Comprendre les essais cliniques précoces : tester les médicaments de demain

Anne Coppola
24/06/2019
Partager
Les premières étapes de la recherche clinique sont indispensables pour tester l’efficacité de nouvelles stratégies thérapeutiques ainsi que leur tolérance. Ces dernières années en France, le nombre d’essais précoces s’est multiplié, au profit d’un plus grand nombre de patients qui y participent.
Patient essais précoces

Avant de proposer aux patients un nouveau médicament ou une nouvelle technique de traitement, il faut en démontrer l’efficacité et la tolérance. Cela repose sur la participation volontaire de personnes à un essai clinique comparant un nouveau traitement ou un traitement optimisé par rapport à un traitement existant ou un placebo. Plusieurs essais d’envergure sont actuellement coordonnés à l’Institut Curie. Ils couvrent des champs allant de l’immunothérapie (PEVO data) aux thérapies ciblées (SHIVA02) ou encore aux innovations en radiothérapie.

Un essai clinique précoce, pour quoi faire ? Les essais cliniques précoces (phases I) représentent les phases initiales de développement des médicaments, avant leur commercialisation. Les patients peuvent ainsi accéder à des médicaments innovants et prometteurs mais ne disposant pas encore d’autorisation de mise sur le marché et encore jamais testés par d’autres patients. Ce sont des cartouches supplémentaires dans leur parcours de soin. Ces essais facilitent par ailleurs le développement de nouveaux traitements en cancérologie.

Comment est-il mis en place ? Laboratoires, institutions de recherche privée ou publique, sociétés de biotechnologies… Les promoteurs mettent en place des protocoles précis pour des médicaments prometteurs mais ne disposant pas encore d’autorisation de mise sur le marché. Cela implique une surveillance rapprochée des patients, dont l’état général ne doit pas être dégradé.

Quels traitements sont proposés ? Ces essais s’inscrivent dans un contexte où la médecine de précision a permis un véritable changement de paradigme dans l’approche thérapeutique : les traitements ne dépendent plus seulement de la localisation de la tumeur et de son type histologique, mais aussi de son profil moléculaire. L’analyse du portrait moléculaire de la tumeur permet dans certains cas d’orienter des patients atteints de cancers avancés et réfractaires aux traitements classiques vers des thérapies ciblées et / ou immunothérapies.

Pour quels types de cancers ? Des patients atteints de tous types de cancers sont traités au sein du D3i, le département dédié aux essais précoces à l’Institut Curie, y compris cancers du sein, cancers ORL, cancers gynécologiques, digestifs, thoraciques et urologiques.

A quel moment un patient peut-il en bénéficier ? La participation à un essai clinique précoce peut intervenir à n’importe quel moment dans la prise en charge du cancer d’un patient. Mais les critères d’inclusion étant très stricts, tous les patients ne peuvent pas en bénéficier.

En quoi les essais précoces diffèrent-ils des autres essais cliniques ? La surveillance médicale (examens cliniques, biologiques, et d’imagerie) est plus intense que pour des essais plus tardifs. Cette surveillance rapprochée est d’une certaine façon contraignante pour les patients mais elle vise à garantir leur sécurité. En raison d’un protocole strict, les patients doivent réaliser de nombreux examens (imagerie) et prélèvements (sanguins et/ou de tumeurs) à des moments très précis de manière à mieux comprendre comment l’organisme assimile le nouveau médicament, mais aussi à vérifier que le traitement produit bien l’effet biologique attendu.

Les principales thématiques des essais précoces à l’Institut Curie :

  • Essais de nouveaux médicaments de mécanismes d’action variés dont immunothérapie, thérapies ciblées, médicaments agissants sur l’épigénétique, nanoparticules, etc.
  • Essais d’associations de nouveaux médicaments entre eux ou en association avec la radiothérapie
  • Essais de médecine de précision dans lesquels un médicament est sur la base d’une altération moléculaire identifiée. Ces médicaments peuvent être des thérapies ciblées ou une immunothérapie.

Essai de phase I ou essai précoce  

Il permet de s’assurer de la sécurité d’emploi et de la faisabilité d’une nouvelle molécule (ou association avec une autre thérapie) et de déterminer la dose optimale en le testant chez quelques dizaines de personnes malades, souvent en rechute dans le cas de cancer. Essai de phase II : Il s’intéresse plus particulièrement à l’efficacité d’une nouvelle approche thérapeutique, chez une, voire plusieurs centaines de patients. Parfois, les étapes I et II sont combinées en une seule, et l’on parle alors d’essai clinique de phase I-II. Essais de phase III : Ils sont menés sur de larges populations de patients, et permettent de comparer l’efficacité thérapeutique de la molécule au traitement de référence ou à un placebo. Ils sont souvent multi-centriques. Ni le patient, ni l’équipe médicale ne savent quel traitement reçoit chacun des malades (essai en double aveugle). Si la molécule testée obtient des résultats favorables, elle fait l’objet d’une demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM).

Essais précoces 1
Essais précoces 2
Essais précoces 3
Essais précoces 4
Essais précoces 5