ASCO 2019 : l'Institut Curie présente ses sujets phares

Service de Presse
04/06/2019
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Du 31 mai au 4 juin, les grands experts mondiaux de la cancérologie se sont réunis à Chicago pour le congrès international de l’American Society of Clinical Oncology. Cet événement majeur organisé tous les ans offre une tribune exceptionnelle aux travaux scientifiques et médicaux sur le cancer.
Pour cette édition 2019, les spécialistes de l’Institut Curie ont présentés les résultats de leurs recherches.
CP ASCO

Innovation thérapeutique, prise en charge dans le cancer du sein, radiothérapie, cancers du système nerveux central : l’Institut Curie présente ses sujets phares

L’injection de nanoparticules pour le traitement des cancers  

Christophe Le Tourneau oncologue médical, chef du Département d’Essais Cliniques Précoces (D3i) à l’Institut Curie, et professeur de médecine à Paris-Saclay, a partagé avec la communauté médicale les derniers résultats d’une technique innovante. Il s’agit, avant une radiothérapie, d’injecter dans la tumeur des nanoparticules d’hafnium (métal inerte) qui vont démultiplier les effets des rayons.  
Ces particules appelées NBTXR3, développées par la société de biotechnologie française Nanobiotix, ont déjà fait leurs preuves dans le traitement des sarcomes des tissus mous. Cette fois, ce sont des patients atteints de cancers de la sphère ORL qui en ont bénéficié.  
Résultats : chez 9 patients sur 13, la tumeur a disparu ! 

« Cette nouvelle stratégie représente une thérapeutique innovante prometteuse pour des patients âgés ou qui présentent des contre-indications à des traitements lourds comme la chimiothérapie », commente le Pr Christophe Le Tourneau.  

Etude Canto : une nouvelle étape pour comprendre les effets secondaires chez les femmes atteintes d’un cancer du sein   

Dr Paul Cottu, chef adjoint du département d’oncologie médicale à l’Institut Curie, a présenté de nouveaux résultats issus de l’étude Canto. Lancé en 2012, ce vaste essai porté par Unicancer vise à améliorer la santé et la qualité de vie des femmes atteintes de cancer du sein au stade précoce. Plus de 12 000 femmes sont ainsi suivies partout en France.

Plus de 2 000 d’entre elles le sont à l’Institut Curie, qui est ainsi le premier centre recruteur de cet essai. Aujourd’hui, Paul Cottu, membre du Comité Exécutif de l’étude CANTO, révèle de nouvelles informations sur les effets secondaires avec ou sans chimiothérapie et notamment neurologique pour la chimiothérapie. 

De manière très intéressante, deux phénomènes importants ont été observés. Tout d’abord, ces effets secondaires peuvent s’observer y compris chez les patientes n’ayant pas reçu de chimiothérapie, mais avec un tableau clinique différent. Ensuite, ont été observées des variations importantes au cours de la première année suivant la fin des traitements : chez certaines femmes, ces effets disparaissent rapidement, chez d’autres, au contraire, ils peuvent apparaître de manière retardée.  

Les chercheurs souhaitent donc aussi déterminer des points expliquant ces diverses situations cliniques, de manière à mieux anticiper ces difficultés et proposer aux patientes une prise en charge adaptée.

Sarcomes rétropéritonéaux : les bénéfices d’une radiothérapie

Les sarcomes rétropéritonéaux se développent dans l’abdomen, au contact ou aux dépens de différents organes comme les reins, le côlon ou encore certains muscles. Ils constituent des masses importantes, car ils deviennent symptomatiques très tardivement. Jusqu’à présent, le traitement standard de ces cancers était la chirurgie seule, pour une tumeur initiale.

 
« La taille moyenne de ces tumeurs, au moment du diagnostic, est de 25 cm, et il n’est pas rare d’opérer des sarcomes abdominaux de 30 ou 40 cm », explique Sylvie Bonvalot, chirurgienne spécialiste de ces cancers à l’Institut Curie.  

L’enjeu est donc de retirer toute la tumeur en un bloc ainsi que des marges saines tout autour pour éviter de laisser quelques cellules cancéreuses dispersées. Mais malgré toutes les précautions et l’expertise des chirurgiens, même dans les centres spécialisés, le taux de récidive locale de ces cancers reste de l’ordre de 30 % dans les cinq ans qui suivent la chirurgie. Et certains de ces cancers récidivent plus tard encore.  

Sylvie Bonvalot et ses confrères européens et américains cherchent à améliorer l’efficacité des traitements. Il aura ainsi fallu 5 ans, de 2012 à 2017, pour inclure 266 patients présentant un sarcome rétropéritonéal initial, dans ce premier essai randomisé mondial pour ce cancer, grâce à la collaboration d’une trentaine de centres en Europe, aux États-Unis et au Canada, avec le soutien de l’European Organisation for Resarch and Treatment of Cancer (EORTC).  

La moitié des patients ont reçu le traitement standard, une chirurgie seule, l’autre moitié a reçu une radiothérapie dite néoadjuvante, c’est-à-dire avant la chirurgie, dans l’espoir d’affaiblir un maximum de cellules cancéreuses avant de retirer la tumeur. Deux ans après les derniers traitements, il est temps d’en tirer le bilan. Sylvie Bonvalot, qui a coordonné l’ensemble de cet essai, en présente donc les résultats lors de la session orale consacrée aux sarcomes au Congrès de l’ASCO.  

Son travail a également été sélectionné pour le « Best of ASCO® program » qui se déroulera cet été et qui met en avant les meilleurs travaux présentés à l’ASCO.  

Les effets du larotrectinib sur les tumeurs du système nerveux central  

François Doz, oncologue pédiatre au sein du centre SIREDO (soins, innovation, recherche en cancérologie de l’enfant, l’adolescent et l’adulte jeune) et professeur de pédiatrie à l’Université Paris Descartes, est dernier auteur d’une publication faisant l’objet d’une présentation orale. Elle concerne les résultats d’une étude multicentrique internationale sur des patients atteints de cancers et porteurs d’une altération génétique spécifique appelée fusion NTRK.  

Les chercheurs se sont intéressés à un nouveau médicament, le larotrectinib, tout juste approuvé par la Food and Drugs Administration (FDA) américaine. Mais peut-il passer la barrière hémato-encéphalique et avoir un effet sur des tumeurs du système nerveux central ?

« Les résultats ne sont pas aussi spectaculaires que pour les tumeurs situées en-dehors du système nerveux central, mais ils sont encourageants, chez l’enfant comme chez l’adulte », explique François Doz.  

Un diagnostic moléculaire des tumeurs pour repérer celles porteuses de cette anomalie et qui peuvent bénéficier de ce traitement est donc nécessaire. La plateforme de génétique moléculaire de l’Institut Curie (Unité de Génétique Somatique) y est prête puisqu’elle a déjà réalisé les analyses pour plusieurs patients participant à cette étude.

 

 

 

Communiqué de Presse