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Dr Etienne Brain, médecin-oncologue

"Si l’ensemble des traitements dont nous disposons, chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie et hormonothérapie* et thérapies ciblées, peut être envisagé, chacun d'entre eux doit être adapté à l’âge de la patiente et à son état général."
Dr Etienne Brain, médecin-oncologue

Comment se déroule la prise en charge des femmes âgées atteintes de cancer du sein ?

Si l’ensemble des traitements dont nous disposons, chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie et hormonothérapie* et thérapies ciblées, peut être envisagé, chacun d'entre eux doit être adapté à l’âge de la patiente et à son état général.
La chirurgie reste le traitement le plus "facile" à mettre en œuvre. Compte tenu des progrès de l’anesthésie, le taux de mortalité liée à la chirurgie mammaire est très faible. L’acte chirurgical est donc rarement contre-indiqué. En revanche, des procédures d’évaluation des syndromes gériatriques et de réadaptation doivent être mises en place.
La radiothérapie pose parfois le problème de complications rares, en particulier pulmonaires et/ou cardiaques (s'ajoutant aux problèmes des traitements médicamenteux généraux), mais généralement de manière tardive. Elle pose aussi la problématique des transports itératifs et quotidiens, sur une période de 5 semaines environ, lorsqu'elle est réalisée en post-opératoire, rentrant "en collision" avec les problèmes d'autonomie et de dépendance croissants avec le vieillissement. C'est pourquoi il est important de poursuivre l’exploration d’approches innovantes de radiothérapie limitée, hypofractionnée ou partielle pour limiter l'incidence des effets secondaires potentiellement graves et améliorer la logistique pratique des traitements.
La chimiothérapie reste considérée comme potentiellement plus à risque chez le sujet âgé. Certes il n'est pas question de sous-traiter les sujets âgés et de leur limiter l'accès à ce traitement, mais le sur-traitement est tout aussi préoccupant. La recherche clinique se poursuit donc pour définir les modalités d’administration les plus adaptées à cette population. La même approche doit impérativement être soutenue pour les thérapies ciblées. Quant à l’hormonothérapie*, c’est le traitement le moins débattu en raison de sa tolérance confirmée et de l’hormonosensibilité fréquente et croissante du cancer du sein avec l’âge, tout en sachant en nuancer la composition en fonction de certaines comorbidités qui peuvent interférer grandement avec les traitements (par exemple ostéoporose, douleurs ostéo-articulaires, etc.).

Quels sont les problèmes spécifiques à prendre en compte ?

Il y a d’abord les problèmes liés à la prise en charge de n’importe quelle personne âgée. Le grand âge facilite l’isolement, la dépendance, notamment en raison de la perte du conjoint ou de l’absence de famille. Les aspects sociaux doivent être pris en considération car un certain nombre de personnes âgées vivent avec des revenus modestes. Les troubles cognitifs et démentiels croissants avec l'âge nécessitent une prise en charge adaptée.
Des fonctionnements bâtis sur des idées préconçues doivent  être évités comme la tendance à infantiliser les personnes âgées, et à parler à la famille plutôt qu’à la personne concernée.
Plus spécifiquement, chez les femmes âgées, il ne faut pas oublier que le sein reste un symbole de la féminité. Et c’est un tort de penser que l’ablation d’un sein sera plus facilement acceptée chez les femmes âgées.

Comment envisagez-vous l’avenir de la prise en charge des femmes âgées ?

Des protocoles de prise en charge adaptés aux caractéristiques des patients âgés doivent se développer, en gardant en mémoire que l'autonomie est le paramètre "clef" de qualité de vie à cet âge. La population âgée a été trop longtemps exclue des essais thérapeutiques. La toxicité des thérapies doit être évaluée spécifiquement pour cette population.
Surtout, les oncologues doivent apprendre à intégrer bénéfice absolu, espérance de vie et tolérance. C’est essentiel pour faire disparaître la discrimination reposant sur l’âge.
La prise en charge d’une patiente âgée ne se limite pas au strict soin du cancer : elle doit intégrer la patiente dans une globalité bien plus importante que pour un adulte jeune.