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Esope : révélations sur les cancers du sein métastatiques

Valérie Devillaine
11/04/2018
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Meilleure connaissance génomique, perspectives thérapeutiques, l’Institut Curie dévoile ses découvertes sur les cancers du sein métastatiques.
ESOPE

Anais Boulai, au nom de l’équipe du Dr Paul Cottu, chef adjoint du département d’Oncologie médicale de l’Institut Curie, vient de présenter lors d’une session orale de nouvelles cibles pour des traitements personnalisés, tandis la biologiste Keltouma DRIOUCH a présenté lors d’une session poster de nouvelles informations sur l’évolution génomique des cellules cancéreuses entre la tumeur initiale et ses métastases dans le cancer du sein.
L’essai ESOPE, conçu et coordonné par l’Institut Curie, a été financé en 2009 dans le cadre du Programme hospitalier de recherche clinique. "C’est une des études importantes de description prospective des maladies métastatiques dans le cancer du sein et l’une des premières, à son lancement, à s’intéresser aux différences entre tumeur primitive et métastases", explique le Dr Cottu. Jusqu’en 2013, 125 patientes atteintes d’un cancer du sein métastatique, dans six centres en France, ont été sélectionnées pour participer à cette étude. Des échantillons de leur tumeur primitive, au niveau du sein, et de leurs métastases, au niveau du foie, de l’os, etc., ont été prélevés pour en analyser les détails génomiques. Une telle étude prospective a l’avantage de permettre de suivre les patientes et de connaître les détails de l’histoire de leur maladie, leur état de santé, les traitements utilisés…
ESOPE avait trois objectifs. Le premier était de réaliser une description clinique des patientes et des analyses histologiques de leurs métastases afin de couvrir l’ensemble des situations : différentes variétés de cancer du sein, différentes localisations et différents délais d’apparition (métastases précoces ou tardives). Cette première étape a déjà permis de mettre en évidence que le pronostic à long terme dans ces cancers est davantage lié à la biologie des métastases qu’à celle de la tumeur primitive ou qu’à la localisation de ces tumeurs secondaires. De quoi orienter les choix thérapeutiques et affiner l’information des patientes.
Le second volet consistait à réaliser le séquençage de 91 gènes dont on sait qu’ils sont susceptibles d’être fréquemment altérés dans les cancers du sein, que ce soit dans la tumeur primitive et/ou dans ses métastases. La présentation orale au Congrès de l’AACR concerne ce second volet. Les chercheurs ont retrouvé des niveaux de mutations significatifs pour la moitié des gènes étudiés, "ce qui représente un résultat très solide, qu’on ne peut pas attribuer à des biais d’analyse", tient à préciser le Dr Cottu. Certaines de ces mutations se sont révélées présentes dans la tumeur primitive mais pas dans les métastases, ou inversement, ou dans les deux. Les chercheurs ont aussi identifié, parmi ces mutations, certaines qui peuvent être ciblées par des traitements spécifiques. Ces résultats mettent donc en évidence l’intérêt de réaliser un profil génétique du cancer, non seulement sur la tumeur d’origine, mais aussi et surtout sur ses métastases afin d’orienter les choix thérapeutiques. Cette partie de l’étude a aussi permis d’étudier statistiquement ces mutations et de découvrir des corrélations : certaines mutations sont présentes ensemble et uniquement ensemble ou au contraire s’excluent. "Un résultat qui n’est pas utile aux patients mais qui nous permet de mieux comprendre ces cancers", souligne Paul Cottu.
Le 3e volet d’Esope consistait à séquencer l’ensemble de l’exome de certaines tumeurs, c’est-à-dire toute la partie du génome qui code pour la synthèse de protéines, et donc directement fonctionnelle. Ce volet est présenté sous forme de poster par le Dr Driouch. Une telle étude exhaustive permet de révéler des mutations jusqu’ici inconnues et d’examiner également le nombre de copies de certains gènes, un autre type d’anomalie génomique rencontré dans le cancer. Là encore, la comparaison entre l’exome de la tumeur primitive et celui des métastases, pour une même patiente, a permis de mettre en évidence que l’un et l’autre présentent les mêmes taux de mutations, mais des mutations souvent différentes, plus variées dans les métastases et d’autant plus variées que ces métastases sont apparues tardivement dans l’histoire de la maladie.
L’étude Esope est un essai hautement collaboratif qui a mobilisé, côté médical, des cliniciens, des chirurgiens, des radiologues et des anatomopathologistes et, côté scientifiques, la plateforme de séquençage de l’Institut Curie et ses biologistes, bio-informaticiens, bio-statisticiens. Elle démontre une fois de plus le leadership de l’Institut Curie dans la recherche sur le cancer du sein comme dans la prise en charge des malades, ainsi que l’importance de la collaboration interdisciplinaire favorisée par l’Institut.
En cas de cancer du sein localisé, les chances de survie des patientes, dix ans après le diagnostic, sont aujourd’hui de 80% à 90%, alors que la mortalité des femmes atteintes de cancers métastatiques est de 50 % à 5 ans. Ces résultats sont donc bienvenus pour les patientes pour qui ils ouvrent de nouvelles perspectives thérapeutiques, et pour les chercheurs qui connaissent ainsi de plus finement les modifications génomiques à l’œuvre dans ces cancers.

 

Crédit photo : Uriel Chantraine / Institut Curie