Octobre rose 2019 : Le cancer du sein chez les femmes jeunes

Catherine Goupillon
20/09/2019
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Chaque année, près de 3 000 femmes jeunes (âgées de moins de 40 ans) sont touchées par le cancer du sein, ce qui représente près de 5% des cas. Dans le cadre d’Octobre Rose, l’Institut Curie, premier centre européen de prise en charge des cancers du sein et pionnier de l’oncogénétique en France, fait le point sur les enjeux et les spécificités de leur prise en charge.
visuel 2019

Un risque méconnu

Le cancer du sein touche chaque année 58 459 femmes en France. Si l’âge médian au diagnostic est de 63 ans, près de 3 000 femmes diagnostiquées chaque année ont moins de 40 ans.

Même si son incidence est assez faible, le cancer du sein chez la femme jeune est une réalité qui reste assez méconnue du grand public, voire des professionnels de santé. Ainsi, les premiers signes ou une grosseur inhabituelle ne génèrent pas forcément d’inquiétude chez ces jeunes femmes qui, de fait, ne bénéficient pas du dépistage systématique proposé aux femmes de plus de 50 ans en France.

« Si les tumeurs bénignes sont les anomalies mammaires les plus fréquentes chez la femme jeune, le cancer du sein existe aussi avant 40 ans. Il faut donc être vigilant face à toute anomalie survenant au niveau des seins, quel que soit l’âge », souligne le Dr Florence Coussy, gynéco-oncologue à l’Institut Curie. voir la vidéo

En dehors des formes héréditaires identifiées (prédispositions génétiques liées à des mutations des gènes BRCA notamment), les causes hormonales arrivent en tête des facteurs de risque : une première grossesse plus tardive (passée en moyenne de 25 ans à 30 ans ces vingt dernières années), des premières règles plus précoces, ce qui allonge la période d’imprégnation hormonale, donc les risques de cancer du sein.

« De multiples autres facteurs plus ou moins hypothétiques s’additionnent et ne sont pas spécifiques aux femmes jeunes : manque d’activité physique, surpoids, environnement, tabac, alcool… », explique le Pr Jean-Yves Pierga, chef du Département d'oncologie médicale à l’Institut Curie. « Les femmes jeunes, qui consomment davantage d’alcool qu’auparavant n’ont pas forcément conscience qu’il s’agit d’un facteur de risque du cancer du sein », ajoute-t-il.

Vers une personnalisation du dépistage dès 25 ans

Dans le cadre de la modernisation du dépistage organisé du cancer du sein, un parcours de soin et de prévention sera mis en place dès 25 ans afin de mieux informer les femmes. L’idée est de proposer un dépistage, non plus en fonction de l’âge, mais en fonction du risque individuel de développer un cancer du sein (risque familial, facteurs de risques, etc.). Cela permettra de proposer une surveillance adaptée à chacune.

En savoir plus : https://www.gouvernement.fr/argumentaire/cancer-du-sein-un-nouveau-programme-de-depistage-organise

 

Le manque de suivi médical ou la méconnaissance des risques existants peuvent entraîner un retard de diagnostic et de prise en charge. Or, ces retards diminuent à leur tour les chances de survie pour ces femmes, d’autant que les formes agressives, comme les cancers du sein dits triple-négatifs, sont surreprésentées avant 40 ans[1].

Les formes hormono-dépendantes représentent néanmoins la majorité des cancers du sein de la femme jeune et le traitement n’est globalement pas très diffèrent des femmes plus âgées. « Le traitement hormonal peut prendre une forme plus spécifique, le type d’hormonothérapie étant adapté au statut ménopausée ou non de la patiente », ajoute Florence Coussy.

Chimiothérapie et grossesse

Les cancers du sein qui se déclarent pendant la grossesse sont rares. La problématique est double : leur diagnostic est plus tardif (les seins évoluant pendant la grossesse, on ne fait pas toujours le lien avec une tumeur) et les formes agressives sont surreprésentées. Etant plus compliqués à traiter et devant prendre en compte l’intérêt de la mère et de l’enfant à naître, ils nécessitent une expertise dans la prise en charge avec des concertations entre centres spécialisés. Contrairement à une idée reçue, il est possible de faire une chimiothérapie, à partir du 2e trimestre de grossesse.

De manière générale, le cancer du sein est aujourd’hui un cancer de bon pronostic quel que soit l’âge de la personne atteinte. Chez les femmes de moins de 45 ans, la survie est élevée (90% à 5 ans) et quasiment identique à celle des autres femmes (92% à 5 ans entre 45 et 74 ans).

L’importance d’une prise en charge adaptée : le parcours de soin et l’expertise de l’Institut Curie

En 2018, l’Institut Curie a pris en charge 7 287 patientes ayant un cancer du sein dont 540 femmes de moins de 40 ans.

Les femmes touchées par le cancer du sein avant 40 ans représentent un profil particulier, avec des besoins spécifiques et nécessitant une prise en charge adaptée.

Se posent notamment les questions de contraception, de fertilité, de sexualité, en plus de l’impact entraîné par la maladie sur la vie sociale et professionnelle.

La chimiothérapie peut notamment être toxique pour les ovaires et la fonction ovarienne. Il est donc indispensable de discuter avec les jeunes patientes ayant un désir de grossesse futur de la possibilité de préservation de la fertilité.

C’est en ce sens que l’Institut Curie propose des consultations d’onco-fertilité, à Paris et à Saint-Cloud, avec plusieurs médecins dédiés, gynéco-oncologues, le Dr Florence Coussy, le Dr Sophie Frank et le Dr Nasrine Callet.

La sexualité est souvent perturbée, tant pour des raisons physiques que psychologiques. L’atteinte d’un organe fortement symbolique, et du corps dans son ensemble, par les séquelles de la chirurgie (cicatrices, changement de volume, douleurs et troubles de la sensibilité …), de la radiothérapie, de la chimiothérapie (perte de cheveux et de pilosité …) et de l’hormonothérapie (sécheresse vaginale, bouffées de chaleur…) peut être compliquée à surmonter.

« On essaie d’être à l’écoute de cette problématique. Avant, pour schématiser, lorsqu’une patiente abordait ce sujet en consultation d’oncologie, on lui répondait : vous êtes guérie du cancer du sein vous devriez être contente. Aujourd’hui, cette problématique de retour à une vie de couple est de mieux en mieux intégrée. », précise Jean-Yves Pierga.

Le retour à la vie de couple et familiale, au travail, et plus largement à la vie sociale font partie des préoccupations particulières de l’après cancer pour toutes les femmes et des plus jeunes en particulier. C’est pourquoi l’Institut Curie propose aux patientes un soutien psychologique et des groupes de paroles.

Les consultations d’oncogénétique

Un circuit oncogénétique est souvent proposé aux femmes jeunes, en raison d’une surreprésentation des formes héréditaires dans cette tranche d’âge.

« On adresse les femmes à ces consultations en fonction des antécédents familiaux, de l’âge au diagnostic, du type de cancer, mais il y a aussi des indications isolées, par exemple un cancer du sein avant 36 ans même sans antécédent familial ou un cancer du sein triple-négatif avant 51 ans », explique le Dr Sophie Frank qui suit les femmes à très haut risque, porteuses ou non d’une mutation génétique.

La présence d’une mutation génétique peut changer les modalités de la surveillance mammaire. Il y a aussi d’autres risques tumoraux qui peuvent être associés, par exemple dans les mutations BRCA il y a un sur-risque de cancer de l’ovaire. Enfin, l’intérêt est de pouvoir faire des tests de détection précoces pour les autres membres de la famille.

L’Institut Curie s’engage pour faire progresser la recherche et la prise en charge

Lancée en 2018, l’étude FEERIC, menée par l’équipe du Dr Anne-Sophie Hamy-Petit gynéco-oncologue de l’Institut Curie en collaboration avec l’association Seintinelles, s’attèle à recueillir des données sur la contraception, la fertilité et la grossesse auprès de femmes ayant été touchées par un cancer du sein entre 18 et 43 ans. Les données récupérées via une plateforme collaborative sont ensuite traitées dans le but d’élaborer des recommandations à l’attention des professionnels de santé et de garantir une meilleure information préventive et post-traitement aux patientes.

D’autre part, l’Institut Curie a lancé un projet de recherche « Femmes jeunes et cancer du sein » dédié à l’étude du parcours de soin de ces patientes. Dès le mois de novembre 2019, le Dr Florence Coussy mènera des études sur le parcours de soin des jeunes femmes mais aussi leurs parcours personnels et les différents impacts de la maladie et des traitements sur la sexualité, le rapport au partenaire et aux enfants, le retour au travail, la nutrition, l’activité physique etc. afin de déterminer les besoins réels des patientes et d’établir des recommandations en conséquence.

De nombreux programmes de recherche sont également menés sur les cancers du sein triple- négatifs et les formes héréditaires afin de mieux les comprendre et pouvoir à terme proposer de nouvelles stratégies thérapeutiques.

 

Chiffres clés (INCa 2018)

  • Le cancer du sein touche chaque année 58 459 femmes
  • Près de 3 000 femmes diagnostiquées chaque année ont moins de 40 ans (près de 5% des cas)
  • Le cancer du sein est en progression dans la quasi-totalité des tranches d’âges, avec une augmentation moyenne de +0,6 % par an entre 2010 et 2018
  • Le taux de mortalité suit une évolution inverse, avec une diminution de -1,6 % par an entre 2010 et 2018
  • Les cancers du sein dits triple-négatifs sont surreprésentés avant 40 ans (25% des cancers du sein, contre environ 15% dans les autres classes d’âge)
  • Le cancer du sein est un cancer de bon pronostic quel que soit l’âge. Chez les femmes jeunes, avant 45 ans, la survie est élevée (90% à 5 ans) soit quasiment identique à celle des autres femmes (92% à 5 ans entre 45 et 75 ans)

 

[1] Les cancers du sein triple négatifs représentent 25% des cancers chez les femmes de moins de 40 ans contre environ 15% dans les autres classes d’âge. Ils se caractérisent par l’absence de récepteurs aux œstrogènes (RO-) et à la progestérone (RP-), et par le fait qu’ils ne sur expriment pas HER2. Ils sont compliqués à soigner : il n’existe en effet aucune thérapie ciblée connue à ce jour. Cependant des résultats encore préliminaires montrent que certaines formes pourraient répondre à l’immunothérapie.