ASCO 2019 : retour sur les sujets phares de l’Institut Curie

Catherine Goupillon
13/06/2019
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Innovation thérapeutique, prise en charge dans le cancer du sein, radiothérapie, cancers du système nerveux central...
CP ASCO

Du 31 mai au 4 juin, les grands experts mondiaux de la cancérologie se sont réunis à Chicago pour le congrès international de l’American Society of Clinical Oncology.  Pour cette édition 2019, les spécialistes de l’Institut Curie ont présenté les résultats de leurs recherches et de leurs études. 

 

L’injection de nanoparticules pour amplifier les effets de la radiothérapie

Christophe Le Tourneau oncologue médical, chef du Département d’Essais Cliniques Précoces (D3i) à l’Institut Curie, et professeur de médecine à Paris-Saclay, a partagé avec la communauté médicale les derniers résultats d’une technique innovante pour les cancers ORL : l’injection au sein de la tumeur, avant la radiothérapie, de nanoparticules d’hafnium (métal inerte) appelées NBTXR3. Ces nanoparticules, développées par la société de biotechnologie française Nanobiotix, présentent l’intérêt de démultiplier les effets des rayons et ainsi d’augmenter la destruction tumorale.

Des résultats encourageants pour 9 patients sur 13 chez qui la tumeur a disparu.

« Il faut rester prudent car il s’agit d’un essai de phase 1, souligne le Pr Christophe Le Tourneau. Il faudra donc attendre les résultats de l’essai randomisé pour confirmer ce bon résultat. En attendant, c’est un champ d’investigation qui s’ouvre. Des applications sont possibles dans de nombreux autres types de cancer. »

Cette innovation avait déjà fait l’objet d’une présentation au congrès de l’ESMO en décembre 2018 par le Dr Bonvalot chez les patients atteints de sarcomes. Les résultats d’une étude clinique de phase 3 avaient démontré que le taux de réponses complètes des patients traités avec les nanoparticules avant la radiothérapie était multiplié par 2.

 

Etude Canto pour comprendre les effets secondaires des traitements chez les femmes atteintes d’un cancer du sein   

Dr Paul Cottu, chef adjoint du département d’oncologie médicale à l’Institut Curie, a participé à la présentation de plusieurs nouveaux résultats issus de l’étude Canto. Lancée en 2012, cette étude portée par Unicancer vise à suivre les patientes atteintes d’un cancer du sein selon différents volets –socio-économiques, qualité de vie, retour au travail, etc.- et ainsi à mieux comprendre comment surviennent les effets secondaires des traitements, en particulier la fatigue. L’objectif est d’améliorer la santé et la qualité de vie des femmes atteintes de cancer du sein au stade précoce et leur proposer des alternatives thérapeutiques. Plus de 12 000 femmes ont donc été suivies partout en France dont 2 000 à l’Institut Curie, premier centre recruteur de cet essai.

Paul Cottu, membre du Comité Exécutif de l’étude CANTO, révèle de nouveaux résultats : « un des objectifs importants était de savoir s’il y avait des particularités individuelles associées à l’émergence et à la persistance de la fatigue, afin de mieux anticiper les besoins et de proposer une prise en charge adaptée ».

De manière très intéressante, deux phénomènes importants ont été observés. Tout d’abord, ces effets secondaires peuvent s’observer y compris chez les patientes n’ayant pas reçu de chimiothérapie. Ensuite, ont été observées des variations importantes au cours de la première année suivant la fin des traitements : chez certaines femmes, ces effets disparaissent rapidement, chez d’autres au contraire, ils peuvent apparaître de manière retardée. « Pour expliquer ces diverses situations cliniques, deux catégories de polymorphismes sont ressorties : l’inflammation chronique et des mécanismes biologiques d’ordre neurologiques, précise l’oncologue.

Les résultats complets de l’étude seront disponibles début juillet.

 

Sarcomes rétropéritonéaux : les bénéfices d’une radiothérapie

Le Dr Sylvie Bonvalot, chirurgienne à l’Institut Curie, a présenté les résultats d’un essai randomisé international concernant le traitement des sarcomes rétropéritonéaux (qui sont situés dans la cavité abdominale). Certains patients pourraient tirer avantage d’une radiothérapie, en amont de la chirurgie de leur tumeur.

Jusqu’à présent, le traitement standard des sarcomes rétropéritonéaux était la chirurgie seule. Tout l’enjeu est de retirer toute la tumeur en un bloc ainsi que des marges saines tout autour pour éviter de laisser quelques cellules cancéreuses dispersées. Mais malgré toutes les précautions et l’expertise des chirurgiens, même dans les centres spécialisés, le taux de récidive locale de ces cancers reste de l’ordre de 30 % dans les cinq ans qui suivent la chirurgie. Et certains de ces cancers récidivent plus tard encore. 

Sylvie Bonvalot, chirurgienne spécialiste de ces cancers à l’Institut Curie et ses confrères européens et américains ont donc cherché à améliorer l’efficacité des traitements. Il aura ainsi fallu 5 ans, de 2012 à 2017, pour inclure 266 patients présentant cette tumeur rare et d’accord pour participer, dans ce premier essai randomisé mondial, grâce à la collaboration d’une trentaine de centres en Europe, aux États-Unis et au Canada, avec le soutien de l’European Organisation for Resarch and Treatment of Cancer (EORTC). 

La moitié des patients a reçu le traitement standard, la chirurgie seule, l’autre moitié a reçu une radiothérapie dite néoadjuvante, c’est-à-dire réalisée avant la chirurgie, dans l’espoir d’affaiblir un maximum de cellules cancéreuses avant de retirer la tumeur.

« Pour l’instant, cette combinaison radiothérapie-chirurgie n’a pas apporté d’avantage significatif à l’ensemble des patients, toutes variétés de sarcomes rétropéritonéaux regroupées, commente Sylvie Bonvalot, qui a coordonné cet essai. Mais chez ceux souffrant de liposarcomes (soit 75% des malades), la radiothérapie a eu un fort impact, avec un taux de rechute locale divisé par deux. En continuant à observer les rechutes éventuelles dans les années à venir, on pourra peut-être avoir une meilleure évaluation des résultats de la radiothérapie sur la population entière de l’étude. En attendant, ces résultats vont déjà permettre aux cliniciens de mieux choisir les patients qui peuvent bénéficier d’une radiothérapie pré-opératoire. »

Son travail a également été sélectionné pour le « Best of ASCO® program » qui se déroulera cet été et qui met en avant les meilleurs travaux présentés à l’ASCO. 

 

 

communiqué de presse