Traquer les cellules leucémiques jusque dans leur nid

Valérie Devillaine
11/01/2018
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Un médecin, Jacques Vargaftig, et une biologiste, Leïla Perié, mettent en commun leurs compétences au service de la lutte contre des leucémies secondaires dues à certaines chimiothérapies. Leur projet est soutenu dans le cadre d’un PIC3i.
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Les chimiothérapies s'attaquent à la moelle osseuse, où sont fabriqués les globules blancs et rouges. Cela ouvre parfois la voie à l'apparition de leucémies, des cancers du sang. Dans de rares cas heureusement. Mais cela reste un comble d’ironie pour ces traitements anticancéreux et un effet on ne peut plus indésirable pour les patients ! C’est pourquoi Leïla Perié, immunologiste, chef de l’équipe Approches quantitatives en immuno-hematologie (CNRS/UPMC/Institut Curie) et Jacques Vargaftig, médecin hématologue, ont décidé de s’associer pour percer le mystère de ces cancers secondaires. Une démarche conjointe médicale et scientifique, comme les favorise le « modèle Curie », et financée par un PIC3i, Programme incitatif et collaboratif, encourageant ces collaborations innovantes entre médecins et chercheurs de l’Institut Curie.

Ces leucémies sont dues à des clones, des populations d’un type de cellules qui ne remplissent pas leurs fonctions de cellules sanguines mais se multiplient à outrance et supplantent les cellules normales. « On a longtemps cru que la chimiothérapie induisait des mutations dans les cellules souches à l’origine des cellules du sang et créait ainsi ces clones. Aujourd’hui, la littérature scientifique penche pour une autre hypothèse : la chimiothérapie sélectionnerait des cellules déjà anormales, elle favoriserait leur multiplication et leur permettrait de prendre le dessus sur les cellules normales », explique Leïla Perié. Pour mettre à l’épreuve de l’expérience cette deuxième option, le duo utilisera un modèle animal mis au point par Leïla Perié : une souris dite « code-barres » dont les cellules peuvent être identifiées par des séquences d’ADN spécifiques, à la manière des code-barres. « On peut ainsi retracer l’histoire phylogénique de ces cellules : remonter des cellules leucémiques à la cellule-souche qui leur a donné naissance, », commente Jacques Vargaftig. Ils confronteront ensuite ces résultats de laboratoire avec les observations cliniques et tenteront d’en déduire des stratégies de lutte contre ces leucémies. « Le but est de comprendre comment opère cette sélection pour l’éviter », ambitionnent-ils.