La recherche en pédiatrie : un pilier historique à l’Institut Curie

Céline Giustranti
22/03/2017
Partager
Depuis la création du département de pédiatrie en 1977, des recherches sont menées à l’Institut Curie pour mieux comprendre les tumeurs pédiatriques. Elles ont notamment contribué à mieux comprendre les mécanismes du développement de certaines tumeurs de l’enfant.
Recherche-labo
Aller directement à la section

Les tumeurs d’Ewing

C'est une forme de sarcome osseux qui touche les adolescents en pleine croissance. Il y a quelques années, l’équipe d’Olivier Delattre avait identifié l’altération génétique à l’origine de ce cancer pédiatrique. Il s’agit d’une translocation qui se produit, dans 85% des cas, entre les chromosomes 11 et 22 et aboutit à la synthèse d’une protéine anormale EWS-FLI1. La recherche de cette altération génétique sert désormais à établir le diagnostic des tumeurs d’Ewing. Aujourd’hui l’équipe cherche à comprendre comment la protéine agit seule ou en combinaison avec deux autres altérations génétiques plus récemment découvertes dans ce même laboratoire et qui caractérisent des formes très agressives des sarcomes d’Ewing. Les recherches se poursuivent pour mieux caractériser la cellule normale à l’origine de ces cancers et mieux comprendre pourquoi l’incidence de ces tumeurs est variable suivant les populations humaines.

 

Le neuroblastome

Cette tumeur touche le système nerveux sympathique de l’enfant. Certaines tumeurs évoluent de façon défavorable tandis que d’autres, y compris lorsqu’elles sont métastatiques, vont régresser pratiquement toutes seules, sans que l’on sache pourquoi. Deux hypothèses sont actuellement explorées : la réponse immunitaire de l’organisme, qui parvient finalement à se débarrasser de la tumeur, ou une propriété intrinsèque de la tumeur. En 2008, l’identification de mutations activatrices du gène ALK dans certains neuroblastomes sporadiques et familiaux a constitué une avancée majeure dans la compréhension de la maladie et a ouvert la voie à de potentiels traitements ciblés. Deux mutations maintenant le récepteur ALK en permanence activé sont fréquemment observées. Les chercheurs ont donc mis au point deux modèles murins, chacun porteur d’une des deux mutations, pour étudier leur rôle lors du développement embryonnaire et dans la survenue des cancers.

Les tumeurs rhabdoïdes

Il s'agit de tumeurs agressives qui se développent chez les très jeunes enfants. Leur apparition est due à une seule et unique mutation qui est responsable de l’inactivation du gène Smarcb1, découverte par le laboratoire d’Olivier Delattre en 1998, ce qui en fait un modèle de cancer « simplifié ». La protéine Smarcb1 régule la compaction de certaines régions du génome et donc de permettre ou non la lecture de certaines gènes. En son absence, le génome reste compacter et les cellules restent alors à un stade proche de celui des cellules souches. Grâce à un modèle murin, les recherches se poursuivent pour décrypter les mécanismes en jeu.

 

Le médulloblastome

Récemment les forces autour de la recherche en oncopédiatrie se sont étoffées avec l’arrivée d’Olivier Ayrault et de son équipe. Ils étudient le médulloblastome, une tumeur qui se développe dans le cervelet des jeunes enfants. Ils ont par exemple mis en évidence le rôle des protéines Atoh1 et Huwe1 dans sa survenue, ce qui ouvre de nouvelles voies thérapeutiques pour contrecarrer leur effet dans le développement de cette tumeur. Parallèlement ils développent des approches de protéomique pour mieux caractériser les différents types de médulloblastome.

 

Améliorer la radiothérapie

Le chercheur Célio Pouponnot coordonne un programme PIC3i dont l’objectif est de trouver de nouvelles pistes pour améliorer l’efficacité de la radiothérapie chez les jeunes enfants atteints de de tumeurs cérébrales. Ce programme consiste notamment à explorer la faisabilité de deux approches actuellement développées par des équipes de l’Institut Curie pour réduire les effets secondaires, voire accroître l’efficacité de la radiothérapie.

 

Les rétinoblastomes

En ce qui concerne les rétinoblastomes, une tumeur de l’œil dont la survie est de 99% dans les pays occidentaux, les recherches se focalisent sur la mise au point de traitement moins délétères comme la photosensibilisation. Les chimistes de l’Institut Curie œuvrent à la mise au point des molécules photosensibles, dites photosensibilisateurs, activables par la lumière visible.

Aujourd’hui, grâce, entre autres, aux découvertes issues de la recherche au cours des 4 dernières décennies, 8 enfants sur 10 guérissent. Le cancer reste toutefois la deuxième cause de mortalité chez les moins de 15 ans, après les accidents. La recherche doit donc se poursuivre pour améliorer le pronostic des cancers pédiatriques, limiter les séquelles et trouver de nouveaux traitements.