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Sergio Roman Roman, chef du département de Transfert

"Il s'agit d'une recherche où interviennent chercheurs et cliniciens dans l'objectif de favoriser le passage des découvertes scientifiques du laboratoire à la pratique médicale."

Sergio Roman Roman, chef du département de Transfert

Entretien

Sergio Roman-Roman, chef du département de Transfert

La mission du département de Transfert est de promouvoir et de faciliter la recherche dite translationnelle, de quoi s’agit-il ?

S. Roman-Roman. : Il s'agit d'une recherche où interviennent chercheurs et cliniciens dans l'objectif de favoriser le passage des découvertes scientifiques du laboratoire à la pratique médicale.
Ainsi, à l'Institut Curie, pendant plusieurs années, des chercheurs et des cliniciens ont étudié avec opiniâtreté les tumeurs de patientes ayant des cancers du sein de petite taille sans atteinte ganglionnaire. Ce type de cancer pose un problème de choix thérapeutique car on évalue difficilement le devenir de ces patientes : parfois, cela se passe très bien et il vaudrait mieux diminuer les traitements.
Dans d'autres cas, le cancer va être très agressif sans que l'on sache très bien pourquoi. Il est important de trouver des marqueurs qui puissent nous dire à quel moment et comment traiter les patientes. 

La recherche translationnelle, dans ce cas, consiste à analyser en détail les échantillons biologiques des patientes et à étudier les altérations génétiques portées par les chromosomes des cellules tumorales.
On a pu distinguer deux groupes de patientes : celles ayant des altérations portées par des chromosomes particuliers et dont le pronostic est plutôt mauvais. Et un second groupe où l'on ne trouve pas ces altérations et dont le pronostic est bien meilleur. On va maintenant pouvoir proposer au premier groupe de patientes un traitement adéquat au long court après le premier traitement loco-régional, et plutôt une « désescalade thérapeutique » pour le deuxième groupe.
Bien entendu, ces résultats préliminaires doivent encore être confirmés par des études complémentaires, prospectives et à une plus grande échelle.

Ce transfert ne s'opère donc pas uniquement du laboratoire vers le patient ?

S. Roman-Roman : Effectivement, parmi la vingtaine de projets translationnels actuellement en cours à l'Institut Curie, un bon nombre reposent sur des observations faites chez les patients. Un autre exemple est éclairant à cet égard, celui du cancer du sein triple négatif pour lequel il n'y a pas encore de thérapie ciblée.On ne peut pas utiliser l'hormonothérapie car les cellules tumorales n'ont pas de récepteur à ces hormones. On ne peut pas utiliser le trastuzumab (ou Herceptin®) parce qu'elles ne surexpriment pas le récepteur HER2. Il nous reste la chimiothérapie qui n’est pas une solution satisfaisante et dont l’efficacité est parfois limitée. Puis, on ne sait pas quoi faire.

Dans ce cadre, l'Institut Curie a fait une alliance avec le groupe pharmaceutique Servier pour, à partir d'échantillons de patientes « triple négatifs », essayer de trouver des éléments déreégulés dans ces tumeurs. Nous espérons ainsi trouver de nouvelles cibles thérapeutiques et donc de nouveaux médicaments qui seront ensuite développés par Servier ou d'autres. C'est aussi un exemple de coopération entre l'Institut Curie et un laboratoire pharmaceutique.