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Sebastian Amigorena : « L’immunothérapie soulève beaucoup d’espoirs »

Alors que l’Institut Curie lance le 1er centre d’Immunothérapie des cancers en France, son directeur Sebastian Amigorena fait le point sur cette discipline en pleine effervescence. De la recherche fondamentale aux essais cliniques, les objectifs de centre sont clairs : accélérer la mise à disposition des nouvelles stratégies d’immunothérapie et en découvrir de nouvelles.

Sebastian Amigorena : « L’immunothérapie soulève beaucoup d’espoirs »

Quels sont les objectifs du Centre d’immunothérapie des cancers ?

Sebastian Amigorena : L’immunothérapie constitue indiscutablement une nouvelle arme de choix contre le cancer. Il est donc crucial d’approfondir les connaissances dans ce domaine afin développer de nouveaux médicaments, savoir mieux les utiliser, les combiner aux autres traitements pour en faire bénéficier les patients.

Pour cela, le centre d’Immunothérapie des cancers de l’Institut Curie accueillera plus de 140 médecins et chercheurs, six fauteuils d’investigation clinique et dix lits en plus d’hôpital de jour. Un étage entier, au cœur de l’hôpital, sur 1 400 m2, lui sera consacré. Laboratoires de recherche fondamentale et translationnelle, salles de consultations, lits d’hôpitaux seront regroupés. Ainsi, les échanges seront favorisés entre tous, les chercheurs, les médecins, sans oublier les patients et les soignants.

Quels seront les bénéfices pour les patients d’un tel centre ?

S. A. : En cancérologie, cette stratégie thérapeutique soulève beaucoup d’espoirs. Il est aujourd’hui possible de traiter des malades atteints de cancers très avancés. Donc chez des patients présentant des cancers moins avancés, les traitements devraient être encore plus efficaces.

Nos engagements sont donc clairs :

  • Mettre en place des essais précoces et étudier des combinaisons de traitements qui pourraient augmenter l’efficacité thérapeutique ;
  • Découvrir de nouveaux biomarqueurs prédictifs ;
  • Comprendre les mécanismes d’action des immunothérapies et pourquoi certains patients y répondent ou d’autres pas.

Et en ce qui concerne la recherche fondamentale et translationelles, quelles sont selon vous les domaines d’avenir ?

S. A. : Il reste encore beaucoup à étudier pour mieux comprendre les réponses immunologiques aux tumeurs, et apprendre à utiliser le système immunitaire pour lutter contre le cancer. Les équipes du laboratoire de recherche Immunité et cancer (Inserm/Institut Curie) explorent tous les types de réponses immunitaires : l’immunité innée, la première à répondre face à une infection virale ou bactérienne, ou l’immunité adaptative, plus longue à se mettre en place, mais ciblée contre chaque « ennemi », sans oublier en particulier les mécanismes en jeu dans les cellules du système immunitaire. Autant d’approches qui permettront d’améliorer à terme les stratégies d’immunothérapie.

L’un des projets qui nous tient à cœur est de développer les technologies d’ingénierie cellulaire. A cette fin, nous avons déjà noué un partenariat avec la société belgo-américaine leader en ingénierie des thérapies cellulaires, Celyad, pour développer une nouvelle génération de cellules CAR-T (pour Chimeric Antigen Receptor ou récepteur antigénique chimérique). Le principe de cette approche consiste à reprogrammer des lymphocytes T du patient en injectant un morceau de code qui provoque la synthèse d’un récepteur chimérique sensible à l’antigène de la tumeur. En conséquence les lymphocytes s’attaquent aux cellules cancéreuses.

Alors que les technologies CAR traditionnelles ne s’adresse qu’à des tumeurs liquides, celle développée avec Celyad, utilisera un autre principe, ayant la faculté de cibler aussi bien dans des tumeurs solides que liquides. En concentrant sur un même lieu, les forces et les acteurs de cette discipline, nous disposerons d’un potentiel énorme d’investigation afin de répondre à des questions cliniques et précliniques fondamentales.

Pour en savoir plus sur le centre d’Immunothérapie des cancers

Céline Giustranti
14/01/2015