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L’état des connaissances cliniques

L’état des connaissances cliniques
© Noak/Le Bar Floréal/Institut Curie

Depuis une quinzaine d’année, l’Institut Curie est l’un des acteurs importants de la recherche clinique et fondamentale sur les cellules tumorales circulantes. Plusieurs projets leur sont consacrés1 ; ils portent sur la caractérisation et l’identification biologiques de ces cellules. L’obtention du SiRIC (site de recherche intégrée sur le cancer) a permis la création du laboratoire des biomarqueurs circulants. Parallèlement, les cliniciens évaluent les potentiels de ces cellules, en particulier dans les cancers du sein. L’un des premiers problèmes consiste à repérer ces cellules parmi les cellules d’un prélèvement de sang ou de moelle osseuse. En raison de leur faible quantité, cette recherche doit faire appel à des techniques extrêmement sensibles et hautement spécifiques.

Une fois résolus les problèmes technologiques, la question suivante est où chercher ces cellules ? Quelle est leur signification en fonction du lieu où elles se trouvent ? De la tumeur d’origine à la formation des métastases, le chemin est long pour ces cellules. Elles peuvent acquérir de nouvelles mutations au fil de ce périple et passent par divers endroits de l’organisme. Leur localisation – sang ou moelle osseuse – et leur quantité informent de manière spécifique sur le devenir tumoral.

Repérer ces cellules pour prédire les risques

Les progrès technologiques récents permettent désormais d’identifier les cellules tumorales circulantes dans des prélèvements sanguins ou de moelle osseuse et d’évaluer ainsi leur valeur prédictive.

A l’Institut Curie, ces cellules ont par exemple pu être recherchées dans les prélèvements de moelle osseuse de 621 patientes atteintes d’un cancer du sein à un stade précoce. Les patientes chez lesquelles des cellules tumorales ont été repérées dans la moelle osseuse, présentent un risque élevé de développer des métastases2 . Par ailleurs, malgré les traitements adjuvants administrés à certaines patientes, des métastases se développent parfois, ce qui tend à prouver dans ces cas la résistance des cellules au traitement.

Lors des études cliniques, les cellules tumorales circulantes sont recherchées à l’aide du système CellSearch® de Veridex. Comment fonctionne ce système ? Il repère les cellules tumorales grâce à l’analyse combinée de leur aspect morphologique et de l’expression de la cytokératine, un marqueur spécifique des tissus épithéliaux où se développe la majorité des cancers à savoir les carcinomes. Ce système recherche donc la présence de cellules épithéliales dans le sang en partant du principe que ces cellules sont issues de la tumeur initiale.

Cette technique automatisée est très reproductible. Elle a déjà fait l’objet de nombreux d’essais cliniques. Les premières pistes pour son utilisation – déjà approuvées par la Food and Drugs Administration (FDA) aux Etats-Unis dans les cancers du sein, du côlon et de la prostate hormonorésistants – apparaissent. Le seuil de 5 cellules tumorales circulantes par 7,5 ml (contenu des tubes de sang analysés par ce système) a ainsi été validé comme seuil significatif dans les cancers du sein métastasé. Lors du diagnostic de rechute métastatique, les patientes chez lesquelles moins de 5 cellules circulantes tumorales sont détectées ont un meilleur pronostic que celles ayant plus de 5 de ces cellules comme l’a confirmé une étude menée par l’Institut Curie dans le cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC)3.

L’Institut Curie a été le premier centre français à s’équiper de la technique CellSearch® de Jansen Diagnostics. Plusieurs protocoles sont en cours avec cette technique pour essayer de déterminer la quantité de cellules tumorales circulantes significatives d’un risque de rechute dans des cancers du sein à différents stades.

Dans le cadre de l’étude clinique Remagus 02 qui impliquait l’Institut Gustave-Roussy, l’Hôpital Saint-Louis et l’Institut Curie, le Pr Jean-Yves Pierga et le Dr Claire Mathiot se sont intéressés aux cellules tumorales circulantes présentes dans le sang de patientes ayant un cancer du sein opérable, avant et après une chimiothérapie néo-adjuvante. Première conclusion : la détection de cellules circulantes, avant et/ou après chimiothérapie néo-adjuvante est associée à un plus grand risque de rechute métastatique précoce3. Dans ce cas précis et dans la population étudiée, le chiffre de 5 cellules tumorales circulantes ne semble pas adapté car les analyses ont révélé beaucoup moins de CTC dans ces échantillons.

Le suivi des cellules tumorales circulantes apporte des informations indépendantes de l’évaluation radiologique et des marqueurs biologiques également dans les formes particulières de cancer du sein inflammatoire. Les essais se poursuivent pour comprendre leur signification.

1 « Translating metastasis-related biomarkers to the clinic-progress and pitfalls. » FC. Bidard et coll. Nat Rev Clin Oncol 2013; 10: 169-179
2 « Disseminated Tumor Cells of Breast Cancer Patients: A Strong Prognostic Factor for Distant and Local Relapse » FC. Bidard et coll. Clin. Cancer. Res. 11 juin 2008, vol. 14, p. 3306.
3 « Circulating tumor cell detection predicts early metastatic relapse after neoadjuvant chemotherapy in large operable and locally advanced breast cancer in a phase II randomized trial. » JY. Pierga et coll. Clin. Cancer. Res. 1er novembre 2008, vol. 14(21), p. 7004.

Institut Curie
24/09/2013