Prévention

HPV : des milliers de cancers évitables chaque année, l'Institut Curie appelle à un sursaut de prévention

04/03/2026

Partager cet article :

À l'occasion de la Journée mondiale de sensibilisation aux HPV, l'Institut Curie réaffirme son engagement face à un enjeu majeur de santé publique : informer, vacciner, dépister et mieux prendre en charge les malades touchés par les cancers causés par les papillomavirus. Alors que 40 % des cancers sont évitables, une majorité des cancers associés aux HPV pourrait l'être grâce à une couverture vaccinale optimale. Chaque année, les HPV sont responsables en France de plus de 7 000 nouveaux cas de cancers, du col de l'utérus, de la vulve, du vagin, ainsi que des cancers ORL et anogénitaux. Les femmes sont les premières victimes mais les hommes sont également concernés, ce qui impose une démarche de prévention mixte, à destination des filles et des garçons.

« Les infections par HPV représentent une urgence sanitaire encore trop sous-estimée, alerte le Pr Alain Puisieux, président du Directoire de l'Institut Curie. À l'échelle mondiale, le cancer du col de l'utérus est le quatrième cancer le plus fréquent chez la femme, et constitue la première cause de mortalité par cancer chez la femme dans de nombreux pays d'Afrique et d'Amérique du Sud. Attribuable dans la quasi-totalité des cas à une infection à HPV, le cancer du col de l'utérus pourrait pourtant être évité grâce à la vaccination. C'est d'ailleurs le cas en Australie qui va réussir à totalement éradiquer ce cancer grâce au vaccin. Cependant la France est très en retard sur ce plan : en 2024, 45 % des filles et 25 % des garçons de 15 ans étaient vaccinés, loin des niveaux de nos voisins européens comme les Pays-Bas, le Danemark ou l'Ecosse ».

On constate d'ailleurs dans une étude française récente que 30 % des femmes et 44 % des hommes de 18–26 ans déclarent ignorer l'existence d'un vaccin contre le HPV.

La vaccination, levier d'action majeur dans la prévention des cancers HPV

On connaît aujourd'hui la combinaison la plus efficace pour réduire drastiquement les cancers liés au HPV : vacciner tôt filles et garçons (dès 11 ans), rattraper la vaccination jusqu'à 26 ans, et dépister régulièrement.

C'est la raison pour laquelle l'Institut des Cancers des Femmes de l'Institut Curie déploie simultanément actions d'information, outils numériques personnalisés, Interventions pour renforcer la couverture vaccinale, travaux de recherche en sciences humaines et sociales pour mieux comprendre la perception des risques et les leviers d'action ciblés pour changer la lutte contre les cancers HPV.

Dans le contexte du rattrapage vaccinal désormais pris en charge jusqu'à 26 ans depuis décembre 2025 (contre 19 ans précédemment), un effort massif d'information est nécessaire pour combler le retard français chez les jeunes adultes encore non vaccinés.

Le Baromètre Curie Cancer 2026 montre que la vaccination HPV n'est perçue comme importante dans la prévention des cancers que par 56 % des Français, loin derrière d'autres leviers comme la surveillance des signaux d'alerte (89 %), la connaissance des antécédents familiaux (88 %) ou le dépistage organisé (87 %). Cette hiérarchie des perceptions contribue à minorer l'utilité de la vaccination, pourtant au cœur de la prévention des cancers HPV.

Un dépistage encore insuffisamment pratiqué malgré son rôle décisif

Selon le Baromètre Curie Cancer 2026, si 85 % des Français déclarent que « le dépistage augmente les chances de guérison », la pratique reste inégale : 60 % disent se faire dépister (régulièrement ou rarement), avec de fortes différences selon l'âge (79 % chez les 50 ans et plus, et 52 % chez les moins de 50 ans).

Seuls 30 % des Français interrogés identifient correctement les trois dépistages organisés au niveau national (sein, colorectal, col de l'utérus), signe d'une connaissance trop faible des dispositifs en place.

Et les freins persistent : 46 % déclarent que le dépistage « fait peur », 29 % préfèrent ne pas se faire dépister « en l'absence de symptômes » et 23 % l'estiment
« douloureux/désagréable », autant d'idées reçues sur lesquelles intensifier les actions.

La lutte contre la désinformation en santé reste également un défi majeur. Les femmes en sont parmi les premières victimes, en particulier lorsqu'il s'agit de santé sexuelle, reproductive ou de prévention vaccinale. L'Institut Curie et l'Institut des cancers des femmes s'engagent pleinement dans cette bataille, notamment à travers leur participation au Livre blanc sur la mésinformation en santé des femmes (décembre 2025).

En cette journée mondiale de mobilisation, l'Institut Curie appelle à :

  • Vacciner filles et garçons dès 11 ans, sans attendre les premières relations sexuelles, et rattraper la vaccination jusqu'à 26 ans ;

  • Renforcer l'information auprès des jeunes et des parents pour corriger les idées reçues sur la vaccination et le dépistage ;

  • Encourager la participation aux programmes de dépistage organisé ;

  • Amplifier la recherche et l'évaluation des actions de prévention et de vaccination afin d'atteindre, à terme, l'éradication des cancers HPV.

L'Institut des Cancers des Femmes : une mobilisation à 360°

Leader européen dans la recherche sur le cancer et dans la prise en charge des cancers féminins, l'Institut Curie prend notamment en charge près de 1 800 patientes atteintes de cancers gynécologiques chaque année.

Créé en 2024 par l'Institut Curie, l'Université PSL et l'Inserm, l'Institut des Cancers des Femmes porte une ambition forte : mieux prévenir, mieux diagnostiquer et mieux traiter les cancers gynécologiques et du sein, dont ceux associés au HPV. Labellisé IHU par France 2030, il fédère chercheurs, médecins, soignants et patientes pour accélérer les innovations et réduire l'incidence des cancers féminins. Concernant la lutte contre les cancers liés au HPV, l'IHU travaille sur différents champs d'expertise.

Parmi les projets phares portés par l'Institut des cancers des femmes, plusieurs initiatives structurantes sont déployées pour agir simultanément sur la recherche, la compréhension des comportements de prévention, la lutte contre la désinformation et l'amélioration de la couverture vaccinale.

  • Pour améliorer la couverture vaccinale, l'IHU déploie « Vaccimotiv'», un programme financé à hauteur de 1 million d'euros, qui débutera en 2026. Cette étude nationale impliquera des personnels hospitaliers de 19 à 26 ans dans 57 centres français, répartis en trois groupes : l'un bénéficiant d'une proposition de vaccination via la médecine du travail, l'autre d'une combinaison vaccination et accompagnement par un chatbot dédié, et le dernier d'une information dédiée. Ce dispositif vise à identifier les freins et leviers pour lever l'hésitation vaccinale et pourrait, à terme, être déployé auprès du grand public.
  • Sur le volet recherche, l'Institut des Cancers des Femmes a lancé le projet Cohorte Typage HPV qui s'appuie sur une cohorte unique de tumeurs associées au HPV pour identifier de nouveaux marqueurs pronostiques, mieux comprendre les mécanismes de rechute et ouvrir la voie à des stratégies thérapeutiques innovantes. Cette dynamique scientifique est complétée par l'organisation du premier cours international sur les cancers gynécologiques, prévu du 8 au 10 juin 2026, rassemblant des spécialistes de toute la France, d'Europe et du Memorial Sloan Kettering Cancer Center (USA). L'objectif est de diffuser largement les connaissances sur ces cancers encore sous‑enseignés et de renforcer la formation des professionnels de santé.
  • En parallèle, l'IHU pilote un Observatoire national de la prévention des cancers des femmes, un programme ambitieux visant à recenser, analyser et structurer l'ensemble des initiatives existantes en matière de prévention, incluant la vaccination et le dépistage. Ce travail de fond a pour vocation de dégager des actions opérationnelles pour améliorer durablement la prévention des cancers féminins sur le territoire. Afin de toucher les plus jeunes, l'IHU mène également ENVOL, un programme d'éducation à la santé à destination des collégiens : une étude pilote dans cinq collèges comprenant des ateliers immersifs et interactifs pour sensibiliser les adolescents aux comportements à risque et encourager des pratiques de santé favorables. Les contenus immersifs dédiés sont actuellement en développement.
  • La lutte contre la désinformation constitue un autre axe central. L'Institut Curie et l'IHU réalisent conjointement une série de vidéos de prévention et de fact-checking, destinées aux adolescents et à leurs parents avec des médecins de l'Institut Curie, afin de fournir des repères fiables et accessibles aux familles. Cet engagement s'inscrit aussi dans la participation active de l'Institut Curie et de l'IHU au Livre blanc sur la mésinformation en santé publié en décembre 2025 [5], une référence essentielle pour comprendre et combattre les fausses informations qui affectent particulièrement la santé des femmes.
     

Les actualités institutionnelles