Portrait - Sandrine Caputo, chercheuse en oncogénétique

Alizée Lacroix
28/08/2018
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Sandrine est chercheuse en oncogénétique à l'Institut Curie : elle passe au peigne fin BRCA1, BRCA2 et PALB2 pour y déceler les anomalies pouvant expliciter les – nombreuses – zones d’ombre autour des prédispositions aux cancers du sein.
Sandrine Caputo

Après un doctorat en biophysique, Sandrine Caputo rejoint en 2009 Le centre René Huguenin puis l’Institut Curie pour gérer la base de données française BRCAshare créée par le Groupe Génétique et Cancer d’UNICANCER, à l’initiative de Rosette Lidereau. Ouverte à toute la communauté scientifique, cette base regroupe de précieuses informations anonymisées : l’ensemble des mutations et variants de signification inconnue des gènes BRCA1 et 2 (et depuis 2015 de PALB2) collectées par les spécialistes des laboratoires de diagnostic du groupe Génétique et Cancer depuis de nombreuses années (1995) et le parcours clinique des patientes. « Le séquençage étant devenu de plus de plus simple, la principale et la plus grande difficulté réside aujourd’hui dans l’interprétation des données » explique la chercheuse qui débusque les variants de signification inconnue dans cette base et tente de leur trouver un sens clinique. Les variants, ce sont ces petits écarts avec la séquence de référence des gènes BRCA1 et BCRA2, mais aussi PALB2, auquel il est impossible à ce jour d’attribuer une signification et surtout un sens clinique. Bien que retrouvés dans 10% des analyses génétiques, ils sont inutilisables pour le conseil génétique et ne permettent pas d’identifier des sujets à risque. « Ils existent des milliers de ces variants, note la chercheuse.

Je pourrais passer toute ma carrière – et même plus - à les analyser. Heureusement elle n’est pas seule pour mener cette tâche, elle et les membres de son équipe collaborent avec le groupe génétique et cancer d’Unicancer et des équipes à travers le monde. C’est indispensable pour mener à bien ses recherches qu’elle aime – fort à propos - comparer à des enquêtes policières, chaque variant est une nouvelle énigme : en effet il faut voir un peu de nez et surtout accès à beaucoup de données pour faire du tri parmi tous ces variants potentiellement suspects.

Après avoir creusé dans les banques de données compilant des informations sur des milliers de personne, étudier la littérature scientifique, les échanges avec d’autres spécialistes sont les bienvenues pour y voir plus clair, c’est ce qu’elle appelle « l’approche combinatoire », cumuler le maximum de preuves pour essayer d’élucider l’énigme des variants. Alors dans 10 ans, elle espère que certains variants auront enfin trouvé une signification et pour les autres, elle compte sur l’essor du métier de « variant scientist » pour accélérer les investigations.