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L’hypnose chirurgicale en cancérologie pour éviter les anesthésies générales

A l'occasion du congrès international "Hypnose et thérapies brèves"' qui se tient au Palais des Congrès jusqu'au 29 août, retour sur une thérapie pour laquelle l'Institut Curie se pose en précurseur. Plus de 100 interventions de chirurgie du cancer du sein ont ainsi déjà été pratiquées sous hypno-sédation. Une alternative à l’anesthésie générale, qui rencontre une adhésion de plus en plus forte chez les médecins et les patients, pour le confort et le faible retentissement qu’elle représente.

L’hypnose chirurgicale en cancérologie pour éviter les anesthésies générales

L’hypno-sédation en chirurgie combine l’induction d’un état d’hypnose chez le patient, à l’administration d’une sédation antalgique (un calmant) et l’injection d’un anesthésique local sur la zone à opérer.

A l’Institut Curie, des tumorectomies du sein, des prélèvements de ganglions sentinelles et des curages axillaires, ainsi que des mastectomies – soit au total plus de 70 interventions – ont déjà été pratiquées sous hypno-sédation. L’hypnose est réalisée au bloc opératoire par un médecin ou une infirmière anesthésistes formés.

Une étude menée sur 47 patients par le Dr Aurore Marcou et le Dr Alain Livartowski a permis de montrer que la satisfaction des patientes envers l’hypno-sédation était excellente, avec une note de 9,2 /10. 100% d’entre elles étaient prêtes à une nouvelle intervention sous hypno-sédation(1).

L’expérience du Dr Aurore Marcou, médecin anesthésiste et hypnothérapeute à l’Institut Curie

"Pour induire l’hypnose, j’aide la patiente à se centrer sur elle-même et à se détacher de tout ce qui se passe autour d’elle. Je l’invite, sur un mode actif, à entrer dans un état de conscience naturel, entre le rêve et l’éveil. Quand la patiente se trouve dans son monde imaginaire, nous parlons ensemble au présent. Nous vivons chaque moment comme si nous y étions. Tout l’art de l’hypnose consiste à accompagner de manière personnalisée la patiente dans son champ des possibles et à la laisser aller là où elle veut, faire ce qu’elle a envie de faire. Je reste donc ouverte dans mes suggestions. En fin d’intervention, j’inverse doucement l’état d’hypnose et j’aide la patiente à reprendre confortablement contact avec la réalité, tout en lui faisant des suggestions pour le post-opératoire, sur la cicatrisation, l’énergie ou l’appétit."

Qui peut bénéficier de l’hypnose médicale ?

Cette méthode est particulièrement adaptée pour les patients fragiles, très âgés ou présentant des comorbidités importantes qu’une anesthésie générale pourrait déstabiliser. Elle permet également d’éviter les désagréments du réveil tels que les nausées et les vomissements liés à l’anesthésie générale. "L’hypnosédation est une excellente alternative à l’anesthésie générale pour certaines patientes, leur permettant une meilleure récupération post-opératoire", précise le Dr Séverine Alran, chirurgienne à l’Institut Curie.

Nadia, 46 ans, Opérée d’un sein sous hypno-sédation

"J’ai peur de l’anesthésie générale et un mauvais souvenir de la dernière qui m’avait beaucoup fatiguée. Quand on m’a proposé l’hypno-sédation pour une intervention réparatrice au sein, j’ai accepté. J’ai rencontré l’hypno-thérapeute, avec qui j’ai eu un bon contact. Au bloc, après quelques questions, elle m’a proposé de me projeter en Martinique, une île que j’aime par-dessus tout, pour m’évader. Elle m’a dit de me détacher de mon corps, elle me parlait de la mer, des paysages, de la plage de Sainte-Anne. J’y arrivais en voiture, c’était vraiment ça ! J’avais les yeux ouverts sous le drap, j’entendais le médecin et les infirmières. Je sentais que l’on travaillait sur ma peau mais pas de douleur. Deux heures après, j’étais chez moi. Je suis pourtant douillette et je craignais de ne pas réussir à entrer en hypnose. C’est une expérience à vivre !"

Marie-Claudine, 68 ans, opérée pour une double mastectomie

"Quand l’hypno-thérapeute de l’Institut Curie m’a proposé de réaliser ma double mastectomie sous hypno-sédation, je m’en suis d’abord sentie incapable. Puis l’idée a fait son chemin et, par curiosité mais aussi par expérience des effets rassérénants de la méditation que je pratique, j’ai tenté l’aventure. J’étais rassurée par le fait que l’hypno-thérapeute était anesthésiste et qu’il était toujours possible de basculer vers une anesthésie générale. En me parlant, elle a su induire chez moi des images agréables de montagne, selon mes préférences. J’étais pleinement consciente, présente, détendue et j’ai eu envie de parler moi aussi, avec elle comme avec la chirurgienne. J’avais même l’impression de participer à l’événement. Dès la fin de l’opération, je me sentais prête à bouger et très peu fatiguée."

 

En savoir plus

Le site du congrès d'hypnose, au Palais des Congrès de Paris juqu'au 29 août 2015

(1) Marcou A, Livartowski, A. Evaluation de la performance de l’hypnosédation en chirurgie ambulatoire. Congrès ENCC 2011.

Lire le communiqué de presse

L’hypnose pour lutter contre les douleurs du cancer / Interview du Dr Aurore Marcou

Lire l'article de 20 minutes sur le sujet

Texte : Céline Giustranti

Crédit photo : Alexandre Lescure / Institut Curie et Pedro Lombardi / Institut Curie

Mathilde Regnault
03/02/2015