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La présence de lymphocytes dans les carcinomes lobulaires du sein : un marqueur de mauvais pronostic

Valérie Devillaine
02/06/2020
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Une équipe de l’Institut Curie montre que quantifier les lymphocytes, les TILs, dans les carcinomes lobulaires, deuxième type histologique par ordre de fréquence des cancers du sein, permettrait de mieux prédire l’agressivité de ces tumeurs.
Anne-Vincent Salomon

Les lymphocytes infiltrant les tumeurs (ou TILs, pour Tumor-inflitrating lymphocytes) sont des globules blancs qu’on retrouve en quantité variable dans les tumeurs. Leur présence signe en général une réaction de défense de l’organisme contre le cancer. On savait déjà que, dans les carcinomes canalaires infiltrants n’exprimant pas les récepteurs hormonaux (les carcinomes dits triple négatif), le plus commun des cancers du sein, la présence de ces TILs était synonyme de bon pronostic. Mais il semble en être autrement dans les carcinomes lobulaires infiltrants, deuxième type histologique le plus fréquent, avec environ 15 % des tumeurs mammaires. C’est ce qu’une équipe de l’Institut Curie a pu découvrir notamment grâce au précieux Centre de ressources biologiques de l’Institut, qui conserve plusieurs dizaines de milliers d’échantillons tumoraux à disposition de la recherche.

Sous la direction du Dr Anne Vincent-Salomon, cheffe du pôle Médecine diagnostique et théranostique (PMDT) de l’Institut, le Dr Jean-Christophe Tille, du CHU de Genève en séjour en sabbatique à l’Institut Curie, et le Dr André Viera, bénéficiaire d’une bourse Mayent-Rotschild à l’Institut Curie, avec les médecins et ingénieurs du PMDT, ont pu étudier 459 échantillons de carcinomes lobulaires infiltrants. Résultat : 239 tumeurs ne présentaient aucun TIL, 185 en comptaient jusqu’à 5 % et seulement 35 plus de 5 %.

Ce premier constat était déjà surprenant car dans d’autres cancers déjà étudiés, la moitié des tumeurs contenaient plus de 10 % de TILs  

rapporte le Dr Vincent-Salomon.

Les auteurs ont aussi mis en évidence que les TILs étaient plus abondants chez les femmes jeunes, dans les tumeurs les plus volumineuses, lorsque le cancer était étendu aux ganglions lymphatiques (métastases), ou encore dans les tumeurs HER2 positives.

 

Les chercheurs ont également constaté que, plus les TILs étaient abondants, moins bonne était la survie des patientes, ce qui représente un deuxième résultat inattendu. « Une vaste étude moléculaire a été lancée pour caractériser plus précisément le stroma [le tissu non tumoral présent à l’intérieur des cancers, ndlr] et les lymphocytes présents dans ces cancers lobulaires, puisqu’ils semblent avoir un impact différent de ce qui est observé dans d’autres types de cancers », ajoute le Dr Vincent-Salomon.

À terme, « même si on en est loin », tempère-t-elle, cela permettra de déterminer si ces patientes pourraient par exemple tirer bénéfice de nouveaux traitements, les immunothérapies, qui s’appuient justement sur les défenses naturelles du patient pour combattre le cancer, en phase métastatique. En attendant, le Dr Vincent-Salomon incite les médecins pathologistes à quantifier ces TILs pour toutes les patientes, y compris celles atteintes de cancers lobulaires, afin d’affiner le pronostic de ces tumeurs et de prendre en compte, à terme, cette donnée dans le choix des traitements.

Référence :

Tumor-infiltrating lymphocytes are associated with poor prognosis in invasive lobular breast carcinoma. Jean-Christophe Tille, André F Vieira, Caroline Saint-Martin, Lounes Djerroudi, Laëtitia Furhmann, Francois-Clement Bidard, Youlia Kirova, Anne Tardivon, Fabien Reyal, Matthieu Carton, Anne Vincent-Salomon. Modern Pathology. DOI ?

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