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Cancer du sein : la pertinence de la radiothérapie des aires ganglionnaires confirmée

Valérie Devillaine
04/06/2018
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Le Pr Poortmans a présenté à Chicago, au congrès de l'ASCO, les résultats d'une étude européenne sur le sujet.
Philip Poortmans

Une vaste étude européenne confirme avec 15 ans de recul la pertinence d’une radiothérapie des aires ganglionnaires pour les femmes atteintes de cancers du sein et dont les ganglions axillaires sont atteints ou dont la tumeur est située du côté médial, a expliqué le Pr Philip Poortmans au congrès international de l'ASCO à Chicago.

Le Pr Philip Poortmans, chef du département de radiothérapie-oncologie de l’Institut Curie, est l’investigateur principal de cette étude, qui donne aux oncologues les arguments pour faire le meilleur choix thérapeutique pour leurs patientes.

Il y a 30 ans, toutes les femmes concernées par ce type de cancers se voyaient proposer une radiothérapie élective des zones ganglionnaires, pour limiter les risques de propagation de la maladie. Mais à la fin des années 1980, une étude met en évidence chez ces patientes une mortalité accrue, due à la radiothérapie. De quoi jeter le trouble dans la communauté médicale. En Angleterre, ces traitements sont abandonnés ; aux Pays-Bas, les pratiques varient d’un centre à l’autre ; et en France, ces radiothérapies sont largement poursuivies.
Pour y voir plus clair, plusieurs médecins dont le Pr Poortmans, alors à l’hôpital Verbeeten à Tilburg, aux Pays-Bas, et le Dr Alain Fourquet, ancien chef du département de radiothérapie-oncologie de l’Institut Curie, lancent une vaste étude randomisée. Entre 1996 et 2004, 4 004 patientes sont incluses dans 43 centres en Europe. La moitié d’entre elles reçoivent cette radiothérapie des ganglions, les autres non. De premiers résultats à 10 ans de suivi ont montré un avantage, certes limité, mais significatif, de la radiothérapie. C’est aujourd’hui les résultats à 15 ans que présente le Pr Poortmans au congrès de l’ASCO et ils confirment l’intérêt de ces traitements. Avec radiothérapie, la mortalité globale des patientes baisse de 73,2 % à 70,8 ; la mortalité par cancer du sein et le risque de rechute diminuent de même. Reste que la survie sans maladie recule, elle, légèrement, sans qu’on sache encore précisément pourquoi. Une méta-analyse regroupant les résultats des différentes études concernant plus de 14 000 patientes est en cours de rédaction par une équipe d’Oxford, incluant le Pr Poortmans, et devrait permettre d’affiner ces informations et de mieux apprendre quelles patientes en auront plus de bénéfices. Et notons qu’au cours de ces dernières décennies, le diagnostic de plus en plus précoce des cancers du sein a fait baisser le taux d’atteinte ganglionnaire de 40 à 25 %, ce qui évite autant de ces radiothérapies controversées.