Dans l’intestin grêle, les cellules « jouent des coudes »

Valérie Devillaine
08/12/2018
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Pour qu’un organisme fonctionne bien, il faut que les cellules se renouvellent à un rythme contrôlé, ni trop rapide, ni trop lent. L’équipe de Danijela Vignjevic a mis au jour un de ces mécanismes de régulation dans l’intestin grêle.
Denis - ASCB

Un nouvel intestin tous les sept jours ! Oui, toute la surface de notre intestin grêle est remplacée par une surface neuve chaque semaine. Cela en fait le tissu au taux de renouvellement le plus rapide de tout l’organisme. En permanence, les "vieilles" cellules à sa surface se détachent et son éliminées (cell extrusion, en anglais), tandis qu’en profondeur, de nouvelles cellules naissent pour venir progressivement les remplacer (cell division).

Pour le renouvellement du tissu, les cellules doivent migrer en permanence depuis leur site de division vers la zone d’extrusion tout en maintenant l’intégrité du tissu. Comment ce phénomène est-il régulé, pour éviter une production excessive ou au contraire une dégénérescence prématurée ?

Pour le savoir, Denis Krndija, post-doctorant dans l’équipe de Danijela Vignjevic, a procédé à des manipulations génétiques sur des souris et élaboré une technique d’imagerie 3D sur tissu vivant. Par ailleurs, en collaboration avec Edouard Hannezo (Institute of Science and Technology (IST), en Autriche), il a développé un modèle biophysique afin de décrypter les mécanismes potentiels de la migration cellulaire.

On a longtemps cru que c’était la pression physique passive, exercée par une nouvelle cellule apparue à la base de l’intestin, qui poussait les plus anciennes "vers la sortie " Les chercheurs ont montré que ce processus n’avait qu’un effet très limité. En réalité, il s’agit plutôt d’un phénomène actif, lié à un assemblage de protéines appelées Arp2/3, qui guide les nouvelles cellules pour les faire remonter vers la surface au détriment de leurs aînées. Plus précisément, Arp2/3 permettrait la formation adéquate de protrusions, excroissances grâce auxquelles les cellules se déplaceraient. Les chercheurs ont pu également mesurer la vitesse du phénomène, la densité cellulaire et la tension tissulaire, afin de quantifier la balance entre naissance et mort cellulaire à l’origine de l’équilibre du système.

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L'équipe de Danijela Vignjevic