Comprendre les métastases des mélanome de la choroïde

Céline Giustranti
08/03/2017
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Centre référent national pour la prise en charge des mélanomes de la choroïde, un cancer rare de l’œil, l’Institut Curie poursuit son engagement pour mieux caractériser cette pathologie. Il lance un programme financé en grande partie par la générosité publique, un PIC3i. Objectif : décrypter un nouveau mode dissémination tumorale.
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Avec 500 à 600 nouveaux cas diagnostiqués chaque année en France, bien que ce soit la tumeur maligne de l’œil la plus fréquente, le mélanome de la choroïde reste relativement rare. Chaque année, près de 300 nouveaux patients atteints de cette pathologie sont pris en charge dans le service d'Ophtalmologie du Dr Laurence Desjardins à l’Institut Curie. Sur le plan national, la chirurgienne ophtalmologue coordonne le réseau national Melachonat sur cette pathologie, sous l’égide de l’INCa et soutenu par Malakoff Médéric, pour lutter contre les inégalités.  

Parallèlement, les recherches se poursuivent pour mieux comprendre les origines de ce cancer, son mode de dissémination et les moyens d’enrayer l’apparition des métastases qui compromettent fortement le pronostic. A ce jour, seule l’ablation chirurgicale complète des métastases semble en effet apporter un bénéfice au patient. Or, elle n’est envisageable que dans 20% des cas.

Un autre mode de dissémination

Rarement présentes au moment du diagnostic initial d’un mélanome de l’uvée, des métastases sont décelées chez 30 % à 50 % des patients et surviennent parfois plus de 10 ans après le traitement local de la tumeur oculaire. L’œil ne possédant pas de système lymphatique, les cellules tumorales disséminent via le système sanguin. Les métastases apparaissent d’abord au niveau du foie dans plus de 90 % des cas et, beaucoup plus rarement, au niveau des os, des poumons, des tissus sous-cutanés ou d’autres organes.

"On soupçonne désormais l’existence d’un autre mode de dissémination pour ce cancer", rapporte Filippo Del Bene, directeur de recherche Inserm, chef de l’équipe Développement des circuits neuronaux (CNRS/Inserm/Institut Curie)et coordinateur de ce programme. En effet, Claire Lugassy et Raymond Barnhill (Institut Curie) ont démontré, dans les mélanomes de la peau, l’existence d’une autre voie de métastases par migration progressive de cellules cancéreuses le long de la paroi externe des vaisseaux (angiotropisme), sans entrer dans la circulation sanguine. Ils ont donné le terme de "migration métastatique extravasculaire" à ce mode de migration, par opposition à la dissémination intravasculaire. Récemment, ces mêmes chercheurs, pionniers de la migration extravasculaire, ont montré que ce mode de propagation pouvait également exister dans les mélanomes de la choroïde.

"De plus la perte du gène BAP1 étant associée à un plus haut risque de développer des métastases chez les patients, notre projet va explorer les liens entre BAP1 et ce nouveau mode de dissémination tumorale", ajoute Filippo Del Bene. Il envisage dès à présent de développer des modèles de poissons zèbres afin d’étudier in vivo ce mode migration métastatiques des cellules de mélanome choroïdien et ses corrélation avec la perte du gène BAP1. Ce jeune chercheur mettra ainsi à profit ses connaissances sur les circuits neuronaux dans ce modèle animal pour explorer la dissémination tumorale du mélanome de la choroïde. La finalité de ce projet est de mieux comprendre les conditions de migration métastatique dans ce cancer, afin de trouver de nouvelles approches thérapeutiques", conclut Filippo Del Bene.

Pour mener à bien ce programme et éclairer d’un jour nouveau le développement des métastases dans cette pathologie, ce jeune chercheur, jusqu’à présent très orienté vers la recherche fondamentale, pourra compter sur l’environnement de l’Institut Curie et la présence d’experts de cette pathologie.

 

Coordinateur

Partenaires

  • Marie Schoumacher, responsable d'une équipe émergente sur le mélanome choroïdien soutenue par le SiRIC dans le département de recherche translationnelle.
  • Raymond Barnhill, professeur de pathologie, expert des mélanomes cutanés et oculaires, et de la recherche sur l’angiotropisme et la migration métastatique extravasculaire. Service de Pathologie, Institut  Curie. Université Paris Descartes. 
  • Associée au projet : Claire Lugassy, médecin biologiste, experte de la migration métastatique extravasculaire. Equipe émergente de Marie Schoumacher sur le mélanome choroïdien dans le département de recherche translationnelle, Institut Curie.