Le D3i et la Direction des data lancent le projet de médecine personnalisée PEVOdata

Anne Coppola
24/06/2019
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L’équipe de Christophe Le Tourneau a remporté l’appel à projet européen EraPermed. Le projet sélectionné, PEVOdata, sera mené en lien avec l’équipe de Xosé Fernández avec cinq autres équipes européennes. Il portera sur un essai clinique basket étudiant l’association de l’immunothérapie avec un inhibiteur de HDAC dans les carcinomes épidermoïdes en récidive.
PEVOdata

Nouveau challenge pour l’équipe du Pr Christophe Le Tourneau. En effet, il coordonnera le projet européen PEVOdata dans le but d’identifier de nouvelles voies thérapeutiques contre les carcinomes épidermoïdes de multiples localisations en rechute. A l’Institut Curie, c’est en tandem que le projet PEVO sera mené : d’un côté l’équipe de Christophe Le Tourneau et Maud Kamal, pour le Département D3i ; de l’autre, celle des data, avec Xosé Fernández et Julien Guérin.

« En situation de récidive, les options thérapeutiques sont limitées pour les patients atteints de cancer, explique le Pr Le Tourneau. Chez les patients atteints de carcinomes épidermoïdes en récidive, l’immunothérapie a retrouvé un taux de réponse d’environ 20% avec environ 10% des patients, qui répondent pendant très longtemps, et ce quelle que soit la localisation de la tumeur initiale. Nous souhaitons augmenter ce taux de patients qui répondent pendant très longtemps en associant à l’immunothérapie un médicament agissant sur l’épigénétique. »

Ce qui fait l’intérêt du projet PEVOdata, c’est qu’il associera d’un côté l’épigénétique et l’immunologie et de l’autre, les data. Cette double approche médecine innovante / data est aujourd’hui cruciale pour appréhender de nouvelles stratégies thérapeutiques et comprendre les mécanismes de résistance des médicaments. Ce programme de recherche européen, coordonné par l’Institut Curie, repose sur l’association du vorinostat, un médicament utilisé dans les lymphomes cutanés (inhibiteur de HDAC) et d’une immunothérapie largement utilisée (le pembrolizumab), chez des patients touchés par un carcinome épidermoïde en récidive dans plusieurs localisations (sphère ORL, poumon, col de l’utérus, vulve, pénis, canal anal).  Via l’essai (PEVOSQ) promu par Unicancer et qui vise à évaluer l’efficacité de l’association ainsi qu’à explorer les modifications des biomarqueurs immunitaires et épigénétiques, l’intégration des données moléculaires et cliniques en temps réel servira à élaborer des normes à long terme ainsi que d'autres stratégies de collecte et de gestion des données. Ce projet permettra également le développement d’un module pour faciliter l’inclusion des patients dans les essais cliniques appropriés.

Le projet, financé à hauteur de 1,6 million d’euros, sera mené sur 3 ans. Coordonné par l’Institut Curie en France, il fédère plusieurs équipes européennes : Unicancer en France, Integrated BioBank of Luxembourg (IBBL) au Luxembourg, l’Université de Leipzig en Allemagne avec The Interdisciplinary Centre for Bioinformatics (IZBI), lstituto Europeo di Oncologia en Italie et l’Oncompass en Hongrie.

Le carcinome épidermoïde est un type histologique fréquent de cancer. Il peut se développer dans de multiples parties du corps (sphère ORL, poumon, pénis, vulve, canal anal, col de l’utérus, etc.).

Médecine de précision : à quoi servent les essais basket ?

Habituellement on étudie les cancers selon leur localisation dans le corps. Grâce à la cartographie du génome, ils peuvent être catégorisés selon leurs mutations. L’intérêt c’est que certains types de cancers partagent les mêmes mutations génétiques, donc qu’ils ont des gènes en commun.

Au contraire des essais cliniques classiques où l’on teste un médicament pour un type de cancer, les essais basket visent à tester de nouveaux traitements ciblant une ou plusieurs mêmes mutations, partagée(s) dans différents types de cancers. Ici, il s’agira de donner un même traitement à différentes cohortes de patients touchés par des carcinomes épidermoïdes de multiples localisations (sphère ORL, poumon, col de l’utérus, vulve, pénis, canal anal) à un stade avancé. Et pour cause : ces tumeurs présentent des altérations moléculaires similaires qui justifient des stratégies thérapeutiques communes.

Cela ouvre de nouvelles perspectives thérapeutique qui vont au-delà des traitements classiques. Potentiellement, grâce à ces essais, on peut découvrir des traitements capables de traiter une plus large gamme de patients.

En savoir plus

Le carcinome épidermoïde cutané est la deuxième forme de cancer de la peau la plus répandue. Il se développe à partir des cellules de l’épiderme et peut avoir pour origine diverses parties du corps (ORL, poumon, pénis, vulve). 80% des cancers ORL sont des carcinomes épidermoïdes cutanés.

Le pembrolizumab, dont l’AMM a été obtenue récemment (2018) est le premier médicament de l’histoire de l’oncologie à avoir montré son efficacité pour une même altération moléculaire présente dans plusieurs types de tumeurs (mélanome, cancer bronchique, carcinome).

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