- Accueil >
- Les actualités de l'Institut Curie >
- Journée internationale des droits des femmes : l’Institut Curie s’engage pour l’entrepreneuriat des femmes
Chiffres-clés : un constat alarmant pour l’entrepreneuriat des femmes en France
- 49 % de la population active en France sont des femmes, mais seulement 9% des start-up créées en France sont fondées par femmes
- 1/3 des entreprises sont dirigées par des femmes
- 59% des femmes jugent plus motivant d’être entrepreneure que salariée, mais seules 21% souhaitent réellement créer son entreprise
- 2 % de femmes sont à la tête d'une startup deeptech malgré la forte présence féminine en biologie et en recherche
Sources : Baromètre SISTA x BCG 2025 / BPIFRANCE : DONNÉES GENRÉES 2025 SUR L’EXERCICE 2024
Dr Cécile Campagne, directrice de la Valorisation et des partenariats industriels de l’Institut Curie et directrice adjointe du Carnot Curie Cancer
« Sans actions pour levers ces freins, l’entrepreneuriat des femmes risque d’être durablement exclu des segments les plus créateurs de valeur. En tant qu’institut d’excellence en recherche et structure d’accompagnement à la création de start-up, nous avons la responsabilité de faire évoluer les pratiques et de favoriser l’accès des femmes à l’entrepreneuriat. »
En cause : des biais systémiques et structurels, pas individuels
Pourquoi de tels écarts persistent-ils ? Les études[2] révèlent que les freins les plus fréquemment cités par les femmes relèvent de phénomènes d’autocensure et de sous-dimensionnement des projets. Le principal obstacle évoqué demeure toutefois la charge mentale et familiale. « Les chercheuses sont des femmes comme les autres : elles portent souvent majoritairement la vie domestique. Ce que les hommes peuvent faire le soir ou le week-end, certaines femmes ne peuvent tout simplement pas se le permettre, » explique Victoria Brun, chercheuse en sociologie des sciences et des techniques. « À cela s’ajoute la question de la maternité, dont la temporalité entre parfois en tension avec celle de l’aventure entrepreneuriale, entraînant une mise à l’écart involontaire » souligne le Dr Florence Mahuteau-Betzer, directrice de recherche au CNRS et responsable de l’unité Chimie et modélisation pour la biologie du cancer[3] à l’Institut Curie.
Selon Victoria Brun, ces inégalités ne traduisent pas un déficit d’ambition ou de manque de confiance, mais l’effet de mécanismes structurels profonds. Si les femmes accèdent moins souvent à la création de start-up, c’est qu’elles ont déjà été freinées auparavant : un moindre accès aux postes à hautes responsabilités, aux directions de projets, aux financements structurants, aux positions statutaires favorables. Le décrochage est cumulatif. Ce que l’on qualifie d’« autocensure » apparaît alors moins comme un trait psychologique que comme « l’ajustement des aspirations à des chances de succès objectivement inégales », rappelle la sociologue.
Les femmes mentionnent également des obstacles plus opérationnels : la complexité des démarches administratives ou encore le manque de capital de départ. « La plupart du temps, ces freins relèvent surtout d’une méconnaissance des dispositifs d’accompagnement existants, » rappelle le Dr Cécile Campagne.
L’accès inégal aux financements : le nerf de la guerre
Même lorsqu’elles se lancent, les fondatrices se heurtent à un obstacle décisif : le financement. En France comme à l’international, seuls 2 % des montants levés vont à des équipes 100 % féminines. À l’inverse, 88 % des financements bénéficient à des équipes 100 % masculines, qui lèvent en moyenne deux à trois fois plus. Les réseaux d’investisseurs restent très majoritairement masculins : 85 % des décideurs dans les fonds et 90 % des business angels sont des hommes.
« Aujourd’hui, dans l’entrepreneuriat, je suis très souvent la seule femme dans les tables rondes. Ce n’est pas un petit déséquilibre, c’est vraiment frappant » déplore le Dr Céline Vallot, directrice de recherche CNRS et cheffe de l’équipe Dynamique de la plasticité épigénétique dans le cancer[4] à l’Institut Curie, co-fondatrice de One Biosciences. « Mon expertise scientifique a forgé ma légitimité dans le monde du business, une armure contre les tentatives de déstabilisation. » Dans cet écosystème où « jouer le bro game[5] » reste souvent déterminant pour lever des fonds, les biais d’investissement demeurent systémiques.
Des actions concrètes pour libérer le potentiel des femmes entrepreneures
« À l’Institut Curie, nous comptons près de 50 % de femmes parmi les inventrices, mais moins de 20 % de nos spin-off sont cofondées par des femmes. Nous avons donc un rôle à jouer pour aider ces inventrices à se projeter dans l’aventure entrepreneuriale, lever les verrous qui subsistent et leur proposer un accompagnement pérenne, à chaque étape de leur parcours, » souligne le Dr Cécile Campagne.
À son échelle, l’ambition de l’Institut Curie est double : lever les freins à l’entrée dans l’entrepreneuriat pour les femmes, mais aussi agir sur les obstacles structurels de l’écosystème qui entravent ensuite leurs trajectoires de réussite, en particulier dans les secteurs de la santé et de la deeptech. Elle se traduit par plusieurs axes prioritaires : sensibiliser et former dès les études, soutenir les projets portés par des femmes à travers des actions dédiées, renforcer la mixité au sein des équipes fondatrices et dirigeantes accompagnées, agir sur les biais de l’écosystème en donnant de la visibilité aux initiatives et aux parcours féminins, et enfin inspirer, en valorisant des rôles modèles et en développant des dynamiques de mentorat.
Attention cependant à ne pas surestimer la capacité transformante des « success stories » selon Victoria Brun. « Les figures d’excellence sont certes inspirantes, mais elles restent peu identificatoires. » explique-t-elle. Même constat du côté du Dr Céline Vallot : « Montrer uniquement des trajectoires parfaites et brillantes peut être complètement inhibant. Beaucoup de gens se disent : moi, je n’y arriverai jamais. » Elle plaide pour « des récits plus nuancés, qui montrent aussi la difficulté et la possibilité de faire autrement. »
Une stratégie structurée pour passer du constat à l’action
Pour transformer le diagnostic en actions concrètes, l’Institut Curie engage une démarche en collaboration avec le Pôle PSL Innovation.
La première étape repose sur un état des lieux de l’entrepreneuriat des femmes dans la deeptech à travers des rencontres avec des cofondatrices et des présidentes de start-up.
En parallèle, l’Institut Curie réalise une analyse des dispositifs existants dédiés à l’entrepreneuriat des femmes, afin d’en évaluer l’impact réel et d’identifier les leviers les plus efficaces. Cette approche s’accompagne d’une coopération avec des acteurs spécialisés de l’écosystème afin de mutualiser les expertises et de construire des actions complémentaires.
Dans ce cadre, le Pôle PSL Innovation et l’Institut Curie prévoient de déployer des premières initiatives dès la fin 2026 :
- Lancer un lunch & talk, pour créer un espace d’échanges, de partage et de découverte de talents féminins en tech/deeptech.
- Déployer un bootcamp intensif, pour renforcer les compétences entrepreneuriales et la confiance des porteuses de projets tech/deeptech.
- Organiser des évènements dédiés à l’entrepreneuriat des femmes, sous forme de tables rondes, networking et moments de visibilité pour les projets et les initiatives des femmes dans l’écosystème.
Dr Cécile Campagne
[1] Le terme « deeptech » désigne les technologies de pointe, souvent disruptives, qui reposent sur des découvertes scientifiques majeures, des innovations en ingénierie ou des avancées dans des domaines de recherche susceptibles de transformer radicalement les industries, les économies et les vies.
[3] (UMR9187 / U1196 CNRS / Inserm / Université Paris Saclay)
[4] (UMR3244 CNRS / Département de recherche translationnelle / Sorbonne université)
[5] Le « bro game » désigne un système informel de cooptation et de solidarité masculine, souvent présent dans les milieux professionnels compétitifs (finance, tech, entrepreneuriat, politique, etc.).
