Programmes collaboratifs

Point à date sur la recherche

Catherine Brun
18/11/2019
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Quelles sont les différentes stratégies mises en place par nos chercheurs pour améliorer l’efficacité de l'immunothérapie et étendre ses indications afin d’en faire bénéficier un maximum de malades ?

Des particules virales adjuvantes pour cibler les tumeurs

Une stratégie originale, fondée sur une découverte de Nicolas Manel, directeur de recherche Inserm et directeur du laboratoire Immunité innée à l’Institut Curie, pourrait compléter les approches d’immunothérapie dans les prochaines années. L’idée est d’utiliser des pseudo particules virales, appelées VLP, comme cheval de Troie pour transporter efficacement et délivrer dans la tumeur une molécule cGAMP, dont la propriété est d’activer la réponse immunitaire. Cette technologie brevetée a été à l’origine de la création par Nicolas Manel, en 2016, de la start-up Stimunity, avec Sylvain Carlioz. Un accord de recherche partenariale entre le laboratoire du chercheur et Stimunity a été signé pour préparer les futurs essais cliniques. Pour l’heure, les résultats précliniques sont encourageants : ils montrent qu’en combinaison avec un anti-PD-1 cette stratégie présente un effet antitumoral important.

Une recherche translationnelle et des essais cliniques prometteurs

Emanuela Romano, oncologue et directrice médicale du Centre d’immunothérapie des cancers de l’Institut Curie, mène avec son équipe plusieurs projets de recherche translationnelle : ils ont pour but d’analyser, grâce à des prélèvements tumoraux humains, le rôle respectif des fibroblastes et des macrophages – deux types de cellules du microenvironnement tumoral – dans la suppression de l’immunité antitumorale dans les cancers du sein et de l’ovaire. Au Centre d’immunothérapie des cancers, sont menés des essais cliniques qui visent à déterminer comment associer l’immunothérapie à d’autres types de traitement et dans quel ordre le faire. Quelques exemples :

• Une combinaison de chimiothérapie-radiothérapieimmunothérapie est testée dans les cancers du col de l’utérus au moment du diagnostic chez des femmes présentant un risque augmenté de récidive. Des analyses du microenvironnement tumoral dans ces conditions sont en cours.
• Un essai dans le cancer du sein luminal B (un type de cancer très résistant à la chimiothérapie) va
bientôt démarrer : il s’agira de tester une combinaison néoadjuvante de chimiothérapie-radiothérapieimmunothérapie. La radiothérapie est en effet supposée provoquer une inflammation qui mobilise les cellules immunitaires dans la tumeur, favorisant son rejet.

Les CAR-T cells, la haute couture de l’immunothérapie

L’Institut Curie croit en l’avenir des CAR-T cells. Marion Alcantara, hématologue, travaille dans le laboratoire de Sebastian Amigorena à faciliter l’utilisation de cette immunothérapie de précision : « Notre objectif est de développer des CAR-T cells allogéniques, c’est-à-dire prêtes à l’emploi, provenant de donneurs sains. » L’intérêt est double : gagner du temps, car la production des CAR-T cells autologues (issues du patient lui-même) nécessite en moyenne six semaines de préparation, un délai d’attente parfois incompatible avec l’état avancé du patient, disposer de cellules à la demande, fabriquées comme un médicament classique, et pouvoir baisser les coûts de production. Le défi, de taille, consiste à modifier les CAR-T cells de façon à éviter leur rejet par le système immunitaire du receveur. L’ambition de Marion Alcantara est de développer cette thérapie dans les tumeurs solides, où la difficulté supplémentaire est de faire parvenir ces cellules au coeur de ces tumeurs, moins faciles à pénétrer.