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- Cancer du sein : des preuves supplémentaires en faveur de l'utilisation clinique des biomarqueurs circulants
Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes : il représente 33 % des nouveaux cas de cancer chaque année. Il touche ainsi plus de 60 000 femmes par an en France, mais son taux de survie atteint 87 % à cinq ans*. Il est à noter que moins de 1 % des cancers du sein se déclarent chez les hommes.
L’année dernière, les premiers résultats de phase 3 de l’étude SERENA-6 étaient dévoilés en session plénière du congrès de l’ASCO. Ils démontraient l’intérêt clinique d’un suivi d’ADN tumoral circulant par simple prise de sang chez des patientes atteintes de cancer du sein métastatique hormonodépendant. Cette année, au moment même où les autorités règlementaires européennes viennent de recommander l’approbation de la stratégie thérapeutique de SERENA-6, une mise à jour des résultats plus matures et toujours positifs de l’étude est présentée en session orale par le Pr François-Clément Bidard, oncologue médical à l’Institut Curie et professeur à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Ces travaux, qui s’inscrivent dans le cadre de l’IHU Institut des Cancers des Femmes, feront l’objet d’une prochaine publication dans The Lancet Oncology.
« Dix ans après la conception de notre essai pionnier PADA-1, les résultats de SERENA-6 présentés aujourd’hui à l’ASCO confortent le bénéfice durable de notre approche originale visant un suivi de l’ADN tumoral circulant pour détecter précocement un mécanisme de résistance aux traitements du cancer du sein métastatique hormonodépendant et adapter en fonction les traitements », se réjouit le Pr François-Clément Bidard, directeur du Centre d’Investigation Clinique de l’Institut Curie (Inserm CIC-2501) « Changer de thérapie sur la base d’un signal sanguin et alors que les patientes ne présentent aucun signe clinique de ré-évolution du cancer, constitue un véritable changement de paradigme vers une oncologie adaptative pour améliorer significativement la prise en charge et la qualité de vie des patientes ».
La grande majorité des cancers du sein métastatiques sont hormonodépendants : les cellules tumorales, via les récepteurs aux œstrogènes présents à leur surface, captent les hormones qui stimulent alors l’expansion du cancer. Le standard de traitement de ce type de cancer du sein consiste le plus souvent en une hormonothérapie combinant un médicament anti-aromatase (diminuant la fabrication d’œstrogènes) avec un inhibiteur de la prolifération cellulaire (inhibiteur de CDK4/6). Cependant, pour près de 40 % des patientes, des mutations surviennent au niveau du gène ESR1 (codant pour le récepteur aux œstrogènes), menant à une résistance aux anti-aromatase et, in fine, à une ré-évolution du cancer devenu résistant.
Ces mutations ESR1 peuvent le plus souvent être détectées dans le sang plusieurs mois avant qu’elles n’entrainent une ré-évolution du cancer. De ce fait, le postulat des travaux des équipes de l’Institut Curie est que l’utilisation de l’ADN tumoral circulant ouvre une « fenêtre de tir » pour cibler ces mutations de résistance et changer de traitement.
SERENA-6 : une stratégie thérapeutique inédite au cœur de l’oncologie adaptative
Conçue sur la base du concept et des résultats de l’étude académique PADA-1 portée par le Pr François-Clément Bidard à l’Institut Curie et promue par le réseau Unicancer en France, SERENA-6 est un essai mondial de phase 3 conduit par le laboratoire AstraZeneca et mené en double aveugle chez près de 3 000 femmes présentant un cancer du sein métastatique hormonodépendant. Dans cette étude inédite, dès lors que la mutation ESR1 était détectée dans le sang des patientes - alors qu’elles ne présentaient aucun signe d’évolution de leur maladie – les investigateurs testaient un changement d’hormonothérapie orale (avec le camizestrant, développé par le laboratoire AstraZeneca). Les tout premiers résultats de SERENA-6, rapportés l’année dernière, ont démontré l’efficacité du camizestrant et sa très bonne tolérabilité.
Un bénéfice clinique durable de l’adaptation thérapeutique guidée par la détection de l’ADN tumoral circulant
Des résultats complémentaires sont rapportés à l’ASCO 2026, confortant les premiers résultats communiqués en 2025. En effet, les données recueillies confirment le bénéfice principal de survie sans progression sur un suivi plus long des patientes ayant reçu le camizestrant, avec une amélioration médiane de la survie sans progression de 7,6 mois. Près de 35% des patients ne présentaient pas de ré-évolution de la maladie deux ans après le changement de traitement.
Autre critère d’évaluation secondaire clé : la survie sans progression-2 (SSP2) qui permet d’évaluer l’effet d’un traitement sur un temps plus long. La SSP2 est le temps jusqu’à la deuxième ré-évolution du cancer, et permet d’estimer si le bénéfice acquis avec le changement de traitement est préservé au cours de l’histoire de la maladie. Dans SERENA-6, cette PFS2 est statistiquement significative avec une amélioration médiane de 6,6 mois, donnée rassurante sur la durabilité du bénéfice. Par ailleurs, les premières données de la survie globale bien qu’immatures, montrent une tendance positive. Enfin et conformément aux résultats antérieurs, la tolérance est bonne et aucun nouveau signal de toxicité notable n'a été observé.
Avis positif du comité de l’Agence européenne du médicament (CHMP)
« Ces résultats étaient très attendus du fait de la nouveauté de cette approche, SERENA-6 étant le premier essai d’oncologie adaptative mené par l’industrie pharmaceutique et reprenant le concept initialement exploré dans PADA-1 pour enregistrer un nouveau médicament. Les résultats consolidés présentés aujourd’hui plaident en faveur d’une adoption de cette stratégie basée sur l’ADN tumoral circulant. Avec le feu vert récent du comité scientifique de l’Agence Européenne du Médicament (EMA), et sous réserve des discussions à venir au niveau français, on se rapproche encore plus d’une possible utilisation en routine », déclare le Pr François-Clément Bidard. « PADA-1 puis SERENA-6 sont un tournant notable, ouvrant de formidables perspectives pour changer la façon dont nous traitons les cancers ».
Qu’est-ce que le cancer du sein ?
Références :
First-line (1L) camizestrant (CAMI) for emergent ESR1 mutations (ESR1m) in advanced breast cancer (ABC): Final progression-free survival 2 (PFS2) from the phase III SERENA-6 trial – ASCO 2026 Congress - Oral abstract session, Pr François-Clément Bidard, 2 juin 2026
Switching to camizestrant at ESR1 mutation emergence before disease progression during first-line treatment of HR-positive advanced breast cancer: extended analysis from the randomised, double-blind, placebo-controlled phase 3 SERENA-6 trial. Nicholas C Turner*, (…) François-Clément Bidard. Lancet Oncol; accepted for publication (in press), Lancet Oncology
First-Line Camizestrant for Emerging ESR1-Mutated Advanced Breast Cancer. F.-C. Bidard and Others, New England Journal of Medicine - 10.1056/NEJMoa2502929

