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Dr Pascale This, gynécologue-endocrinologue

"Les femmes ayant eu un cancer du sein doivent être accompagnées lors de leur projet de grossesse, tant par l’équipe de cancérologie et un médecin spécialiste que par le médecin traitant."

Dr Pascale This, gynécologue-endocrinologue

Quelles sont les conséquences des traitements anticancéreux sur la fertilité future d’une jeune femme?
Les chimiothérapies peuvent altérer le fonctionnement des ovaires. Leurs effets varient selon le type de chimiothérapie, l’âge de la femme, les doses prescrites et la susceptibilité individuelle. Toutefois, les chimiothérapies prescrites pour les cancers du sein entraînent assez peu d’infertilité définitive. En revanche une perte transitoire des règles peut survenir pendant et après une chimiothérapie.
De plus, après la chirurgie, la chimiothérapie et/ou la radiothérapie, on propose souvent une hormonothérapie* par tamoxifène, pendant une période de trois à cinq ans. Or le tamoxifène induit l’ovulation et est tératogène (peut être à l’origine de malformations fœtales). Une contraception par préservatifs ou par dispositif intra-utérin est donc indispensable.

Comment peut-on préserver la fertilité ?
Malgré des avancées récentes et prometteuses, la préservation de la fertilité reste encore aujourd’hui au stade expérimental, qu’il s’agisse de la congélation d’ovocytes ou d’ovaires, ou de la mise au repos des ovaires pendant la chimiothérapie.
En raison des conséquences sur la pathologie mammaire, la stimulation ovarienne est totalement exclue lors d’un cancer du sein. Des agonistes de la LH-RH, qui visent à mettre les ovaires au repos, peuvent être prescrits pendant la chimiothérapie. Bien qu’en pratique, cette prescription est parfois faite par certains oncologues, son effet sur la préservation de la fertilité est loin d’être établi et les études cliniques doivent se poursuivre.

Quels conseils donnez-vous aux patientes qui envisagent une grossesse après un cancer du sein ?
Dans l’idéal, nous conseillons aux femmes de respecter un délai d’environ 2 à 3 ans, car le risque de récidive est plus élevé immédiatement après le diagnostic. Quoi qu’il en soit, il faut attendre au moins 1 an après la dernière cure de chimiothérapie, et 2 mois après l’arrêt du tamoxifène afin d’éviter tout risque tératogène.
Par ailleurs, les femmes ayant eu un cancer du sein doivent être accompagnées lors de leur projet de grossesse, tant par l’équipe de cancérologie et un médecin spécialiste que par le médecin traitant. Nous travaillons avec les services d’assistance médicale à la procréation du groupe hospitalier Cochin - Saint-Vincent-de-Paul (Paris) et de la Pitié-Salpêtrière (Paris) pour permettre aux patientes de disposer de toutes les informations nécessaires et leur faciliter dans l’avenir l’accès éventuel à la procréation médicale assistée.

Entretien avec le Dr Pascale This, gynécologue-endocrinologue à l'Institut Curie, sur fertilité et cancer du sein.