Actualité - Cancers de l'enfant

Cancers de l’enfant : Mettre à disposition de nouvelles thérapies plus rapidement

Céline Giustranti
17/11/2017
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Soins, Innovation, Recherche, en oncologie de l’Enfant, de l’aDOlescent et de l’adulte jeune, l’acronyme de SIREDO résume à lui seul les objectifs de ce centre au sein duquel collaborent soignants et chercheurs. Son engagement : améliorer la survie des jeunes patients et réduire les séquelles des traitements.
Francois Doz

Si aujourd’hui, plus des trois quarts des enfants et des adolescents atteints de cancer sont guéris, c’est grâce aux progrès de la recherche. Déjà bien engagé, le combat contre ces cancers doit s’accélérer. Tel est le but de SIREDO, le centre lancé en novembre 2017 et qui regroupe toutes les forces – Soins et Recherche – fondamentale, translationnelle et clinique – de l’Institut Curie mobilisées contre les cancers.

La recherche clinique est essentielle pour améliorer le taux de guérison mais aussi réduire les séquelles des traitements, précise le Pr François Doz, directeur adjoint à la recherche clinique, l’innovation et l’enseignement de SIREDO et professeur à l’Université Paris Descartes. SIREDO va nous permettre de réduire le temps entre la découverte d’une piste thérapeutique et son application en clinique.

C’est là le nerf de la guerre et c’est en rapprochant encore plus les soignants et les scientifiques qu’il sera possible d’y arriver.

 

La recherche d’aujourd’hui, la prise en charge de demain

Beaucoup d’espoirs résident dans une meilleure connaissance biologique de la maladie. Les équipes de SIREDO collaborent à de nombreuses études internationales : elles, seules, permettent de réunir suffisamment de données biologiques sur des tumeurs relativement rares comme les neuroblastomes et les medulloblastomes, afin d’établir un pronostic plus fin et d’adapter au mieux les traitements. Ces études ont déjà permis de limiter les traitements chez certains jeunes patients atteints de maladies de bon pronostic : la « désescalade thérapeutique » est une avancée majeure compte-tenu des effets secondaires associés aux traitements du cancer.

« La recherche de biomarqueurs va bien au-delà de ces données pronostiques puisque les données biologiques peuvent aussi informer sur les traitements à mettre en œuvre », ajoute le pédiatre. Tel est l’objectif de MAPPYACTS coordonné par Gustave Roussy et pour lequel Gudrun Schleiermacher, pédiatre et chercheuse, est co-investigateur. Après que leur tumeur ait été séquencée en vue de détecter des altérations génomiques, les jeunes patients en échec thérapeutique se voient proposer une thérapie ciblée, selon le profil moléculaire tumoral.

Et enchaîne le Pr François Doz « les dernières avancées de la recherche laissent présager que la cellule tumorale n’est pas la seule source d’information, le micro environnement tumoral mais aussi les biomarqueurs dits circulants – cellules tumorales, ctADN, ARN etc... issues de la tumeur et se déplaçant dans le sang – peuvent aussi être une source d’information tout en possédant l’énorme avantage, pour ces derniers, d’être détectables à partir d’une simple prise de sang. » Ainsi l’étude MICCHADO coordonnée par le Dr. Gudrun Schleiermacher, pédiatre et chercheuse à l’Institut Curie, recherche-t-elle l’ADN tumoral circulant (ctDNA) dans le sang ou dans d’autres milieux chez les jeunes patients. En suivant ces biomarqueurs ainsi que le profil immunologique tout au long de la prise en charge des patients, elle espère mieux comprendre les mécanismes de progression tumorale et de résistance au traitement. Les biomarqueurs circulants peuvent ainsi servir au diagnostic, au pronostic, à la prédiction des risques, à l’orientation thérapeutique et au suivi de l’efficacité des traitements.

 

Coup de pouce à la recherche clinique

De par son implication depuis de nombreuses années dans la recherche fondamentale et clinique sur ce sujet, l’Institut Curie possède de nombreux atouts pour faciliter le passage de la découverte vers l’application clinique. S’il est peut-être un domaine à renforcer, c’est celui des liens avec les partenaires industriels. Mais comme le souligne Sandy Azzi-Hatem, manager de SIREDO et chargée d’affaires en oncopédiatrie : « La dynamique de SIREDO, exemple de continuum recherche et soins, est un atout fort pour développer la recherche translationnelle et devenir une référence de la valorisation et du transfert de technologies.Nous sommes d’ailleurs en train développer les partenariats avec les industriels dans le cadre d’études cliniques et précliniques. »

« Bien que 200 jeunes patients soient déjà inclus chaque année dans des essais, rappelle Pr. Doz, nous devons encore accroître leur essor et ce afin de pouvoir proposer le plus rapidement possible à nos patients et leurs familles les innovations thérapeutiques issues des dernières avancées de la recherche. » Et elles sont nombreuses puisqu’en plus de l’essor récent des thérapies ciblées, l’immunothérapie commence à faire ses preuves chez les enfants et les adolescents atteints de leucémies et dans quelques cas de tumeurs solides. « Il reste encore beaucoup à défricher dans ce domaine, souligne le pédiatre coordonnateur européen d’un essai testant l’efficacité d’une nouvelle immunothérapie dans le domaine des tumeurs cérébrales de l’enfant. Car tout laisse à croire que les mécanismes immunitaires qui entrent en jeu sont différents chez les enfants et les chez les adultes. » Déjà les médecins-chercheurs de SIREDO se rapprochent du Centre d’Immunothérapie des cancers de l’Institut Curie pour éclaircir ces mécanismes.

SIREDO, c’est un formidable accélérateur pour la recherche sur les cancers de l’enfant, de l’adolescent et du jeune adulte. Et à ce titre un espoir pour les patients et les familles car comme le rappelle la mère d’un enfant atteint d’un cancer et soigné à l’Institut Curie : « Vivement que la recherche avance, vite, très vite. On sait qu’il faut du temps pour trouver et comprendre les cancers mais lorsque ça nous touche, nous, notre famille, en a encore plus hâte. La recherche, c’est l’espoir. »

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