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Décès de Pierre Joliot : « une certaine éthique est possible au sein de la compétition internationale… »

14/10/2026

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Décès de Pierre Joliot : « une certaine éthique est possible au sein de la compétition internationale… »

Chercheur de renom, récompensé par de multiples distinctions en France et dans le monde, le fils d’Irène et de Frédéric Joliot-Curie et petit-fils de Marie et de Pierre Curie a marqué l’histoire de l’Institut Curie, auquel il était intimement lié. Il est décédé à Paris le 10 octobre 2026. L’Institut Curie et l’ensemble de ses collaborateurs adressent ses sincères condoléances à toute sa famille.

Né le 12 mars 1932 dans la capitale, Pierre Joliot, à l’instar de ses grands-parents, de ses parents et de sa sœur Hélène, a fait très tôt le choix d’une carrière scientifique. Alors qu’une tradition familiale aurait pu le mener vers la recherche nucléaire, il a donné sa préférence à la biologie, et a rejoint en 1953 le laboratoire de René Wurmser à l’Institut de biologie physico-chimique (IPBC) à Paris. Pierre Joliot est souvent revenu sur les raisons de cette orientation : à l’heure où la physique nucléaire avait pris une envergure considérable, celle d’une « Big Science » mobilisant des équipes toujours plus vastes autour d’instruments toujours plus imposants, la biologie offrait à l’inverse l’opportunité de conduire des expériences stimulantes de taille humaine, « sur un coin de table ».

Pierre Joliot aimait aussi rappeler qu’il avait peu à peu « occupé à l’IBPC toutes les places possibles, depuis celle de stagiaire non rémunéré jusqu’à celle de directeur ». Mais il a surtout très vite marqué cette institution, voisine de l’Institut du Radium, avec ses travaux remarquables sur la photosynthèse – un phénomène encore méconnu lorsqu’il a débuté ses recherches, et sans lequel pourtant la vie telle que nous la connaissons sur Terre serait inconcevable ! Après avoir établi pendant sa thèse les liens entre la photosynthèse et les propriétés de la lumière qui l’active, Pierre Joliot a apporté une contribution déterminante au modèle dit « Kok-Joliot ». Il a confié a posteriori, avec humour, que sa « principale contribution était d’avoir montré que les plantes comptent jusqu’à 4 ! En d’autres termes, qu’il faut que quatre électrons soient successivement arrachés de la molécule d’eau par les photons pour qu’une molécule d’oxygène soit émise », avant de préciser : « J’ai fait les expériences décisives et mon collègue, ami et rival, Bessel Kok en a apporté l’interprétation correcte. C’est bien la preuve qu’une certaine éthique est possible au sein de la compétition internationale… »
Cette découverte et l’ensemble des travaux qui l’ont prolongée ont valu à Pierre Joliot la reconnaissance de la communauté scientifique. Devenu directeur de recherche au CNRS en 1974, il a été élu à la National Academy of Sciences des États-Unis en 1979, puis à l’Académie des sciences à Paris en 1981. Une chaire de « bioénergétique cellulaire » lui a été confiée la même année au Collège de France, qu’il a occupée jusqu’en 2001, et il a obtenu parmi bien d’autres distinctions la prestigieuse médaille d’or du CNRS en 1982. Pierre Joliot a ensuite exercé des responsabilités dans de nombreuses institutions, dont le CNRS, l’École normale supérieure et, bien sûr, l’IBPC qu’il a dirigé de 1994 à 1997. Pour autant, il ne s’est jamais éloigné de la paillasse, à une exception près : « Je n’ai cessé d’expérimenter qu’entre 1985 et 1986, lorsque j’étais conseiller scientifique du Premier ministre. Et je veillais cependant à venir déjeuner le plus souvent possible à l’IBPC, pour me ressourcer au contact des chercheur ». 
Cette respiration, Pierre Joliot l’a aussi très longtemps trouvée à l’Institut Curie, avec qui il entretenait de solides liens familiaux, bien sûr, mais aussi scientifiques et stratégiques.  Pendant plus de 50 ans, de 1967 à 2018, Pierre Joliot a ainsi siégé au sein du conseil d’administration de la Fondation puis de l’Institut Curie. C’est dire à quel point notre établissement a été durablement marqué par son engagement, son expertise et ses recommandations. 

« Au-delà de l'œuvre scientifique qu'il laisse, nous garderons le souvenir d'un homme d'une grande simplicité, profondément attaché à la rigueur, à la liberté de pensée et au sens du collectif. Pendant plus d'un demi-siècle, Pierre Joliot a accompagné la vie de l'Institut Curie avec discernement et bienveillance. Son regard, son exigence intellectuelle, son engagement constant en faveur de la recherche et son humanité continueront longtemps d'inspirer notre institution, » a partagé le Pr Alain Puisieux, président du Directoire de l’Institut Curie.

L’ensemble des collaborateurs de l’Institut Curie s’associent pour exprimer leur plus profonde sympathie à ses proches, à commencer par sa femme Anne Joliot, qui a partagé sa vie et ses recherches durant de très longues années, ainsi qu’à leurs fils Marc Joliot, directeur de recherche au CEA, président du comité d’éthique et membre du conseil de surveillance de l’Institut Curie, et Alain Joliot, directeur de recherche au CNRS, membre de l’unité Immunité et Cancer (CNRS U 932) à l’Institut Curie.

(Certains des propos de Pierre Joliot sont extraits de son témoignage dans « L’IBPC par ceux qui l’ont fait », Paris, Anabole, 2010, p. 76-77).

 

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