Congrès annuel ESMO 2019 : Des avancées majeures sur les cancers du pancréas, du poumon, du sein et dans les sarcomes

Catherine Goupillon
30/09/2019
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L’Institut Curie, acteur de référence dans la recherche et la prise en charge des cancers, est au congrès annuel de l’European Society for Medical Oncology (ESMO) avec une cinquantaine de médecins-chercheurs présents.  
ESMO 2019

Une nouvelle combinaison thérapeutique dans le cancer du pancréas

Le Dr Cindy Neuzillet, oncologue et responsable du parcours digestif, présentera un nouveau protocole de traitement combinant chimiothérapie, immunothérapie et vaccin thérapeutique.

Le cancer du pancréas est un cancer digestif de plus en plus fréquent et l’un des plus redoutés. Dans la décennie qui vient, il pourrait devenir la deuxième cause de mortalité par cancer juste après le cancer du poumon.

En effet, ce cancer est très difficile à soigner. « Les options thérapeutiques sont peu nombreuses et peu efficaces. Les dernières innovations thérapeutiques comme les thérapies ciblées ou l’immunothérapie n’apportent pas de bénéfice de survie », explique le Dr Cindy Neuzillet, responsable du parcours digestif à l’Institut Curie de Saint-Cloud, qui présentera à l’ESMO un nouveau protocole de traitement combinant chimiothérapie, immunothérapie (agent stimulant le système immunitaire) et vaccin thérapeutique (chargé d’éduquer les cellules immunitaires à reconnaitre la tumeur).

L’objectif de cet essai est de retarder la progression de la maladie tout en maintenant une qualité de vie acceptable pour les patients. L’essai clinique est réalisé chez des patients dont la maladie est contrôlée par la chimiothérapie de référence, appelée FOLFIRINOX (une combinaison de 3 chimiothérapies). Une fois les cures de chimiothérapie terminées, ces patients sont divisés en 3 groupes : certains continuent à recevoir une chimiothérapie allégée (FOLFIRI), d’autres reçoivent un vaccin thérapeutique (Tedopi) tandis qu’un dernier groupe est traité par une immunothérapie (nivolumab) associée au vaccin thérapeutique.

« Nous pensons qu’administrer l’immunothérapie au moment où la maladie est contrôlée par la chimiothérapie sera plus efficace que la proposer à des patients en échec thérapeutique comme cela est fait actuellement », précise la spécialiste, qui ajoute que la chimiothérapie sera à nouveau réintroduite dans le protocole de soins en cas de reprise évolutive de la maladie.

Tout au long de l’essai, des biopsies et des prises de sang seront réalisées afin de suivre l’évolution du cancer, notamment pour explorer l’hétérogénéité des tumeurs et rechercher des biomarqueurs associés à l’efficacité ou la résistance au traitement. En effet, les cellules tumorales et leur environnement peuvent être modifiés par les traitements successifs. Ce suivi est l’une des particularités de cet essai clinique.

Ce protocole thérapeutique est testé dans 28 structures hospitalières (centres Unicancer et hôpitaux publics/privés) partout en France. Labellisé essai PRODIGE, il est une priorité pour la communauté des oncologues digestifs.

 

Cancer du poumon : tirer le meilleur parti des traitements ciblés

Le Pr Nicolas Girard, oncologue pneumologue à l’Institut Curie, présentera ses travaux sur les choix thérapeutiques dans la prise en charge de certains cancers du poumon.

Le Congrès consacrera cette année une importante session au cancer du poumon. Le Pr Nicolas Girard y présentera ses récents travaux sur le cancer du poumon avec mutation de l’EGFR, qui représente 10 à 15 % des patients et touche particulièrement les femmes, les jeunes et les non-fumeurs. Cette altération du gène EGFR, un récepteur de facteur de croissance qui accroit leur agressivité, peut aussi être la cible de traitements spécifiques.

« Mais comme les bactéries développent des résistances aux antibiotiques, les cellules cancéreuses peuvent aussi résister à ces traitements ciblés, explique le Pr Girard. Et de nouvelles molécules ont vu le jour dans cette classe de médicaments. Nous avons donc voulu savoir comment les utiliser au mieux en analysant les séquences thérapeutiques pour savoir quel traitement choisir et à quel moment de la prise en charge ». Or, les résultats d’essais cliniques qui mesurent l’efficacité des traitements ne donnent que des informations de court terme.

Le Pr Girard et ses collègues ont donc interrogé les bases de données dites « en vie réelle », issues des systèmes d’informations hospitaliers et médicaux. « A partir de ces informations, nous avons pu montrer qu’en prescrivant différentes molécules, d’abord de première génération, puis plus récentes, on pouvait être plus efficace et retarder le moment où une chimiothérapie, plus lourde que ces traitements oraux, devenait nécessaire », précise le spécialiste.

Ces travaux répondent donc de manière concrète à une question stratégique que se posent de nombreux oncologues dans la prise en charge de leurs patients.

 

Cancer du sein « HER2 équivoque » : quand l’analyse génétique aide à la décision thérapeutique

Le Dr Edith Borcoman, oncologue à l’Institut Curie, partagera avec la communauté scientifique des résultats intéressants pour aider au diagnostic des cancers du sein et prescrire le traitement adapté.

On estime que 15 % des cancers du sein sont dits HER2+, des formes généralement plus agressives de tumeurs mammaires[1]. Le traitement standard repose dans la majorité des cas sur la prescription, au stade précoce, de thérapies ciblées anti-HER2 (comme le trastuzumab) associées à une chimiothérapie. Les traitements anti-HER2 ont permis d’améliorer considérablement le pronostic des patientes concernées, même au stade métastatique.

La recherche du statut HER2 est aujourd'hui systématique chez les femmes atteintes d'un cancer du sein. Elle se fait via l’analyse histologique d’un prélèvement de tumeur par les médecins anatomopathologistes. « Le problème, ce sont les cas dits « HER2 équivoques », où l’évaluation de l’expression de la protéine HER2 à la surface des cellules tumorales et de l’amplification du gène HER2 conclue à un seuil intermédiaire entre les seuils de positivité et de négativité, ne permettant pas de trancher clairement sur le statut HER2 », explique le Dr Edith Borcoman. Ces cas, qui sont minoritaires mais en probable augmentation (entre 0,8% et 6%), doivent être ré-analysés par les anatomopathologistes et posent un vrai problème de décision thérapeutique.

A l’Institut Curie, les patientes bénéficient d’une autre technique basée sur l’analyse génétique de la tumeur, appelée CGH-array. Elle permet d’analyser précisément le chromosome 17 sur lequel se situe le gène HER2, pour vérifier si oui ou non c’est bien le gène HER2 lui-même qui est amplifié (augmentation du nombre de copies) permettant ainsi de classer les cas « HER2 équivoques » en positif ou en négatif.

En analysant une cohorte de 1 972 patientes suivies à l’Institut Curie entre 2008 et 2014, le Dr Edith Borcoman et ses collègues, ont constaté que parmi les 121 cas identifiés comme « HER2 équivoques », seule une minorité (environ 12 %) est réellement de statut HER2+ après analyse en CGH-array.

Cette technique, qui n’est réalisée que dans des centres experts, pourrait donc aider à mieux caractériser ces cas complexes « HER2 équivoques », afin de proposer aux patientes le traitement le mieux adapté.

Lors du congrès de l’ESMO, le Dr Edith Borcoman présentera à la communauté scientifique ces résultats, fruit d’une collaboration étroite entre médecins oncologues, anatomopathologistes et généticiens à l’Institut Curie.

 

Individualiser la prise en charge des sarcomes

Le Dr Olivier Delattre, oncopédiatre et directeur de recherche, présentera un état de lieux de la recherche sur ces tumeurs rares de l’enfant et de l’adulte.

Les sarcomes sont des tumeurs rares de l’enfant et de l’adulte. Entre 4 000 et 5 000 personnes sont touchées chaque année en France. Ce cancer forme généralement une « masse » sous la peau à partir du tissu graisseux, des muscles ou encore des ligaments (on parle de « sarcomes du tissus mous ») ou apparaît sur les os ou les cartilages (sarcomes osseux).

« Les sarcomes sont des tumeurs malignes très hétérogènes. On estime aujourd’hui qu’il existe entre 100 et 200 types de sarcomes différents. Cette hétérogénéité exige une hétérogénéité des traitements, autrement dit une individualisation de la prise en charge », explique le Dr Olivier Delattre, oncopédiatre et directeur de l’unité « Génétique et biologie des cancers » Inserm/Institut Curie, qui présentera une session sur l’importance de la recherche fondamentale pour améliorer la prise en charge des sarcomes.

Avec son équipe, le Dr Delattre analyse le séquençage génétique de milliers de tumeurs prélevées chez des patients suivis à l’Institut Curie, un centre expert à l’échelle mondiale pour le traitement de ce cancer. Grâce à cette analyse, les chercheurs tentent de caractériser de nouvelles familles de sarcomes, classifier les différents types, identifier des anomalies moléculaires pouvant être des cibles thérapeutiques, mais aussi développer de nouvelles thérapies. Aujourd’hui, la majorité de ces cancers sont traités par les traitements usuels de la cancérologie (chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie). Néanmoins, des thérapies ciblées sont d’ores et déjà disponibles pour certains sarcomes. Mais les progrès thérapeutiques restent discrets.

L’objectif des travaux de l’équipe du Dr Delattre est de définir de nouveaux outils diagnostiques, et conduire des essais thérapeutiques. Mais ces travaux exigent du temps. « Les sarcomes dans leur globalité sont des cancers rares, ce qui signifie que chaque type de sarcome est une pathologie extrêmement rare. Or pour réaliser des analyses génétiques, voire mener des essais cliniques, il faut pouvoir étudier un grand nombre de patients. »

 

 

 

[1] L’oncogène HER2 favorise la prolifération et la croissance des cellules tumorales, et l’amplification de ce gène dans les cellules tumorales entraine la surexpression de la protéine HER2 à la surface des cellules tumorales, on dit alors que ces cellules « surexpriment » HER2.

 

Communiqué de presse