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Cancers du sein : trois avancées présentées à San Antonio

service de presse
07/12/2018
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Les spécialistes mondiaux du cancer du sein ont rendez-vous à San Antonio, au Texas, du 4 au 8 décembre. Parmi les 30 posters présentés, l’Institut Curie s’illustre avec trois résultats de recherche particulièrement précieux pour une bonne prise en charge des patientes.
infographie san antonio

Le San Antonio Breast Cancer symposium est le sommet annuel de la recherche contre le cancer du sein depuis 1977. Depuis 2007, ce congrès est labellisé par l’AACR, l’American Association for Cancer Research, la plus prestigieuse organisation mondiale de recherche sur le cancer.

L’Institut Curie y participe chaque année activement. Cette fois, en plus de la présentation orale du Pr Bidard sur les cellules tumorales circulantes, 30 posters y seront exposés, parmi lesquels 3 résultats particulièrement intéressants.

Lymphocytes intratumoraux : pronostic et nouvelle stratégie thérapeutique

Le Dr Anne Vincent-Salomon, responsable du pôle de médecine diagnostique et théranostique à l’Institut Curie, est à l’origine de deux posters, qui concernent les lymphocytes intratumoraux. Ces cellules immunitaires sont retrouvées dans certains cancers et sont en général synonymes de bon pronostic. Elles ont fait l’objet d’un regain d’intérêt depuis l’apparition des immunothérapies, ces traitements qui s’appuient justement sur les défenses immunitaires du patient pour combattre les tumeurs.

Néanmoins, une étude pionnière a récemment mis en évidence que, contrairement au cas général, les lymphocytes intratumoraux étaient associés à un mauvais pronostic chez les patientes atteintes de cancers du sein lobulaires, le deuxième grand type histologique de cancer du sein.

Anne Vincent-Salomon a voulu vérifier cette découverte étonnante. Avec son équipe, elle a donc repris plus de 450 échantillons de cancers lobulaires infiltrants issus de patientes soignées il y a une dizaine d’années à l’Institut Curie. Ils y ont recherché ces lymphocytes intratumoraux.

Résultat : la présence de ces cellules est en effet associée à des tumeurs plus grosses, à un plus fort taux de récidive et à une survie écourtée par rapport aux patientes qui ne présentent pas ces lymphocytes.

Cette confirmation pourrait avoir un impact sur la prise en charge future des patientes souffrant de tels cancers. Les chercheurs vont maintenant procéder à l’analyse moléculaire (ADN, protéines…) de ces tumeurs pour savoir quels meilleurs traitements proposer.

Dans un second poster, Anne Vincent-Salomon présente l’effet d’une thérapie ciblée, le palbociclib, sur ces lymphocytes intratumoraux, dans le cas de tumeurs luminales B, particulièrement difficiles à soigner. Dans le cadre d’un essai multicentrique, NEOPAL, coordonné par le Dr Paul Cottu, oncologue médical à l’Institut Curie, et promu par Unicancer, le palbociclib avait déjà prouvé qu’il pouvait freiner de façon spectaculaire la prolifération des cellules tumorales, sans toutefois les détruire.

Anne Vincent-Salomon a pu observer que ce médicament s’avère également « lympho-attractant », c’est-à-dire qu’il augmente le nombre de lymphocytes intratumoraux. Les médecins-chercheurs imaginent donc, à partir de ces résultats, une nouvelle stratégie thérapeutique : traiter les patientes par le palbociclib pour bloquer la tumeur et faire proliférer les lymphocytes, puis compléter ce traitement par une immunothérapie. Un essai clinique est en préparation pour tester cette stratégie.

À noter que la recherche de ces lymphocytes intratumoraux chez les patientes peut être très facilement réalisée par le pathologiste lors de l’examen au microscope d’un échantillon tumoral issu d’une biopsie ou d’une intervention chirurgicale. Elle serait donc sans surcoût ou temps supplémentaire dans la prise en charge des patientes.

Fertilité après un cancer du sein

Un autre poster important se penche sur la fertilité des femmes après un cancer du sein. En effet, la chimiothérapie a parfois des effets délétères sur les ovaires des femmes jeunes. Des traitements de préservation (prélèvement et conservation des ovocytes) peuvent leur être proposés avant la chimiothérapie, pour les aider à réaliser leur projet parental une fois guéries.

Le Dr Anne-Sophie Hamy-Petit, gynécoloque à l’Institut Curie, a voulu, au sein de l’équipe du Pr Fabien Reyal, chef de service de chirurgie gynécologique, sénologique et reconstructrice à l’Institut Curie, savoir si la mise en place de ces traitements ne retardait pas la prise en charge de la maladie et n’impactait pas le pronostic.

Pour cela, elle a examiné les dossiers médicaux de près de 1 400 jeunes patientes traitées à l’Institut Curie ces dernières années et le constat est rassurant : ces traitements de préservation de la fertilité sont sans impact sur le délai de prise en charge du cancer.

Après la maladie, nombre de ces patientes ont par ailleurs pu être enceintes naturellement, tandis que quelques-unes ont eu recours à une procréation médicalement assistée.

Les cliniciens peuvent donc continuer, en confiance, à aider leurs patientes à surmonter leur maladie sans hypothéquer leur désir de maternité.

Les chercheurs restent néanmoins vigilants et attendent d’avoir plus de recul pour s’assurer que les patientes concernées ne présentent pas davantage de rechutes notamment.

Références

Tumor-infiltrating lymphocytes in invasive lobular breast cancer identify a poor prognostic sub-group

Tille J-C, Saint Martin C, Fuhrmann L, De Koning L, Reyal F, Piccart M, Kirova Y, Cottu P, Carton M, Vincent Salomon A. University Hospital Geneva, Geneva, Switzerland; PSL Research University, Saint-Cloud, France; Institut Curie, Paris, France; Insitut Jules Bordet, Bruxelles, Belgium.

TILs variations, proliferative response and PEPI scores in patients with luminal breast cancer receiving neoadjuvant letrozole-palbociclib or chemotherapy: An extended analysis of the NEOPAL trial

Vincent-Salomon A, Mathieu M-C, Bataillon G, Arnould L, Verrièle V, Ghnassia J-P, Haudebourg J, Penault-Llorca F, Lefebvre C, Maran-Gonzalez A, Guinebretière J-M, Duprez R, Berghian A, Blanc-Fournier C, Calès V, Galant C, Delrée P, Lemonnier J, Delaloge S, Cottu PH.

Institut Curie, Paris, France; PSL Research University, Paris, France; Gustave Roussy, Villejuif, France; Centre George François Leclerc, Dijon, France; Institut de Cancérologie de l'Ouest, Angers, France; Centre Paul Strauss, Strasbourg, France; Centre Antoine Lacassagne, Nice, France; Centre Jean Perrin, Clermont-Ferrand, France; Institut Sainte Catherine, Avignon, France; Institut du Cancer de Montpellier, Montpellier, France; Institut Curie, Saint-Cloud, France; Institut Universitaire de Cancérologie de Toulouse, Toulouse, France; Centre Henri Becquerel, Rouen, France; Centre François Baclesse, Caen, France; Centre Hospitalier de Pau, Pau, France; Cliniques Universitaires Saint-Luc, Bruxelles, Belgium; Unicancer R&D, Kremlin Bicêtre, France; Institut de Pathologie et de Génétique, Charleroi, Belgium.

Fertility preservation in young breast cancer patients: Real life data on 1390 patients treated in the Institut Curie

Hamy-Petit A-S, Toussaint A, Sautter C, Coussy F, Donnadieu A, Rouzier R, Saule C, Frank S, Bensen A, Grynberg M, Scarabin-Carre V, Santulli P, Balezeau T, Guerin J, Reyrat E, Jamain C, Hours A, Lecourt A, Reyal F. Curie Institute, Paris, France; Antoine Beclere Hospital, Clamart, France; Port Royal Hospital, Paris, France; Unicancer Federation, Paris, France.

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