Partager Partager sur facebook Partager sur twitter Partager sur google+
-A +A

imprimer la page

Disparition d’Ethel Moustacchi, directrice de recherche émérite au CNRS

Ethel Moustacchi, éminente génotoxicologue, est décédée mardi 13 décembre à l’âge de 83 ans. Elle a réalisé l’essentiel de sa carrière à l’Institut Curie. De 1966 à 1985 elle a dirigé, sur le site d’Orsay, le Laboratoire de radiobiologie de l’Institut du Radium, devenu Institut Curie en 1978. En 1985, elle a succédé à Raymond Latarjet et a assuré la direction du laboratoire à l’Institut Curie, sur le site de Paris, jusqu’à sa retraite en 1998.

Disparition d’Ethel Moustacchi, directrice de recherche émérite au CNRS

"C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de notre collègue, Ethel Moustacchi, une éminente scientifique, passionnée de génétique, souligne Geneviève Almouzni, directeur du Centre de Recherche. A l’Institut Curie, elle avait su impulser une dynamique forte dans le domaine de la biologie des radiations. Plus largement en France, en Europe et de par le monde, elle avait su entraîner une école de chercheurs et de médecins dans son sillage. (…) Emérite depuis 1998, elle était restée très active parmi nous, son intervention en 2016 au Journées scientifiques et Médicales en témoigne. Elle laisse son empreinte parmi nous et nous rendons hommage à une grande dame."

Le Pr Dominique Stoppa-Lyonnet, aujourd’hui chef du service de génétique de l'Institut Curie, se souvient de sa première rencontre avec Ethel Moustacchi : « C’est une femme bienveillante et encourageant les plus jeunes que nous avons perdue. Ethel Moustacchi m’a manifesté beaucoup de bienveillance lors de mon arrivée à dans la "section hospitalière". (…) Elle incarnait cet attachement à l’Institut Curie qui tombait sur les épaules des nouveaux arrivés. Sa disparition est un fragment de l’Institut Curie qui se détache et un souvenir qui s’ajoute à sa mémoire. »

Arrivée en France en 1951, Ethel Moustacchi a entrepris des études de chimie et de biologie à la Faculté des Sciences de Paris et à l'École Supérieure de Chimie de Paris. Elle réalise un stage à l'Institut du Radium en 1954. Recrutée au CNRS en 1959, elle réalise une thèse sous la direction de Raymond Latarjet sur « les facteurs de radiorésistance de la levure ». Après détour par Seattle, Ethel Moustacchi prend, en 1966, la direction du laboratoire de radiobiologie, sur le campus de la faculté des sciences d'Orsay, antenne locale de l'Institut du Radium (devenu Institut Curie en 1978), et consacre ses travaux à l'étude des lésions de l'ADN générées par des stress génotoxiques et des mécanismes permettant leur réparation, sur le système modèle de levure.

Prix Inserm et Légion d'honneur

En 1985, elle revient sur le site de Paris de l'Institut Curie et prend la succession de Raymond Latarjet à la direction du laboratoire, jusqu’à sa retraite en 1998. Elle s'intéresse aux mécanismes de mutagenèse et de réparation de l'ADN dans les cellules humaines, notamment dans des modèles de cancers chimio- et radio-induits. Ses travaux lui ont permis de faire des découvertes majeures sur les facteurs génotoxicologiques qui prédisposent au cancer dans les cellules humaines. Ainsi, elle a alerté sur les effets génotoxiques délétères des psoralènes, ce qui a permis de réduire fortement leur usage en dermatologie, notamment dans les crèmes à bronzer, et a également attiré l’attention sur les risques liés à l’usage des rayons UVA dans les cabines UV.

Elle a également travaillé pendant plus de dix ans sur l’anémie de Fanconi, maladie génétique rare affectant la moelle osseuse et prédisposant au développement de leucémies aigües myéloïdes et de tumeurs solides de la tête et du cou, permettant des avancées majeures sur les mécanismes impliqués dans cette pathologie.

En 1995, elle devient conseillère scientifique pour la biologie au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Elle milite alors pour le développement de la recherche sur les effets sanitaires des faibles doses de rayonnements ionisants sur les travailleurs du nucléaire et les professionnels de santé.

Directrice de recherche de classe exceptionnelle, elle prend sa retraite en 1998 mais reste très active et disponible pour tout conseil.  Auteure de plus de 200 publications, elle est nommée chevalier de la Légion d'Honneur en 2000 et reçoit en 2011 le Prix d'honneur de l'Inserm pour l'ensemble de ses travaux ainsi que la médaille Pierre et Marie Curie de la société internationale de radiobiologie de langue française.

Mathilde Regnault
16/12/2016