la maladie.

© Christophe Hargoues / Institut Curie
© Christophe Hargoues / Institut Curie

Un cancer, ce n’est pas seulement une boule de cellules qui se développent de façon anarchique. C’est aussi tout un écosystème que la tumeur détourne à son avantage. Elle est en effet capable de faire croître des nouveaux vaisseaux sanguins pour subvenir à ses besoins en oxygène et en nutriments, de détourner les cellules immunitaires pour mieux se développer mais aussi d’utiliser les fibroblastes (les cellules qui forment une sorte de charpente dans tous nos tissus) pour mieux se disséminer dans l’organisme.

« Ce sont tous ces mécanismes que nous souhaitons mieux comprendre », explique Fatima Mechta- Grigoriou, chef de l’équipe Stress et cancer (Institut Curie / Inserm) et coordinatrice d’un programme dédié au micro environnement tumoral.

Affamer la tumeur

La cellule cancéreuse attire les vaisseaux sanguins à son profit. Arrivée à une certaine taille, la tumeur a besoin de nutriments et d’oxygène pour continuer à se développer et, pour cela, elle sécrète des molécules qui vont favoriser la croissance de nouveaux vaisseaux sanguins. Les thérapies dite anti-angiogéniques empêchent cette vascularisation sanguine.

Utilisés pour le traitement des patients atteints de cancers avancés du côlon, du rein, du foie, du sein ou du poumon, le bevacizumab et le sunitinib ciblent la voie VEGF indispensable à la néo-angiogenèse tumorale.

Bloquer le transport des cellules tumorales

Les « fibroblastes associés au cancer » (CAF) constituent la population de cellules la plus abondante au cœur des tumeurs. Il s’agit de cellules de soutien qui forment la trame de tous les tissus, mais activés de façon permanente par des signaux émis par les cellules tumorales.

Dès lors qu’ils sont activés par la tumeur, les CAFs participent à créer un environnement encore plus propice à son essor, et notamment à sa propagation. Ils acquièrent de nouvelles fonctions qui ne sont pas réversibles C’est d’ailleurs souvent la première cellule à quitter la tumeur entraînant avec elle des cellules tumorales. C’est le début de la dissémination vers d’autres organes. « Nous voulons comprendre pourquoi et comment les CAFs utilisent leurs propriétés physiques et biologiques pour interagir avec les cellules tumorales. », déclare Fatima Mechta-Grigoriou, coordinatrice d’un programme dédié à ces cellules.

Déverrouiller le système immunitaire

Chaque jour, certaines de nos cellules subissent des dérèglements. Heureusement, notre système immunitaire est là pour veiller et les éliminer. Mais, il arrive que la tumeur le réduise au silence, voire le détourne et s’en serve pour mieux se développer. Les chercheurs comprennent de mieux en mieux comment les cellules cancéreuses parviennent à échapper à l’immunité. Ils peuvent désormais proposer des solutions pour les contrecarrer.

Plusieurs molécules capables de « débloquer » le système immunitaire, notamment les anti-PD-1/PDL-1 (pembrolizumab, nivolumab) sont à l’heure actuelle évaluées dans différentes types de cancers, notamment à l’Institut Curie. Et les résultats sont extrêmement encourageants. « Avec cette nouvelle classe de médicaments, on entrevoit une réelle possibilité de guérison chez des patients atteints de cancers métastatiques, même après l’arrêt des traitements. Cela ne concerne pas plus de 10% des patients, mais on envisage déjà de combiner les approches immunothérapie et thérapie ciblée pour améliorer ces résultats. », expliquait le Dr Christophe Le Tourneau, responsable de la médecine de précision à l’Institut Curie lors de son retour de l’ASCO, le plus grand congrès de cancérologie, en juin 2015.


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Dossier réalisé par Céline Giustranti

Institut Curie
25/09/2015