Partager Partager sur facebook Partager sur twitter Partager sur google+
-A +A

imprimer la page

Interview de Jean-Louis Viovy, directeur de recherche CNRS à l’Institut Curie

Interview de Jean-Louis Viovy, directeur de recherche CNRS à l’Institut Curie
© Cécile Charré/Institut Curie

En quoi consiste votre système pour repérer les cellules tumorales circulantes ?
Dans mon équipe, nous avons développé une sorte de filtre à cellules pour capturer et d’étudier les cellules tumorales, à partir d’un prélèvement sanguin. Le tamis est constitué d’un réseau de colonnes formées de microbilles magnétiques portant des anticorps dirigés contre les cellules d'intérêt. Les anticorps agissent comme des pinces qui reconnaissent à la surface des cellules, un marqueur spécifique, en l’occurrence la molécule d’adhésion EpCam, du tissu où s'est formée la tumeur primaire.
Lorsque le sang circule à travers ce tamis, si des cellules tumorales sont présentes, elles sont retenues par les microbilles. L’énorme avantage de notre système est qu’il est ensuite possible d’isoler ces cellules pour les étudier individuellement, tant d’un point de vue morphologique que moléculaire. Au-delà de la détection des cellules, ce système permettra de mieux les comprendre.

Qu’est-ce que votre système pourrait apporter par rapport au système déjà commercialisé ?
Bien sûr, nous devons continuer à augmenter la sensibilité de notre système pour ensuite passer à la phase de validation clinique. Une fois optimisé, il devrait atteindre une sensibilité supérieure aux technologies actuellement commercialisées.
Par ailleurs, notre système devrait améliorer les connaissances sur les cellules tumorales circulantes. Il apparaît aujourd’hui de plus en plus clairement que toutes les cellules d’une tumeur ne sont pas identiques, et ne répondent probablement pas de façon identique à tel ou tel traitement. On sait également que seulement certaines d’entre elles sont capables de disséminer et de donner des métastases (ces cellules sont appelées « cellules initiatrices de tumeur » ou « cellules souches tumorales », par analogie au pouvoir de prolifération et de différenciation des cellules souches « mères » de toutes nos cellules). Les cellules initiatrices de tumeur sont au cœur des préoccupations de la recherche contre le cancer car elles jouent un rôle essentiel dans la survenue des métastases et des récidives et semblent posséder une sensibilité différente vis-à-vis des traitements actuels. A priori, elle dispose de marqueurs spécifiques et avec notre système nous espérons pouvoir étudier ce point.
Grâce à notre système, nous espérons identifier les caractéristiques propres à ces cellules pour découvrir leur faiblesse afin de « cibler » des traitements sur celle-ci. En effet, au-delà de l’identification de ces cellules et de leur valeur pronostique, l’un des défis consistera à les détruire avec des thérapies dédiées.

Institut Curie
24/09/2013