Cancer et fertilité

Des traitements qui impactent le cycle, la fertilité, la sexualité

Anne Coppola
09/09/2019
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Les effets secondaires des traitements sont les mêmes quel que soit l’âge de la patiente. Mais chez les plus jeunes, leurs effets potentiels sur la fertilité et le cycle menstruel sont plus problématiques.

Et pour cause : la chimiothérapie peut être toxique pour les ovaires et la fonction ovarienne. Cette « ménopause induite par les traitement » varie selon la dose et le traitement reçu, mais aussi et surtout selon l’âge de la patiente. Plus les femmes sont âgées, plus la chimiothérapie comporte un risque d'arrêter la sécrétion hormonale des ovaires de manière définitive. Pour les femmes âgées de moins 30 ans, le risque de perturbation du cycle menstruel est d'environ 30 %. Chez les femmes jeunes, ces troubles du cycle sont néanmoins réversibles dans un délai variable après cessation de la chimiothérapie.

Face à cette potentielle toxicité ovarienne induite par la chimiothérapie, il est donc indispensable de discuter avec les jeunes patientes ayant un désir de grossesse futur de la possibilité de préservation de la fertilité.

On essaie de préserver les ovocytes de l’impact de la chimiothérapie et d’aborder la question de la fertilité en consultation

explique Jean-Yves Pierga.

Il est indispensable de maintenir une contraception non hormonale (préservatif, stérilet au cuivre, voire stérilisation définitive) efficace lors du traitement et à distance du traitement afin de pouvoir choisir le moment le plus adéquat pour une éventuelle grossesse. Cette contraception est indispensable même si les cycles ont disparu de manière transitoire, une reprise d’activité des ovaires pouvant survenir dans les semaines/mois qui suivent la fin de la chimiothérapie. De même, pour les patientes sous hormonothérapie, les cycles sont souvent modifiés (voire absents) du fait de la perturbation de la régulation hormonale des ovaires. Cependant, des ovulations sont possibles sous ce traitement. Une contraception doit donc être maintenue sous hormonothérapie, quelle que soit la régularité des cycles.

La conséquence directe : ce sont des signes liés à la carence en hormones sexuelles (mimant alors une ménopause) : bouffées de chaleur, sécheresse vaginale, irritabilité, etc.  Au-delà du désir de grossesse, ces symptômes peuvent être problématiques pour les femmes jeunes, avec notamment des effets sur la sexualité qui en est forcément impactée, souligne Jean-Yves Pierga.

Sur le plan médical, les études scientifiques montrent un réel bénéfice à les rendre ménopausées. L’effet est positif en termes de prévention des récidives pour les formes les plus agressives, hormono-dépendantes. Mais c’est une perturbation supplémentaire qui a un impact sur la qualité de vie et qu’il ne faut pas minimiser.