Une patiente en salle d'IRM
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Cancer du canal anal : le point sur une maladie méconnue

Céline Giustranti
25/03/2017
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L’Institut Curie est spécialisé dans la prise en charge de tumeurs rares comme celles du canal anal. Facteurs de risque, symptômes, traitements, avancées de la recherche : le point sur ce cancer qui se soigne plutôt bien, pourvu qu’il soit détecté tôt.

Chaque année en France, le cancer du canal anal touche près de 1000 personnes. Les deux tiers des personnes atteintes ont plus de 65 ans, avec une nette prédominance féminine. L’incidence de ce cancer est plus élevée chez les patients infectés par le VIH.

Le nombre de cas augmente régulièrement, du fait de l’augmentation de la prévalence des patients porteurs d’une infection VIH et du fait de l’augmentation de l'espérance de vie de la population, note le Dr Wulfran Cacheux, gastroentérologue et oncologue digestif à l’Institut Curie.

Dans la population infectée par le VIH (1), le cancer de l’anus est le 3e cancer le plus fréquent chez l’homme et le 7e chez la femme. "Par ailleurs, on estime que plus de 90% des cas résulteraient d’une infection chronique par le papillomavirus humain (HPV)", ajoute-t-il.

 

La radiothérapie, cœur de la prise en charge

"Dans 80% des cas, ces tumeurs sont diagnostiquées à un stade local ou locorégional", explique le Dr Marion Richard-Molard, radiothérapeute, spécialiste de cette pathologie à l’Institut Curie. Le traitement de référence est alors la radiothérapie associée à une chimiothérapie, le plus souvent à base de 5-Fluorouracile et de mitomycine C. Elle a un double objectif : le contrôle local définitif de la tumeur et la conservation d’une continence anale. "Cette stratégie thérapeutique permet d’obtenir une rémission complète puis une guérison d'environ 80 % des tumeurs traitées", remarque le médecin.

 

Des formes avancées rares, mais de mauvais pronostic

Les formes avancées de ce cancer sont relativement rares en raison d’une symptomatologie initiale précoce. Elles correspondent le plus souvent à des récidives locorégionales suite à un échec de la radiochimiothérapie. Dès lors qu’elle est possible, une chirurgie radicale est alors proposée. Elle est le plus souvent mutilante, avec ablation du sphincter anal et la mise en place d'une colostomie définitive.

"La prise en charge des formes inopérables ou métastatiques repose principalement sur une chimiothérapie à base de 5-FU et cisplatine, sans grande efficacité démontrée, explique Bruno Buecher, gastroentérologue et oncologue digestif à l’Institut Curie. Le pronostic est très défavorable et l’objectif principal reste la qualité de vie et le contrôle des symptômes douloureux des patients."

Parmi les modalités thérapeutiques en cours d’évaluation, une nouvelle forme de radiothérapie, la radiothérapie stéréotaxique, pourrait trouver sa place dans la prise en charge des patients atteints de cancer du canal anal. "Cette radiothérapie permet d’irradier à haute dose des petits volumes de manière très ciblée, ajoute la radiothérapeute. Elle permet d’espérer de meilleurs résultats pour le contrôle local de la maladie, avec le moins d’effets secondaires possibles."

 

Vers des thérapies ciblées

A ce jour, dans les situations avancées, aucune thérapie ciblée n’est validée dans le traitement des cancers du canal anal. Les recherches se poursuivent donc. Un groupe constitué de cliniciens et de chercheurs de l’Institut Curie s’est ainsi formé pour mieux comprendre ce cancer. La caractérisation biologique et moléculaire de ces tumeurs devrait permettre, à terme, d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques et permettre aux patients d’avoir accès à des thérapies ciblées plus efficaces que les chimiothérapies actuellement utilisées. Des projets de recherche sur l’Institut Curie sont déjà initiés autour de la thématique du cancer du canal anal afin d’améliorer la prise en charge des patients.

 

En savoir plus

Carcinome épidermoïde du canal anal : traitement médical des formes avancées/récidivantes inopérables et métastatiques. Wulfran Cacheux, Marion Richard-Molard, Astrid Lièvre  et Bruno Buecher. Hépato-Gastro & Oncologie Digestive (HGOD) Mars 2015, Volume 22, Numéro 3.

 

(1) Lanoy E et al. “The spectrum of malignancies in HIV-infected patients in 2006 in France : The ONCOVIH study.” Internatio­nal Journal of Cancer. Volume 129 pages 467–475, 2011 July 15.