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L’ADN circulant : une autre approche

L’ADN circulant : une autre approche
© Phovoir

Dans le cadre du SIRIC,  le laboratoire des biomarqueurs circulants, dirigé par Charlotte Proudhon en collaboration avec François-Clément Bidard, de l’Institut Curie, se consacre à l’ADN circulant, un autre "objet biologique" pouvant apporter des informations sur la tumeur. Il ne s’agit plus cette fois-ci de repérer directement les cellules, mais de repérer leur présence par l’intermédiaire de l’ADN qu’elles libèrent dans l’organisme, et des mutations que porte cet ADN.

Il existe un phénomène naturel de dégradation des cellules normales ou tumorales dans l’organisme et ce, afin d’assurer le renouvellement des tissus. Les cellules sont dégradées et une partie de leur matériel génétique se retrouve dans le sang. Si de l’ADN tumoral est détecté, cela signifie que des cellules tumorales sont présentes dans l’organisme. Il est même possible d’aller plus loin car la quantité d’ADN présente dans le sang est directement proportionnelle à la quantité de cellules dont il est issu. L’ADN tumoral pourrait permettre de détecter la présence de quantité même infime de cellules tumorales, voire leurs variations. Alors pourquoi ne pas utiliser l’ADN tumoral circulant dans le sang après une chirurgie pour savoir si toutes les cellules tumorales ont bien été enlevées, ou encore pour évaluer l’efficacité d’une chimiothérapie.

Cette approche prometteuse nécessite encore de nombreuses mises au point, c’est à cette tâche que travaille notamment l’équipe "Lymphocyte T CD4+ et réponse anti-tumorale" d’Olivier Lantz et l’équipe "Génomique et biologie des cancers du sein héréditaires" de Marc-Henri Stern dans le cadre du PIC "maladie micrométastatique". "Dans un premier temps, il s’agit de déterminer comment repérer l’ADN tumoral" précise Marc-Henri Stern. En effet, rares sont les cancers pour lesquels une signature génétique spécifique existe. Toutefois des mutations récurrentes existent.

Deuxième étape, comment repérer un événement aussi rare que la présence d’ADN issu de cellules tumorales – en très faible quantité par rapport aux autres – dans le sang ? Plusieurs techniques sont actuellement étudiées.

Et cette approche semble prometteuse puisque récemment les équipes de Marc-Henri Stern et Olivier Lantz ont montré pour la première fois qu’il était possible de détecter de l’ADN tumoral circulant dans le sang de patients atteints de mélanome de l’œil métastatique. Sa présence révèle l’existence d’une tumeur et sa quantité reflète sa taille: ceci en fait un nouveau biomarqueur susceptible de repérer très tôt la présence d’une tumeur ou d’une récidive.

Bien que réalisée sur un nombre limité de patients atteints d'une maladie rare, cette étude publiée dans Clinical Cancer Research est une preuve de concept de la faisabilité et de l’intérêt clinique de la détection et de la quantification de l'ADN tumoral dans le sang. Récemment les chercheurs ont également démontré la supériorité de la détection de l’ADN tumoral sur celle des CTC dans le cas du mélanome de l’œil.

A l’avenir de cette technique va bien au-delà du mélanome de l’œil, puisqu’elle pourrait s’appliquer à tous les cancers chez lesquels une mutation spécifique a été identifiée. La détection de l’ADN circulant apporte des réponses complémentaires à celles des cellules tumorales circulantes aux cliniciens, mais si la présence d’ADN tumoral dans sang est le signe de l’existence de cellules tumorales, il n’apporte aucune précision quant aux lieux où elles se trouvent.

Cette recherche s’inscrit également dans les programmes de médecine personnalisée de l’Institut Curie comme l’étude SHIVA dirigé par le Dr Christophe Le Tourneau où la détection des anomalies moléculaires guidant le traitement ciblé sur la biopsie d’une métastase est également recherché dans l’ADN tumoral circulant.

Institut Curie
24/09/2013