Récit sur mon cancer du sein

Sabine D'Andrea
17/12/2020
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Aline, a appris son cancer du sein alors qu’elle venait d’accoucher de son troisième enfant. Pour curie.fr, elle revient sur son parcours de patiente, les premiers diagnostics et son traitement mais également sur la façon dont elle s’est mobilisée elle-même pour lutter contre sa maladie.
Témoignage Aline

Le témoignage d'Aline

"Tout juste une troisième fois maman (ma fille avait à peine cinq mois), je prends rendez-vous en mars 2020, chez une gynécologue afin de réaliser un examen dans le cadre de la pose à venir d’un stérilet.

Même s’il règne tout début mars, une atmosphère particulière en lien avec l’arrivée de la Covid-19 et le confinement, j’y vais la fleur au fusil.

Après un contrôle par palpation de mes seins, la gynécologue me demande si je n’ai pas senti une boule dans mon sein droit. Je lui réponds par la positive mais que je ne suis pas inquiète car j’ai déjà eu des kystes dans les seins, je viens d’accoucher et il n’y a pas d’antécédents de cancer du sein dans ma famille.

Toutefois, mon inquiétude grandit quand je lui demande si cet examen peut attendre quelques semaines et qu’elle me répond qu’il est préférable de prendre rendez-vous pour une mammographie dans les plus brefs délais, POUR VÉRIFIER.

J’obtiens un rendez-vous trois jours après et là, tout s’enchaîne.

Certes, la boule était un kyste bénin, en revanche, des micro-calcifications sont détectées à la mammographie. On me fait patienter puis revenir pour d’autres clichés. Et là, je vois les visages de mes interlocuteurs se crisper. Je suis invitée à passer dans la salle d’à côté pour une échographie.

Le radiologue me prescrit une ponction de cette micro-calcification dans la semaine qui suit et me dit qu’il y a de fortes chances que l’analyse aboutisse à un diagnostic de cancer du sein. C’est le vendredi 13 mars 2020.

Je suis sonnée. Je me fais faire la ponction quelques jours plus tard et là, l’attente me semble interminable…

Jusqu’à l’appel de ma gynécologue, je me dis que ce n’est pas possible. JE NE ME SENS PAS CONCERNÉE par cette maladie, elle n’a jamais touché mon entourage ;

La terrible nouvelle tombe et je me souviens répondre à ma gynécologue : « Non, ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible ». Et pourtant, je me souviendrai toute ma vie, elle ajoute : « C’est pas bon, madame, pas bon du tout même. »

Quelques jours après, sur ses conseils et ceux de mon médecin traitant ainsi que de l’une de mes amies médecin, je prends rendez-vous à l’Institut Curie et je rencontre rapidement le chirurgien qui m’explique le protocole que je vais certainement suivre (car il faut attendre les résultats d’analyses de la tumeur pour être certain). En tous les cas, au vu de résultats de la biopsie, je vais vraisemblablement avoir tout le dispositif : chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie.

Mais finalement, je vais de déconvenue en déconvenue. On me découvre une deuxième petite tumeur au moment de ma préparation à l’intervention chirurgicale, puis on me dit que les résultats d’analyses de ce qui m’a été retiré ne sont pas très bons : il faudra qu’on me retire le sein, afin de ne pas prendre le risque de faire une troisième intervention et de manière à ne pas trop dénaturer mon sein, déjà petit.

C’est encore le coup de massue !

Le type de cancer dont je suis atteinte est agressif, il faut déployer l’artillerie lourde ! J’aurai donc une double chirurgie avec finalement l’ablation de mon sein droit avec reconstruction par prothèse dans la foulée, de la chimio, de la radio et de l’herceptin (jusqu’en juillet 2021) pour lutter contre cette fameuse protéine HER2 qui se révèle positive chez moi.

Cette bagarre va donc être longue (il me reste encore à ce jour 22 séances de radiothérapie).

Après un temps d’intégration et de digestion de quelques jours, je sais que SI JE VEUX VIVRE, JE N’AI PAS LE CHOIX.

Et je veux vivre car :

  • J’ai un bébé que je viens quasiment de mettre au monde et qui a besoin de sa maman pour bien se construire.
  • J’ai deux autres filles (de neuf et huit ans) qui n’ont plus que moi et qui se retrouveraient seules, orphelines.
  • Je veux les vois grandir.
  • Je veux pouvoir encore rire et partager longtemps avec ceux que j’aime.

Je décide donc de suivre scrupuleusement le protocole que l’équipe médicale a décidé pour moi et je sollicite toutes les ressources annexes que je peux avoir afin de m’accompagner dans cette rude épreuve : thérapeute, homéopathe, guérisseur (que je connais déjà bien sûr).

Une fois décidée à affronter cette bataille, je deviens ACTRICE de ma guérison.

A chaque séance de chimiothérapie, je visualise le liquide qui m’est injecté comme un liquide lumineux qui va me guérir.

Je sais bien que ce que j’écris pourra sembler étonnant ou surréaliste mais c’est ma vision bien particulière des choses.

Je n’oublie jamais que j’ai fait le choix d’accepter le protocole et qu’en cela, j’ai accepté également les effets secondaires, s’il doit y en avoir.

Je ne me pose jamais en victime. Je ne subis pas le protocole mais l’accompagne pour qu’il se passe le mieux possible.

Et il se trouve que grâce à cette force que cette vision des choses m’a donnée :

  • Je n’ai pas souffert après ma première chirurgie et ai pu porter mon bébé dès mon retour de l’hôpital, le soir même (retrait de 4 ganglions et double tumorectomie).
  • Je n’ai pas souffert après mon ablation de mon sein.
  • J’ai eu très peu d’effets secondaires après mes séances de chimiothérapie, si ce n’est une fatigue intense en fin de parcours.

Mais ce qui a été, sans aucun doute, le plus difficile, c’est la perte des cheveux, des cils et sourcils !

Concernant la perte des cheveux, je me suis fait raser le crâne quand ils ont sérieusement commencé à tomber et j’ai beaucoup associé mes filles à cette étape. Je leur ai demandé ce qu’elles aimeraient faire avec mes cheveux. Elles ont eu beaucoup d’imagination mais j’avoue que ce qui m’a fait le plus rire est une lunette de toilette où elles voulaient coller mes longs cheveux, pour que ce soit tout doux quand elles s’assoiraient dessus.

Concernant la perte des cils et sourcils, c’est ce qui renvoie le plus à la maladie et au fait qu’on est gravement malade… Donc c’est dur, très dur. Il faut apprendre à se maquiller en conséquence, pour rester la plus féminine possible mais c’est difficile d’y parvenir.

J’aimerais également rajouter que concernant la chirurgie réparatrice qui se fait dans la foulée de l’ablation du sein, il faut se préparer car si l’opération est d’un point vue chirurgical très réussie, il n’en demeure pas moins que le sein ne sera jamais identique à l’autre et que la dissymétrie sera importante.

Il est donc important de mon point de vue, d’essayer de faire le plus rapidement possible le deuil de sa précédente poitrine pour se projeter vers une nouvelle bien plus régulière, mais artificielle.

Pour finir, je remercie avec le cœur : le corps médical, ma famille, mes filles (la prunelle de mes yeux), mes amies (plus particulièrement Edwige et Frederique) et mes thérapeute et guérisseur (Rosita et Michel) qui m’ont permis de guérir et de rester sur cette terre, encore pour très longtemps j’espère."

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